L'ECOLIER, LE PEDANT, ET LE MAISTRE D'UN JARDIN
Certain enfant qui scntoil son Collège, IDoublement sot, et doublement fripon, JPar le jeune ige, et par le privilège (Qu'ont les Pédants de gaster la raison, Chez un voisin déroboit, ce dit-on, Et fleurs et fruits. Ce voisin en Automne Des plus beaux dons que nous offre Pomone Avoit la fleur, les autres le rebut.
Chaque saison apportoit son tribut :
Car au Printemps il jouissoit encore Des plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son )ardin il vid nostre Ecolier, Qui grimpant sans égard sur un arbre fruitier, Castoit jusqu'aux boutons; douce et fresie espérance, Avant-coureurs des biens que promet l'abondance Mesme il ébranchoit l'arbre, et fit tant â la fin
Que le possesseur du jardin Envoya taire plamte au maistre de la Classe. Celuy-cy vint suivy d'un cortège d'enfans.
Voila le verger plein de gens Pires que le premier, l^ Pédant de sa grâce Accrut le mal en amenant Cette jeunessse mal-inslruite :
Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un chastiment Qui pûst servir d'exemple; et dont toute si suif Se souvins! i jamais comme d'une leçon Li-dessus il c;' ' • • - Avec :
266 Fables choisies.
Son discours dura tant que la maudite engeance Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin. Je hais les pièces d'éloquence Hors de leur place, et qui n'ont point de fin;
Et ne sçais beste au monde pire Que l'Ecolier, si ce n'est le Pédant.
Le meilleur de ces deux pour voisin, à vray dire, Ne me plairoit aucunement.