‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 226 sur 333 · LES DEUX PIGEONS · texte numérisé non relu

LES DEUX PIGEONS

[eux Pigeons s'aimoient d'amour

tendre :

jL'un d'eux s'ennuyant au logis iFut assez fou pour entreprendre

Un voyage en loingtain pays.

L'autre luy dit ; Qu'allez-vous faire?

Voulez-vous quitter votre frère?

L'absence est le plus grand des maux : Non pas pour vous, cruel : Au moins que les travaux,

Les dangers, les soins du voyage,

Changent un peu votre courage.

Encor si la saison s'avançoit davantage! Attendez les zephirs : Qui vous presse? un Corbeau Tout à l'heure annonçoit malheur à quelque oiseau. Je ne songeray plus que rencontre funeste. Que Faucons, que rezeaux. Helas, diray-je, il pleut :

Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut.

Bon soupe, bon giste, et le reste?

Ce discours ébranla le cœur

De nostre imprudent voyageur :

Mais le désir de voir et l'humeur inquiète L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point : Trois jours au plus rendront mon ame satisfaite : Je reviendray dans peu compter de poinct en poinct

Mes aventures à mon frère.

Je le desennuiray. Quiconque ne void guère N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint

Vous sera d'un plaisir extrême.

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