‹ Œuvres complètes de L. SterneChapitre 72 sur 92 · LETTRE XIL YORICK A ÉLIZA · texte numérisé non relu

LETTRE XIL YORICK A ÉLIZA

Ma chère Éliza ,

Je commence ce matin un nouveau journal , vous pourrez le Toir i car si je n'ai pas le bon^ heur de vivre jusqu'à votre retour enlAngleterrç, je vpps le Jai^serai comme un legs....

55 iî lETTftÈS *

Mes pages sont mélancoliques. .«. Mais j^eti écrirai d'agréables ^ et si je pouyais t'écrire des lettres ^ elles seraient agréables aussi ; mais bien peu ^ je douté , pourraient te parvenir ; cependant tu recevras de moi quelques lignes ' a chaque courrier y jusqu'à ce que de ta main tu me fasses un signe pour m'or donner de ne plus écrire. : » ^ . < .

Apprends- moi quelle est ta situation , et de quelle sorte de courage le ciel* t'a douée?.... Comment vous étes-vous arrangée pour le pas*

sage ? Tout ya-t-il bien ? Ecrivez , écrivez-

moi tout. Comptez de me voir à Deal .avec mistriss James , si vous y êtes retenue par vent contraire.... En effet ^ Éliza , je volerais vers vous s'il se présentait la moindre occasion de vous rendre service , et même pour votre seul contentement.

Dieu de grâce et de.miséricoMe, considère les angoisses d'une pauvre enfant... donne^lui des forces^ protiègè-la dans tdi))^ les dangers auxquels sa tendre forme peut être exj^sée : elle n'a d'autre protecteur que loi sur un élément dangereux ) que ton btàts^la totttienne ^ que ton espnt la donsole ^usqtf an terme de soil voyage! • •■ ' , '• i • - ' ''

J'espère^ Eli^a quema prière est entendue)

d'yORICK à ÉLIZA. 355

car le firmament paraît me sourire^ tandis

que mes yeux s'élèvent pour toi vers le ciel

Je quitte à l'instant mistriss James ^ et j'ai parlé de toi pendant trois heures.... elle a votre portrait^ elle le client; mais Mariot et quelques autres bons juges conviennent que le mien vaut mieux ^ et qu'il porte l'expression d'un plus doux caractère.... Mais qu'il est loin encore de l'originalL.. Cependant j'avoue que celui fie mistriss James est un portrait &it pour le monde; et le mien, tout juste ce qu'il doit être pour plaire à un ami ou à un philosophe sensible.... Dans le premier^ vous pai*aissez bril* lante et parée avec tout l'avantage de la soie^ des perles et de l'hermine.... Dans le mien^ simple comme une vestale, ne vous montrant que la bonne fille que la nature vous a faite ; ce qui me parait moins affecté et m'est bien plus agréable que de voir mistriss Draper , le visage animé, et toutes ses grâces en jeu , allant a une conquête avec un habit de jour de naissance.

Si je m'en souviens bien, Eliza, vous fîtes des efforts peu communs pour rassembler sur votre visage tous les charmés de votre personne, le jour que vous vous fîtes peindre pouf mistriss James; vos couleurs étaient brillantes^

VOS. yeux avaient plus d^éclat qulls n'en ont ordinairement..., )e vous priai d'être simple et sans parure, lorsque vous vous feriez peindre pour moi.... sachant bien^ comme )e vous voyais sans prévention, que vous ne pouviez tirer aucun avantage de l'aide du ver à soie^ ni du secours du bijoutier....

Laissez-moi vous répéter une vérité que vous m'avez déjà, je crois, entendu dire^. La première fois que je vous vis, je vous regardai comme un objet de compassion , et comme une femme bien ordinaire. L'arrangement de votre parure , quoique de mode^ vous allait mal et vous défigurait.... mais rien ne peut vous défigurer davantage , que de vouloir vous faire admirer et paraître jolie... Non , vous n'êtes pas jolie, Éliza, et votre visage n^est pas ^ fait de manière à plaire à la dixième partie de ceux qui le regardent... mais vous avez quelque rkose de plus que la beauté; et je ne crains pas de vous dire que je n'ai jamais vu une figure si intelligente, si bonne , si sensible; et il n'y eut et n'y aura jamais dans votre compagnie, pendant trois heures, un homme tendre et sentimental y qui ne soit ou ne devienne votre admirateur ou votre ami; bien entendu que vous ne preniez aucun caractère étranger aa

D^YORICK ▲ ELIZA. 355

TÔtre^ et que vous paraissiez la créature sij^le et sans art^ que la nature veut que vous soyez. Vous avez dans vos yeux et dans votre voix quelque cliose de plus touchant^ de plus persuasif qu'aucune femme q«e j'aie vue^ ou dont j'aie entendu parler... mais ce degré de perfection inexprimable et ravissant ne peut toucher que les hommes de la plus délicate sensi« bihlé.

