LETTRE XVIII
ËLIZA A YORICK.
Mon Yorick ,
J'espère que vos craintes sar ma sanie et la couleur fraîche de ma cabine sont maintenanl dissipées.... Mais^ puisque telle est la volonté d'Yorick^... je promets de prendre soin de ma santé, un soin particulier ^ et pour Tamour de lui.
J'ai reçu vos lettres avec une satisfaction de cœur peu commune.... Je les ai reçues, et arrangées dans Tordre que vous m'avez prescrit... cot ordre n'était pas difficile à trouver , les dates m'ont servi dès que les numéros ont manqué.
Je les ai mises sous un couvert... Je les porterai sur mon cœur;... elles seront, en effet , pour moi , un tendre asile.... Mes tendres d; silencieux amis,... je les lirai avec attendrissement,... je les consulterai , je leur obéirai.... Je les ai déjà amoncelées comme un trésor dans ma mémoire, et j'en éprouve les effets bieuGûsans.
Ont-elles besoin d'autre ame que celle da
d'yOKICK A' ÉLIZÂ. 371
âeniiineiit et de layérité? Ton cœur honnête et sensible s'y montre à chaque ligne y et les rend vivantes de sensibilité... La mienne renaît à chaque phrase^ et sympathise avec ton ame.... Je me joins avec une égale sincérité à ta protestation y et j'implore du ciel la même colère si ma candeur n'a pas été égale à la tienne.
Si je suis entraînée par les ^ élémens qui me dérobent à mes amis ^ vous écrirez une lettre pour moi ^ et vous la regarderez comme venue de moi.
Écris^ mon Yorick;... écris lorsque j'aurai quitté ce rivage 1... lorsque je lutterai contre les vagues incertaines de ce fier élément ^.... lorsque j'aurai perdu de vue les côtes blanjchâtres de la terre qui te porte ^ terre heureuse par ta naissance;... écris une lettre pour ton £liza.... Que ton imagination s'exerce dans sa plus grande étendue.... loiagine tout ce qui est tendre et obligeant ^ honnête et délicat,... l'affection la plus vive et la plus tendre , et ne crois pas que les pouvoirs de ton ame puissent surpasser dans leur expression les sentimcns qui sont dans mon cœur.
Vous priez le ciel qu'il nous rende heureux ^ et nous fasse renconireràencore dans ce monde :OU dans l'autre.
Je donne plus d'étendue à votre prière..... Puissions « nous nous revoir encore sur cette terre ^ et après dans le séjour céleste l
LETTRE XIX
YORICK A ÉLIZA
Ah ! plut à Dieu qu'il vous fut possible, moa Eliza ^ de différer d'une année votre voyage dans les Indes !... car je suis assuré dans mon cœur que ton mari n'a jamais pu fixer un temps si précis pour ton départ.
Je crains que M. B*** n'ait un peu exagéré., je n'aime plus cet homme; son aspect me tue... Si quelque mal allait t'arriver ^ de quoi n'aurait-il pas à répondre? J'ignore quel est au monde l'être qui méritât plus de pitié ^ ou que je pourrais haïr davantage... Il serait un monstre à mes jeux!... Oh! plus qu'un monstre
Mais^ Éliza^ compte sur moi; que Tidée de tes enfans ne soit pas un souci de plus pour toi... Je serai le père de tes enfans.
Mais^ Eliza ; si tu es si malade encore
songe à ne retourner dans l'Inde que dans un an.... Écrivez à votre mari;.... exposez4ui la vérité de votre situation.... S'il est l'homme
d'yorick a éliza. SjÎ
génëretix et tendre que vous m'avez annoncé en lui^... je crois qu'il sera le premier à louer votre conduite. On m'a dit que toute sa répugnance pour vous laisser vivre en Angleterre y ne provient que de l'idée qu'il a malheureusement conçue que vous pourriez faire des dettes à son insu ^ qu'il serait obligé de payer. ..Quelle crainte!... Est^il possible qu'une créature aussi céleste que vous l'êtes , soit sacrifiée à quelques cents livres de plus, ou de moins?... Misérables considérations!... O mon Éliza, si je le pouvais décemment, je voudrais le dédommager jusqu'au moindre sou de toute la dépense que tu as pu lui causer!... Avec joie, je lui céderais les moyens que j'ai de subsister... J'engagerais mes bénéfices, et ne me réserverais que les trésors dont le ciel a fourni ma tête pour ma subsistance future.
