‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 138 sur 333 · I. Dtt, dam les éditions ée i66S «t de · texte numérisé non relu

I. Dtt, dam les éditions ée i66S «t de

i66 Fables choisies.

J'avois franchy les Monts qui bornent cet Etat;

Et trotois comme un jeune Rat

Qui cherche à se donner carrière.

Lors que deux animaux m'ont arresté les yeux ;

L'un doux, bénin et gracieux; Et l'autre turbulent et plein d'inquiétude.

Il a la voix perçante et rude;

Sur la teste un morceau de chair; Une sorte de bras dont il s'élève en l'air,

Comme pour prendre sa volée;

La queue en panache étalée.

Or c'estoit un Cochet dont nostre Souriceau

Fit à sa mère le tableau, Comme d'un animal venu de l'Amérique.

Il se batoit, dit-il^ les flancs avec ses bras,

Faisant tel bruit et tel fracas.

Que moy, qui grâce aux Dieux de courage me pique,

En ay pris la fuite de peur.

Le maudissant de tres-bon cœur.

Sans luy j'aurois fait connoissance Avec cet animal qui m'a semblé si doux.

Il est velouté comme nous, Marqueté, longue queue, une humble contenance; Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant :

Je le crois fort sympatisant Avec messieurs les Rats; car il a des oreilles

En figure aux nostres pareilles.

Je l'allois aborder; quand d'un son plein d'éclat

L'autre m'a fait prendre, la fuite.

Mon fils, dit la Souris, ce doucet est un Chat,.

Qui sous son minois hypocrite

Contre toute ta parenté

D'un malin vouloir est porté.

L'autre animal tout au contraire,

Bien éloigné de nous mal faire, Servira quelque jour peut-estre à nos repas. Quant au Chat; c'est sur nous qu'il fonde sa cuisine.

Garde-toy tant que tu vivras

De juger des gens sur la mine.

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