Si votre mari était en Angleterre , et si l'argent pouvait m'acheter cette grace^ je lui donnerais de bon cœur cinq cents livres ^ pour vous laisser assise . auprès de moi deux heures par jour ^ tandis que j'écViràis mon voyage sentimental y je suis sûr que l'ouvrage en serait meilleur y et que je serais remboursé plus de sept fois de ma somme.... <*

Je ne donnerais pas neuf sous de votre portrait^ tel que les Newhams Tout fait exécuter c^est la ressemblance d'une franche coquette; vos yeux, et votre visage du plus parfait ovale que j'aie jamais vu , qui par leur per fection doivent frapper l'homme le plus indifférent y parce qu'ils sont vraiment plus beaux que tous ceux que j'ai vus dans mes voyages y sont entièrement défigurés, les premiers par leurs regards affectés, et le visage par son

ëtrli}ge physionomie et l'attitude de la télé; c^ qai est une preuve du peu de goût de l'artiste ou de votre ami.

Les ***, qui justifient le caractère que je leur ai donné une fois^ d'être aussi tenaces que la poix ou la glu , ont envoyé une carte à Mistriss ***, pour lui apprendre qu'ils iraient chez elle vendredi.... Elle leur a fait dire qu'elle était engagée.... Second message pour l'inviter à se trouver le soir à Ranelagh. Elle a fait répondre qu'elle ne pouvait pas s'y rendre.... elle pense que si elle leur laisse prendre le moindre pied chez elle , elle ne pourra jamais se défaire de leur connaissance, et elle a résolu de rompre avec eux tout à la fois. Elle les connaît j elle sait bien qu'ils ne sont ni ses amis ni les vôtres , *et que le premier usage qu'ib feraient de leur entrée chez elle s.erait de vous sacrifier^ s'ils le pouvaient^ une seconde fois.

Ne permets pas, chère Eliza , qu'elle soit plus ardente pour tes propres intérêts que tu ne l'es pour toi même. Elle me charge de vous réitérer la prière que je vous ai faite de ne pas leur écrire. Vous lui causerez, et à votre Bramine, une peine inexprimable : sois assurée qu'elle a un juste sujet de l'exiger ; j'ai mes

d'tORICk' a ÈLIZk. 357

raisons aussi ^ la première est que je serais on ne peut pas plus fâché si Eliza manquait de cette force d'ame que Yorick su tâché de lui inspirer.

J'avais promis de ne plusprononcer leur nom désagréable^ et si je. n'en avais reçu l'ordre exprès de la part d'une tendre femme qui vous est attachée , et qui vous aime^ je n'aurais pas manqué k ma parole. Je t'écrirai demain encore^ à toi^ la meilleure et la plus aimable des femmes. Je te souhaite une nuit paisible; mon esprit ne te quittera point pendant ton sommeil. Adieu.

LETTRE XIII

ÉLIZA A YORICK

Laissez-moi voir votre journal.-... envoyez-le moi avant que je quitte l'Angleterre.... et loin, bien loin soit le temps où vous pourriez me le laisser comme un legs!.... Je* serai heureuse en lisantvos douloureuses pages : elles humanisent le cœur.

Je sens comme vous avez senti , lorsque je lis ce que vous écrivez.... et c'est sentir avec là sensibilité la plus délicate.

La sympathie de sentiment nous donne les

plus grands plaisirs.... De telles douleurs sont des douleurs désirables.... Lorsque votre plume fera monter les larmes dans mes yeux , et les forcera de couler ^ lorsqu'elle fera mon cœur sangloter.... je dirai , ici mon Bramine a pleure.... Lorsqu'il écrivit ce passage^ son cœur était ému.... Que je puisse saisir la douce con-^ tagion de chaque mot émané du cœur^ et mouiller de nouveau la feuille déjà humide 1

Ensuite j'aurai pour moi les épancliemens Agréables de ton imagination.... je me réjouirai dans les brillantes saillies de ton esprit ; ton humeur inimitable calmera le trouble pathétique de mon cœur.... l'épaisse larme ne tremblera plus lonjg-temps dans mon œil.... la teudre angoisse ne pèsera plus sur mon ame.... Yorick dissipera les douleurs que le Bramine aura causées. ,

Cette lecture délicieuse répandra la plus douce influence sur les heures ennuyeuses de

mon passage et ^ par le secours de mon

Yorick , j'imaginerai que l'Inde est la moitié moins éloignée de l'Angleterre qu'elle ne Test réellement.