Vous devez beaucoup, je l'avoue, à votre mari.... Vous devez quelque chose aux apparences et à l'opinion des hommes; mais, Eliza, croyez-moi, vous devez bien autant à vousmême.... Quittez Deal et la mer, si vous continuez d'être malade; je serai gratuitement votre médecin... Vous ne seriez pas la première de votre sexe que j'aurais traitée avec succès.. ••
Je ferai venir ma femme et ma fille ; elles
^ji LETTRES
pourrontvous conduire , et chercher avec vous la santé à Montpellier , aux eaux de Barrège , à Spa , partout où vous voudrez... Elles soi*vront tes directions , Éliza , et, tu pourras faire des parties de plaisir dans tel coin du monde où ta fantaisie voudra te mener.... Nous irons pécher ensemble sur les bords de TAmo ; nous nous égarerons dans les rians et fleuris laby* rintbcs de ses vallées; et alors tu pourras, comme je Tai déjà'entendu une ou deux fois , de ta voix doute et flexible, nous chanter, fe suis perdue y /e suis perdue,.... mais nous te retrouverons, mon Éliza.
Vous rappelez- vous l'ordonnance de votre médecin?... Je m'en souviens bien, elle était telle que la mienne.... «Faites un exercice « modéré; allez respirer l'air pur du midi de « la France , ou celui encore plus doux du pa js i( de Naples... Associez-vous pour la route « quelques amis honnêtes et tendres.. » Homme sensible! il pénétrait dans vos pensées;... il «avait combien la médecine serait trompeuse et vaine pour une femme dont le mal n'a pris sa source que dans les afflictions de l'ame. Je crains bien, chère Éliza, que vous ne deviez avoir confiance qu'au temps seul : pubse*t-il ATOUS donner la sauté, à vous qui mériter les
•faveurs de la cliarmante déesse ^ par vos^œux enthousiastes envers elle!
Je vous révère ^ Éliza , pour avoir gardé dans Je secret certainiss choses qui , dévoilées , ancraient fait votre éloge... • Il j a une certaine •dignité dans la vénérable afiliction^ qui refuse d appeler à elle la consolation et la pitié....^. Vous avez très-bien soutenu ce caractère , et )e commence à croire, amie aimable et philosophe, que vous avez autant de vertus que k ' veuve de mon oncle Tobie. Mon intention n'est pas d'insinuer pac-là que mon opinion n'est '^pas mieux fondée que la sienne le fut sur celles de madame Wadman ; et )e ne crois pas possible à un Trim de me convaincre. qu'elle est également en défaut; je suis sur qu^ tant qu'il me restera une ombre de raison, cela ne sera pas.
En parlant de veuves,.... je vous en prie, Eliza, si vous Têtes jamais, ne songez pas à vous donnera quelque riche nabab,.... parce que j'ai dessein de vous épouser. Ma femme ne peut vivre long- temps ; elle a déjà parcouru en vain toutes les provinces de France , et je ne connais pas de femme que j'aimasse mieux que
vous pour la remplacer Il est vrai que ma
' constitution me rend vieux de plus de quatre-
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viagt-qainze ans y et vous n'en avez que vingtciuq... La différence est grande; mais je tacherai de compenser le défaut de jeunesse par l'esprit jet la bonne humeur... Swift n'aima jamais sa Stella , Scarron sa Maintenon ^ on Wallersa Sacharissa, conmie je voudrais t'aimer et te chanter, ô femme de mon choix! tous ces noms^ quelque fameux qu'ils soient, disparaîtraient devant le tien, Eliza... Mandezr-moi que vous approuvez ma proposition , et que semblable à cette maîtresse dont parle le Spectateur, vous aimeriez mieux chausser la pantoufle d'un vieux homme, que de vous unir au gai qt jeune voluptueux.... Adieu ma Simplicin.
