LE DÉPOSITAIRE INFIDELE
race aux Filles de mémoire, J'ay chante des animaux; Peut-estrc d'autres Héros
•ni acquis moins de gloire.
Le Loup ' ■ des Dieux
Parle au Chien dans mes ouvrages :
Les Bestes, à qui mieux mieux, Y font divers personnages, Les uns fous, les autres sages ; De telle sorte pourtant Que les fous vont l'emportant; La mesure en est plus pleine.
Je mets aussi sur la Scène Des Trompeu- -als,
Des Tyrans, < <,
Mainte imprudente pécore, Force Sots, force Flateurs; Je pourrois y joindre encore Des légions de menteurs :
La Fontaine. — /. i?
2^8 Fables choisies.
Tout homme ment, dit le SageV
S'il n'y mettoit seulement
Que les gens du bas estage,
On pourroit aucunement
Souffrir ce défaut aux hommes;
Mais que tous tant que nous sommes
Nous mentions, grand et petit,
Si quelque autre l'avoit dit,
Je soûtiendrois le contraire.
Et mesme qui mentiroit
Comme Esope^ et comme Homère,
Un vray menteur ne seroit.
Le doux charm.e de maint songe
Par leur bel art inventé.
Sous les habits du mensonge
Nous offre la vérité.
L'un et l'autre a fait un livre
Que je tiens digne de vivre
Sans fin, et plus s'il se peut :
Gomme eux ne ment pas qui veut.
Mais mentir comme sceut faire
Un certain Dépositaire
Payé par son propre mot.
Est d'un méchant, et d'un sot.
Voicy le fait. Un trafiquant de Perse, Chez son voisin, s'en allant en commerce, Mit en dépost un cent de fer un jour. Mon fer? dit-il, quand il fut de retour. Vostre fer? il n'est plus : j'ay regret de vous dire
Qu'un Rat l'a mangé tout entier.
J'en ay grondé mes gens : mais qu'y faire? un Grenier A toujours quelque trou. Le trafiquant admire Un tel prodige, et feint de le croire pourtant. Au bout de quelques jours il détourne l'enfant Du perfide voisin ; puis à souper convie Le père qui s'excuse, et luy oit en pleurant;