Vous me promettez quelque chose d'obligeant et de tendre à chaque poste.... £h bien!

d'tORICK a ÉLT2A. S?>9

«oyez sûr qiie jamais ma main ne fera un sij;uo pour rendre le messager muet.

Je suis beaucoup , beaucoup mieux; et Dieu merci , je sens eu inoi iiù courage qui me rend digne d'être votre disciple et votre amie.

Mon logement est supportable.... )e ne saurais m'en plaindre

Vous pourrez donc venir à Déal avec les James^ si je suis retenue par les vents contraires.

Chaque jour, depuis votre lettre , ^ai prié le ciel d'intéresser en ma faveur les élémens , afin que je puisse jouir encore une fois de la vue de mes amis.

Ainsi , tandis que le capitaine , les matelots et les autres passagers sollicitent un vent favorable , je m'oppose secrètement à leur prière , et j'importune le ciel pour qu'il retienne notre vaisseau dans le port.

Je ne donnerai point mon opinion sur mes différens portraits, dans les diverses attitudes demandées par mes amis.... Je me fis peindre pour les obliger.... et je respecté leurs divers jugemcns.

Mais ils peuvent être assurés que tiel que soit le portrait, l'original leur est dévoué.

Lorsque je songe à l'amitié distinguée que vous avez pour moi, et que je réfléchis sur cette

S6o LETTRES

pureté d'ame avec laquelle vous embrassez mes inte'réts les plus simples^ je ne puis que me glorifier daus le compliment que je reçois de

TOUS.... «Vous n'êtes point jolie ^ £liza m

Que je suis heureuse de devoir votre affection au pur sentiment ^ et non à la beauté qui passe et se flétrit !

Ce compliment est le plus flatteur que j'aie jamais reçu ^ et que je désire de recevoir.... il n'est pas composé de ces lieux communs dont on se sert dans le monde , ni adressé à quelques traits plus ou moins jolis d'un visage.... C'est un éloge général^ fait pour la personne entière... fait pour le cœur.

Cependant je ne dois pas avoir la vanité de le croire vrai dans toute son étendue.... Vous me peignez avec la prévention d'un ami ^ et quelque partialité pour mes défauts.

Je veux néanmoins relire souvent un portrait , quelque flatté qu'il soit , que votre main a tracé... • Persuadée que c'est ainsi que vous voulez que je sois.... je ferai mes efforts pouV atteindre à cette beauté de coloris^ et à cette perfection , autant que mes facultés pourront me le permettre.

Vous me parlez de mon mari; ce nom m'est cher^ et j'ai senti tout mon sang refluer vers

D^OKICK k i-Lizk. 56t

mon cœur. Toutes mes pensées ont été tour-* nées vers llndev— J'ai soupiré sur la distance.... et je voudrais effacer tout ce que j'ai dit dans la première partie de ma lettre.

Mais pourquoi Teffacerais-je ? Oserais- je

toucher à un seul mot, à l'expression du moindre sentiment? L'amour et l'amitié ne sont-ils

pas également sacrés ? Apprends, Eliza , k

les conserver dans toute leur pureté.... Rendstoi digne d'un tel mari.... d'un tel ami.

Oui , mon Yorick , mon mari t'accorderait ma compagnie , si elle pouvait servir au progrès de Ion ouvrage.... U ne voudrait pa^privelr les hommes de l'avancement et du {Plaisir que tu peux leur procurer. . •

Ne me parlez plus des *"** j je cédé à votre ïèle.... Que ne voudrais- je pas accorder à votre amitié ?.... Mais quittons ce sujet ingrat; je né veux plus m'en occuper ni leur écrire.

J'attends avec impatience la lettre qui m'est promise pour demain

• Adieu, le meilleur des hommes, l'ami le plus sincère..... Que le cief veille sur tes loisirs , tes heures de retraite et dé travail! Adieu.

^ huiù heures du matin.

LETTRE XIV

ÉLIZA A YORICK

Mon BraminCy

J'ai jeçu le paquet Xeas avez prisbeau-^

coup de peine,. .. et mon cœur est pénétré de reconnaissante.

Le vai^ean dans lequel je dois faire mon tra« jet est forjt propre ; ma cabine est petite ^ mais commode.,... On doit la peindre en blanc... ;iinsi il me ùut débarquer et chercber à terre un logemfsnt. •

A chaque courrier J'attends de monBramioe quelques [lippes de tepdjcesse et d'amitié* .