Je suis tout à vous^
Triste AM.
ÉLIZA A TORICK.
Mon tendre Dristram,
Je voudrais faire pour vous tout ce qui dépendrait de moi , tout ce qui serait renfermé dans les bornes de mon devoir... mais il m'est impossible de différer mon voyage... Les ordres
d'toRICK il ÉLIZA. S77
que )'ai reçus sont irrévocables ^ 'el je dois me soumettre.
M. B n'exagère rien ; je me trouve beaucoup mieux ; et mes enfans , je l'espère ^ ne seront pas orphelins; mais je vous remercie de votre générositë.... Je suis sensible autant qu'on peut l'être à l'élan de votre ame en leur &vetir*
L'on vous a trompé sur le caractère de mon mari... il n'est pas si parcimonieux que vous Fimaginez ; et, s'il ne s'agissait que de la d^ pense , je pourrais respilrer long-temps encore Pair de l'Europe..... Des considérations plus tendrez le forcent de presser mon retour dans l'Inde.... Sojez sur que je ne suis pas sacrifiée k des vues d'intérêt.
Vous avouez que je dois beaucoup a mon mari... je ne suis que les suggestions de mon devoir^ pour acquitter cette dette.... la dette la plus sacrée que je connaisse^ et contractée de la manière la plus solennelle.'
J'avoue que quelque égard que Ton doive à l'opinion publique.... les apparences et cette opinion respectable me retiendraient bien peu, si lés circonstances mis permettaient de quitter Deal pour aller rendre ce que je dois à Famitié.
Sjir LETTRES
Vous serez toajours mon inédecin , màUnoi» pour la santé du corps. Abandonnez ce soin à. ceux qui en font leur occupation ••...« Laissezleur faire leurs observations et leurs prétendues» recherches pour s^engraisser des angoisses et des: tonrmens d'un pauvre malade. • . . Que mon Yorick prenne pour lui la noble tâche de presr. crire des ordonnances pour mon esprit^ et de guérir les maux de l'ame.... C'est un emploi dans- lequel on ne peut l'égaler , et auquel le ciel semble l'avoir particulièrement destiué> en lui donnant la faculté d'amollir et de fondre la dureté et rinstfisibiUté du monde corrompu*
. Que ta fille et U femme soient mieux occu-: pées qu'à promener les dguleurs do ton Indienne ! Puissent-elles partager long-temps
ton bonheur domestique 1 Si elles sentent comme je sens, elles regardent sans doute comme chose facile et agréable ^ tout ce qui peut te consoler et te plaire.
. Je ne puis plus être de l'avis des médecins y quant au changement d'air et de lieu.,.. Je l'ai; essayé sans succès d'un bout du globe à l'autre^
bout -Si leur remède étiiit bon, l'air de l'An-^
glcterre et ta conversalîoQ auraient eu • plua d'eflit que l'air de France ou de Naplcs; mai^
d'torick a éliza. 579
il m'est impossible d'habiter ces lieux -ci plus long-temps.
Les peines de l'ame ^ produites par une trop grande sensibilité , et une bien faible constitution.... voilà y je crois un ensemble auquel les observations des plus habiles médecins tenteraient envain de remédier.
Si je dois exciter la compassion de quelqu'un^ que ce soit la tienne... cependant )ene voudrais pas que tu puisses jamais sentir de la pitié pouf rien.
Ton cœur est si bon y si tendre , que si ta avais sujet de plaindre quelqu'un , )e suis sûre que ton ame serait bien plus affectée que celle de l'objet de ta sensibilité.... Je voudrais qu'il n'y eût que les cœurs de pierre qui passent avoir de la pitié , et ils en sont incapables.
Votre gaîté ne vous abandonne point.... Vous me demandez si jamais je deviens veuve ^ le ciel éloigne cet instant! si je donnerai ma main à quelque riche nabab.
Je crois que je ne donnerai jamais plus ma
main parce que je crains que mon cœur
ne puisse aller avec elle... mais quant aux nababs^ je les méprise tous.
