‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 227 sur 333 · Livre neuvième · texte numérisé non relu

Livre neuvième

Je diray : J'estois là ; telle chose m'avint :

Vous y croirez estre vous mesme.

A ces mots, en pleurant ils se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne : et voila qu'un nuage L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. Un seul arbre s'offrit, tel encor que forage Mal-traita le Pigeon en dépit du feuillage. L'air devenu serein il part tout morfondu, Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé depluye, Dans un champ â l'écart void du bled répandu, Void un Pigeon auprès, cela luy donne envie : Il y vole, il est pris ; ce bled couvroit d'un las

Les menteurs et traistres appas.

Le las estoit usé; si bien que, de son aisie, De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin : Quelque plume y pérît; et le pis du destin Fut qu'un certain Vautour i la serre cruelle Vid nostre malheureux qui. traisnant la fiscelle, Et les morceaux du las qui l'avoit attrapé,

Sembloit un forçat échapé.

Le Vautour s'en alloit le lier, quand des nues Fond à son tour un Aigle aux aisles étendues. Le Pigeon profita du conflit des voleurs, S'envola^ s'abatit auprès d'une mazure,

Crut pour ce coup que ses malheurs

Finiroicnt par cette aventure:

Mais un fripon d'enfant, cet Age est sans pitié, Prit sa fronde, et du coup tua plus d'amoitié

La volatile malheureuse, Qui, maudissant sa curiosité,

Traisnant l'aile, et tirant le pié,

Demi-morte, et demi boiteuse.

Droit au logis s'en retourna :

Que bien que mal elle arriva

Sans autre aventure tascheuse.

Voila DOS gens rejoints : et je laisse i juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines. Amans, heureux amans, voulez-vous voyager'

2(ii Fables choisies.

Que ce soit aux rives prochaines \ Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,

Toujours divers, toujours nouveau ; Tenez-vous lieu de tout^ comptez pour rien le reste. J'ay quelquefois aimé ; je n'aurois pas alors,

Contre le Louvre et ses trésors, Contre le firmament et sa voûte céleste.

Changé les bois, changé les lieux.

Honorez par les pas, éclairez par les yeux

De l'aimable et jeune bergère

Pour qui sous le fils de Cythere Je servis engagé par mes premiers sermens. Helas ! quand reviendront de semblables momens ? Faut-il que tant d'objets si doux et si charmans Me laissent vivre au gré de mon ame inquiète? Ah si mon cœur osoit encor se renflâmer ! Ne sentiray-je plus de charme qui m'arreste

Ay-je passé le temps d'aimer?

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