Puisse ^c ciel yeillejf sur votre santé ^ pour le bien de l'espèce biuiiaine., et le boabeoY:d'£lizalAdicu.

iÈHZA A YORICK.

Obt^gednt^Yonick , * '

CVst un grand bonhei^r pour moi que miss LiglU s*cmbarqûè dans notre navire.... Je n'ai

d'yoricr a éliza. 565

rien vu de plus aimable et de plus doux que cette jeune dame.... et sa compagnie me devient tous les jours plus chère.

Nous avons aussi un militaire au service de la compagnie.... Il vint hier , sans cérémonie et sans être invité^ prendre le thé avec nous.... Je crus ne devoir montrer aucun ressentiment.... mais je le raillai un peu sur sa hardiesse ^ en luî disant que c'était sans doute une des qualités les plus utiles à un soldat.

Il s'est excusé sur son impolitesse \ sans ce^r pendant en faire l'aveu de bonne grâce. )

n me parait épris de miss light y et je ne doute point qu'avant quinze jours de trajet ^ il ne soit très-amoureux nl'elle.

Les autres passagers sont tous gens aimaUeii^ et les officiers se conduisent avec beaucoup de décence et de politesse. |

Mon Yorick.... mon cher ami ^ partagez mes pensées avec celui à qui je suis liée par le dovoir.... Ne m'oubliez pas dans vos prières.... Occupez-vous d'Eliza pendant la veille ,• et laissez-moi, comme une ombre chère, chanter votre imagination pendant votre sommeil.... Je suis toute à vous. Adieu , adieu. .

Eliza.. .

P. S. Comme mon séjour ici ne sera pas

loDg^ saisissez toutes les occasions de tn'écrire.. Adieu.

LETTRE XVL

YORICK A ÉLIZA

Vous ne pouviez pas, Éliza , vous conduire autrement à l'égard du jeune officier. II était contre toute politesse, je dis même contre l'humanité y de lui fermer votre porte. Il est donc susceptible y Éliza , d^une tendre impression , et , avant qu^il soit quinze jours , tu crois qu'il

sera éperdunient amoureux de miss Light!

Oh! je crois , moi, et il est mille fois plus probable , que c'est de toi qu'il est amoureux , .parce que tu es mille fois plus aimable.... Cinq mois avec Éliza , et dans le mdme lieu , et un jeune oilicier!... tout sert mon opinion....

Le soleil , s'il pouvait s'en défendre, ne voudrait point éclairer les murs d'une prison; mais ses rayons sont si purs, Éliza, si célestes, que je n'ai jamais entendu dire qu'ils fussent souillés pour cela. H en sera de même des tiens , mon enfant chéri, dans cette situation et dans, toutes celles où tù scias exposée, jusqu'à ce que tu sois Gxée pour ta vie mais ta discrétion ,

D^YOIICK k ÉLIZA. 365

ta prudence , la voix de Thonueur , Pâme d'Yorick et ton ame te donneront les plus sages conseils.

On arrange donc tout pour le départ!.... mais ne peut-on pas nettojer et laver votre cabine sans la peindre ? La peinture est trop dangereuse pour vos nerfs ; elle vous tiendra trop long-temps hors de votre appartement y où j'espère que vous passerez plusieurs momens heureux.

Je crains que les meilleurs de vos contremaîtres ne le soient que par comparaison avec le reste des matelots.... 11 en fut ainsi des.... vous savez de qui je veux parler^ parce que votre prudence fut en défaut lorsque..... mais )e ne veux pas vons mortifier. S'ils se conduisent décemment ^ et s'ils sont réservés ^ c'est assez y et autant que vous pouvez en attendre. Tu manqueras de secours et de bons avis ,

et il est [nécessaire que tu les aies Garde-^

toi seulement des intimités : les bons cœurs sont ouverts^ ils sont faciles à surprendre...; Que le ciel te donne du courage dans toutes les terribles épreuves auxqu.elles il te soumet!...

Tu es le meilleur de ses ouvrages.... Adieu ^ aime-moi ^ je t'en prie ^ et ne m'oublie jamais.

Je suis ^ mon Eliza, el je serai pour la yIc^ dans le sens le plus étendu de ce mot ,

ton ami^ YoRiCK.

• P. S. Vous aurez peut-éli^e Toccasion de mVcrire du Cap-Vert, par quelque vaisseau hollandais ou français.... De manière on d'au^ tre votre lettre me parviendra sans doute*

LETTRE XVII

TORICK A ËLIZA.