38o LETTRES
Ces âmes, qui se sont baignées dans le sang^ pour acquérir d'immenses richesses ou du pouvoir y ont-elles quelque rapport avec l'ame d'£liza?.... La sensible Indienne d^Yorick peut-elle supporter l'idée d'aucune espèce d'union avec
les meurtriers de ses frères ? Non que
plutôt la honte et la misère soient mon partage.
Je méprise les richesses , comme la sourc^ commune et funeste du luxe et de l'orgueil..,.* L'or n'est utile et bon que dans les mains de la vertu ^ lorsqu'elle les étend pour soulager les malheureux.... ou lorsque l'humanité^ d'un œil tendre et inquiet^ cherche la cabane du pauvre, pour y verser son superflu , pour ordonner à la larme qui tremble dans l'œil de la douleur, de se changer en expression de joie et de couler le long d'une joue, qui commence à sourire de reconnaissance.
Oui, mon Bramine,.si j'ctais veuve. ... et si tu étais libre, je crois que je te donnerais ma main de préférence à aucun homme vivant.... Je m'unirais a ton ame.... Je m'unirais à mon ami , à mon bon génie.
Eh ! qu'importe la différence des années ? l'ame qui nxarche vers l'immortalité est toujours
d'yORICK il ÉLIZA. 58i
jeune; et ton ame, j'en suis sûre ^ a plus de vigueur que celle du commun des hommes.
Un grand poëte a dit : (*)
(( On ne peut assigner de cause certaine à « Tamour : ce rapport n'existe pas sur le visace ge^ mais dans l'ame des amans. »
Rapsodie à part J'espère que mistriss
Sterne survivra à ce beau projet d'union... Vous dites qu'elle n'a plus rien à espértr des provinces de France... Tant mieux... Elle obtiendra la santé de son air natal à bien meilleur marché.
Cependant ton âge ne serait point un obstacle à notre union ^ et le soin de délier ta pantoufle me serait plus agréable que les attentions que pourrait avoir pour moi un jeune homme ardent et volage ; mais je ne veux point que mistriss Sterne puisse voir tout ceci.... pour l'amour de ta paix domestique.
Je quitte la plaisanterie.... et je suis bien sincèrement , bien sérieusement , avec la plus grande pureté d'affection ^ ton immuable.
Eliza.
P. S, Mon cœur battra d'impatience pour une réponse... • Soyez prompt à calmer ses batte mens.
(*) Dryden,
LETTRE XXL
YORICK A ÉLIZA
Ma chère Eliza ,
J'ai été sur le seuil des portes de la mort.... Se n'étais pas bien la dernière fois que je vous écrivis , et je craignais ce qui m'est arrivé en effet ; car dix minutes après que j'eus envoyé ma lettre^ cette pauvre et maigre figure d'Yorick fut prête à quitter le monde. Il se rompit un vaisseau dans ma poitrine^ et le sang n'a pu être arrêté que ce matin vers les quatre heures j tes beaux mouchoirs des Indes en sont tout remplis . . • Il venait , je crois , de mou cœur.... Je me suis endormi de faiblesse.... A six heures je me suis éveillé^ ma chemise était trempée de larmes. Je songeais que j'étais indolemment assis sur un sofa^ que tu étais entrée dans ma chambre avec un suaire dans ta main, et que tu m'as dit :.... u Ton esprit a « volé vers moi dans les dunes , pour me doute ner des nouvelles de Ion sort ,• je viens te a rendre le dernier devoir que tu pouvais at- « tendre de mon affection filiale, recevoir ta (( bénédiction et le dernier souille de ta vie... »
D^ORICK A ÉLIZA. 383
Après cela tu m'as enveloppé du suaire ; tu étais à mes pieds prosternée : tu me suppliais de te bénir. Je me réveille^ dans quelle si^ luation y bon Dieu 1 mais tu compteras mes larmes; tu les mettras toutes dans un vase..^. Chère Elizia, je te vois , tu es pour toujours présente à mon imagination , embrassant mes faibles genoux , élevant sur moi tes beaux }r'eux^ pour m'exhorter à la patience et me consoler; toutes les ft>is que je parle à L^dia, les mots d'£saû , tels que tu les a prononcés^ résonnent sans cesse à mon oreille
H Bénissez-moi donc aussi, mon père.... » Que la bénédiction céleste soit ton éternel partage ^ ô précieuse fille de mon cœurt
Mon sang est parfaitement arrêté , et je sens renaître en moi la vigueur , principe de la vie. Ainsi f mon Éliza , ne sois point alarmée.... Je suis bien , fort bien.... J'ai déjeuné avec appétit ^ ^ je t'écris avec un plaisir qui nait du prophétique pressentiment que tout finira à la satisfaction de nos cœurs.
