‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 18 sur 333 · L'HIRONDELLE ET LES PETITS OYSEAUX · texte numérisé non relu

L'HIRONDELLE ET LES PETITS OYSEAUX

[ne Hirondelle en ses voyages Avoit beaucoup appris. Quiconque a beaucoup veu

Peut avoir beaucoup retenu.

Celie-cy prevoyoit jusc[u'aux moindres orages,

Et devant qu'ils fussent éclos,

Les annonçoit aux Matelots.

Il arriva qu'au temps que la chanvre se semé Elle vid un Manant en couvrir maints sillons. Cecy ne me plaist pas, dit-elle aux Oysillons, Je vous plains: Car pour moy, dans ce péril extrême, Je sçauray m'éloigner, ou vivre en quelque coin. Voyez-vous cette main qui par les airs chemine?

Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine. De là naîtront engins à vous enveloper,

Et lacets pour vous attraper;

Enfin mainte et mainte machine

Qui causera dans la saison

Vostre mort ou vostre prison.

Gare la cage ou le chaudronl

C'est pourquoy, leur dit l'Hirondelle,

Mangez ce grain, et croyez-moy.

Les Oyseaux se moquèrent d'elle :

Ils trouvoient aux champs trop dequoy.

Quand la cheneviere fut verte, L'Hirondelle leur dit : Arrachez brin à brin

Ce qu'a produit ce maudit grain;

Ou soyez seurs de vostre perte.

Prophète de mal-heur, babillarde, dit-on,

Le bel employ que tu nous donnes!

Il nous faudroit mille personnes

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