Ma chère ÉUza ,

Ob ! je suis bien inquiet sur votre cabine..... La couleur fraîche ne peut que Cuire du mal àr vos nerfs ; rien n'est si nuisible en général que

le blanc de plomb Prenez soin de votre

santé , mon enfant , et de long temps ne dor-^ mez pas dans cette chambre ; il y en aurait assez pour que voua fussiez attaquée d'épilepsie.

J'espère que vous avez quitté le vaisseau , et que mes lettres vous rencontreront sur la route* de Deal, courant la poste.... Lorsque vous les aurez toutes reçues, ma chère EUza, mettes- les en ordre.... Les huit ou neuf premières ont leur numéro ; mais les autres n'en ont point. Tu pourras les arranger en suivant l'heure ou le

D*YO*ICK A ÈXlZk. iC'J

jour. Je n'ai presque jamais manque de les dater. Lorsqu'elles seront rassemblées dans uncf suite chronologique , il faut les coudre et le* mettre sons une enveloppe. Je me flutte qu'el-^ les seront ton refuge , et que tu daigneras le^ lire et les consulter , lorsque tu seras fatiguée des vains propos de vos passagers... Alors tu tq retireras dans ta cabine , pour converser une heure avec* eQes et^ aVec moi t

Je n'ai pas eu le Cœur ni la forcé de les anw mer d'un simple trait d'esprit ou d'enjouement ; mus elles renferment quelque. chose de. mieux ' et , ce- que vous sentirez aussi*biên que moi y de plus convenable à votre situation^... beaucoup d'avis et quelques vérités utiles....* Je me flatta que vous y apercevrez aussi les touches simples et naturelles ' d'un cœur honnête^ bien plus expressives. que des phrases artistemetit arran^ gées..«Ces lettres^ telles qu'elles sont , te don* neront.une plus grande confiance en Yorick f que n'aurait pu le faire Tâcquencé la plus.ren

cherchée Repose-toi donc entièrement ^

Éliza y sur elles et sur moi. ,

Que la. pauvreté ; la douleur et la hoate } soient mon partage, si je te donne jamais lieu, ÉUza , de te rep^itir d'avoir fait ma oonnais-* Aacèl

D après celle proleslalion ^ que je fais en présence d'un Dieu juste , )e le prie de m'étre aussi bon dans ses grâces ^ que j'ai été pour toi honnête et délicat.... Je ne vpudrais pas le tromper, Éliza,-jene voudrais pas te ternir dans l'opinion du dernier des hommes , pour la plus riche conronne du pins fier des monar^ ques.

Souvene^vous que tant que j'aurai hi pins chétive existence , que tant qiie je respirerai, tout ce qui est à moi , vous pouvez le regarder comme à vous..^. Je serais cependant Aché , pour ne point blesser votre délicatesse , que mon amitié eut besoin d'un pareil témoignage.» L'argent et ceux qui le comptent ont lé même but dans mon opinion, celui de dominer. . J'espère que tu répondras à cette lettre ; mais si tu en es empêchée par les élémens qui t'en* traînent loin de moi , j'en écrirai une pour toi ; je la ferai telle que tu l'aurais écrite, et }e la regarderai comme venue de mon Elisa. . Que l'iionnenr, le bonheur , la santé et les consolations de toute espèce fassent voile avec toi!... O la plus digne des femme?! je vivrai pour toi et ma Lydia.... Deviens riche pour les chers enfans de mon adoption. Acquiers de la prudence , de la réputation et du boûhenr>

]>'yo]iick a élïza. 369

s'il peut s'acquërir , pour le partager ayec eux, et eux avec toi^... pour le partager avec ma Ly dia y pour la consolation de mon vieil âge...

Une fois pour toujours, adieu.... Conserve ta santë, poursuis constamment le but que nous nous sommes proposé , la vertu et Tamour ^ . . . et ne te laisse point dépouiller de ces facultés que le ciel t'a données pour ton bien-être.

Que puis-jé ajouter de plus dans l'agitation d'esprit où je me trouve ?.... et déjà cinq .minutes se sont écoulées depuis le dernier coup de cloche de l'homme de la poste... Que puisje ajouter de plus,... que de te recommander au ciel , et de me recommander au ciel avec toi dans la même prière,... dans la plus fervente des prières,.... afin que nous puissions être heureux , et nous rencontrer encore y sinon dans cette vie, an moins dans l'autre..?

Adieu,... je suis à toi , Éliza , à toi pour ja-^ mais : compte 9ur l'amitié tendre et durable

d'Yoiuck.

SyO LETTRES

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