LE RAT ET L'HUITRE
[n Rat hoste d'un champ , Rat de peu de
cervelle, jDes Lares paternels un jour se trouva sou. ill laisse-là le champ, le grain, et la javelle. Va courir le pais, abandonne son trou.
Si-tost qu'il fut hors de la case.
Que le monde, dit-il, est grand et spacieux! 4
Voilà les Apennins, et voicy le Caucase : La moindre Taupinée estoil mont à ses yeux. Au bout de quelques jours le voyageur arrive En un certain canton où Thetis sur la rive Avoit laissé mainte Huitre; et nostre Rat d'abord Crût voir en les voyant des vaisseaux de haut bord. Certes, dit-il, mon père estoit un pauvre sire : Il n'osoit voyager, craintif au dernier point : Pour moy, )'ai déjà veu le maritime empire : J'ay passé les déserts, mais nous n'y bûmes point'. D'un certain magister le Rat tenoit ces choses,
Et les disoit i travers champs; N'estant point de • " ' ' rongeans
Se font sça. is.
I. C'est un souvenir du dialogue de Picrochole avec $e$ capitaines : « (^ue boyronj nous par ces desers '. N - ;s (dirent ilz] auons ia donné ordre i tout... Voyre il, nous ne bcumci p^inct frjii. » .Ralx-lais. 1 XXXIII.)
228 Fables choisies.
Parmy tant d'Huitres toutes closes, Une s'estoit ouverte, et, bâillant au Soleil,
Par un doux Zephir réjouie, Humoit l'air, respiroit, estoit épanouie, Blanche, grasse, et d'un goust à la voir nompareil. D'aussi loin que le Rat voit cette Huitre qui bâille, Qu'apperçois-je? dit-il, c'est quelque victuaille ; Et si je ne me trompe à la couleur du mets. Je dois faire aujourd'huy bonne chère, ou jamais. Là-dessus maistre Rat plein de belle espérance. Approche de l'écaillé, allonge un peu le cou, [coup Se sent pris comme aux lacs; car l'Huitre tout d'un Se referme, et voilà ce que fait l'ignorance.
Cette Fable contient plus d'un enseignement.
Nous y voyons premièrement, Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience ' Sont aux moindres objets frappez d'étonnement : Et puis nous y pouvons apprendre, Que tel est pris qui croyoit prendre.