LES DEUX PIGEONS
[eux Pigeons s'aimoient d'amour
tendre :
jL'un d'eux s'ennuyant au logis iFut assez fou pour entreprendre
Un voyage en loingtain pays.
L'autre luy dit ; Qu'allez-vous faire?
Voulez-vous quitter votre frère?
L'absence est le plus grand des maux : Non pas pour vous, cruel : Au moins que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage.
Encor si la saison s'avançoit davantage! Attendez les zephirs : Qui vous presse? un Corbeau Tout à l'heure annonçoit malheur à quelque oiseau. Je ne songeray plus que rencontre funeste. Que Faucons, que rezeaux. Helas, diray-je, il pleut :
Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut.
Bon soupe, bon giste, et le reste?
Ce discours ébranla le cœur
De nostre imprudent voyageur :
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point : Trois jours au plus rendront mon ame satisfaite : Je reviendray dans peu compter de poinct en poinct
Mes aventures à mon frère.
Je le desennuiray. Quiconque ne void guère N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.