‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 164 sur 333 · LA FILLE · texte numérisé non relu

LA FILLE

'n jour sur ses longs pieds alloit je ne sçais où, 'Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.

Il costoyoit une rivière.

L'onde estoittransparenteainsi qu'aux plus beaux jours ; Ma commère la carpe y faisoit mille tours

Avec le brochet son compère. ^ Le Héron en eust fait aisément son profit : Tousapprochoientdu bord, l'oiseaun'avoitqu'à prendre;

Mais il crût mieux faire d'attendre

Qu'il eût un peu plus d'appétit.

11 vivoit de régime, et mangeoit à ses heures. Apres quelques momens l'appétit vint; l'oiseau

S'approchant du bord vid sur l'eau Des Tanches qui sortoient du fond de ces demeures. Le mets ne luy plut pas ; il s'attendoit à mieux ;

Et montroit un goust dédaigneux

Comme le rat du bon Horace'.

Moy des Tanches? dit-il, moy Héron que je fasse Une si pauvre chère? et pour qui me prend-on?

I. Le rat de ville que le rat des champs s'efforce en vain de contenter :

Cupiens varia fastidia cœna Vincere tangentis maie singula dénie superbo. (livre II, satire 6.)

Voyez ci-dessus, page 47, l'imitation que La Fontaine a faite de ce récit.

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