‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 220 sur 333 · LES DEUX CHIENS ET L'ASNE MORT · texte numérisé non relu

LES DEUX CHIENS ET L'ASNE MORT

[es vertus dcvroieni cstre sœurs, [Ainsi que les vices sont frères :

[Dés que l'un de ceux-cy s'empare de nos cœurs, Tous viennent à la file, il ne s'en manque gueres; J'entends de ceux qui n'estant pas contraires

Peuvent loger sous mesme toit.

A l'égard des vertus, rarement on les void Toutes en un sujet éminemment placées Se tenir par la main sans estre dispersées. L'un est vaillant, mais prompt ; l'autre est prudent,

mais froid.

Parmy les animaux le Chien se pique d'être

Soigneux et fidèle à son maistre;

Mais il est sot, il est gourmand :

Témoin ces deux mâtins oui dans l'éloignement Virent un Asne mort qui flotoit sur les ondes. Le vent de plus en plus l'éloignoit de nos Chiens. Amy, dit l'un, tes yeux sont meilleurs que les miens. Porte un peu tes regards sur ces plaines profondes. J'y crois voir quelque chose : Est-r.- i n Bœuf, un

Hé qu'importe quel animal r Cheval?

Dit l'un de ces maslins; voila toujours curce. Le poml est de l'avoir; car le trajrl e^t grand; Et de plus il nous laut nager contre le vent. Beuvons toute celle eau ; nostre gorge altérée En viendra bien i bout : ce corps demeurera

Bi' • ' • • '-ra

Pi :ie.

Voila mes Chiens a buire, lU perdirent l'haleine,

252 Fables choisies.

Et puis la vie ; ils firent tant

Qu'on les vid crever à l'instant.

L'homme est ainsi basti : Quand un sujet l'enflâme L'impossibilité disparoist à son ame.

Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas? S'outrant pour acq|uerir des biens ou de la gloire ?

Si j'arrondissois mes estats !

Si je pouvois remplir mes coffres de ducats ! Si j'apprenois l'hébreu, les sciences, l'histoire!

Tout cela c'est la mer à boire;

Mais rien à l'homme ne suffit :

Pour fournir aux projets que forme un seul esprit Il faudroit quatre corps; encor loin d'y suffire A my chemin je crois que tous demeureroient : Quatre Mathusalems bout à bout ne pourroient

Mettre à fin ce qu'un seul désire.

DEMOCRITE ET LES ABDERITAINS.

ue j'ay toujours hay lespensers du vulgaire! [Qu'il me semble profane, injuste, et téméraire; [luy, Mettant de faux milieux entre la chose et Et mesurant par soy ce qu'il void en autruy ! Le maistre d'Epicure en fit l'apprentissage. Son pays le crut fou : Petits esprits! Mais quoy?

Aucun n'est prophète chez soy.

Ces gens estoient les fous, Democrite le sage. L'erreur alla si loin, qu'Abdere députa Vers Hipocrate, et l'invita.

Par lettres et par ambassade, A venir restablir la raison du malade.

Nostre concitoyen, disoient-ils en pleurant,

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