J-ouis d'une consolation durable dans cette pensée que tu as si* délicatement exprimée, que le meilleur des êtres ne peut combiner une telle suite d'événemens, purement dans rintention de rendre misérable pour la vie sa,
créatare affligée ! L'observation est juste^ bonne et bien appliquée.... Je souhaite que ma mémoire en justifie Texpresssion....
Éliza y qui vous apprit à écrire d'une ma* nière si touchante ?.... Vous en avez fait un art dans sa perfection.... Lorsque je manquerai d argent ^ et que la mauvaise santé ne permettra plus à mon génie de s'exercer... je pourrai faire imprimer vos lettres, comme les essais d*une infortunée Indienne,.,. Le stjle en est neuf y et seul il serait une forte recommanda-* tion pour leur débit ^ mais leur tournure agréable et facile, les pensées délicates qu'elles renferment , la douce mélancolie qu'elles produisent , ne peuvent être égalées, je crois , dans cette section du globe , ni même , j'ose dire , par aucune femme de vos compatriotes...
J'ai montré votre lettre à mistriss B.... et à plus de la moitié de nos littérateurs.... Vous ne devez point m'eu vouloir pour cela , parce que je n'ai voulu que vous faire honneur en cela... Vous ne sauriez imaginer combien vos productions épistolaires vous ont fait d'admirateurs qui n'fivaient pas encore fait attention à votre mérite extérieur. Je suis toujours surpris, quand je songe comment tu as pu acquérir tant de grâces ^ tant de bonté et de perfection...
•tM
d'yorick a éliza. 385
Si attachée , si tendre ^ si bien élevée 1... Oh ! la nature s'est occupée de toi avec un soin particulier ; car tu es , et ce n'est pas seulement à mes yeux ^ et le meilleur et le plus beau de ses ouvrages.
Voici donc la dernière lettre que tu dois recevoir de moi ; j'apprends par les papiers publics que le comte de Chatham est entré dans les dunes , et je crois que le vent est favorable... Si cela est, femme céleste^ reçois mon dernier adieu... Chéris ma mémoire... Tu sais combien je t'estime, et avec quelle affection
je t'aime , de quel prix tu m'es. Adieu
et, avec mon adieu , laisse-moi te donncT encore une règle de conduite, que tu as entendu sortir de mes lèvres sous plus de mille formes ; mais je la renferme . dans ce seul mot :
AESPECTE* toi!
Adieu encore une fois , Éliza ! qu'aucune peine de cœur ne vienne placer une- ride sur ton visage , jusqu'à ce que je puisse te revoir; que l'incertitude ne trouble jamais la sérénité de ton ame , ou ne réveille une pénible pensée au sujet de tes enfans.... car ils sont ceux
d'Yorick...-. et Yorick est ton ami pour tonjours. Adieu y adieu , adieu.
P. S. Rappelle-toi que respérance abrège et adoucit toutes les peines...- Ainsi ^ tous les matius , à ton , lever , chante , je t'en prie , chante avec la ferveur dont tu chanterais un hymne , mon Ode à FEspérance , et tu t'assiéras à la table de ton déjeuner avec moins de tristesse.
Que le bonheur , le repos et Hygée te sui- , vent dans ton voyage ! puisses-tu revenir bien* tôt avec la paix et l'abondance , pour éclairer les ténèbres dans lesquelles je vais passer mes jours ! je suis le dernier à déplorer la perte :' que je sois le premier à te féliciter sur toa retour !
Porte-toi bien !