‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 233 sur 333 · Livre neuvième · texte numérisé non relu

Livre neuvième

Mais cecy soit dit entre-nous.

On tient toujours du lieu dont on vient : Cette Fable Prouve assez bien ce poinct ; mais à la voir de prés Quelque peu de sophisme entre parmy ses traits : Car quel époux n'est point au boleil préférable En s'y prenant ainsi? diray-ic qu'un géant Est moins fort qu'une puce? Elle le mord pourtant. Le Rat devoit aussi renvoyer pour bien faire

La belle au chat, le chat au chien,

Le chien au Loup. Par le moyen

De cet argument circulaire Pilpay jusqu'au Soleil eust enfin remonte; Le Soleil eust |oûy de la jeune beauté. Revenons s'il se peut i la metempsicosc ; Le Sorcier du Bramin fit sans doute une chose Qui loin de la prouver fait voir sa fausseté. Je prends droit là dessus contre le Bramin mesme,

Car il faut selon son sistéme Que l'homme, la souris, le ver, enfin chacun Aille puiser son ame en un trésor commun :

Toutes sont donc de mesme trempe ;

Mais agissant diversement

Selon I organe seulement

L'une s'élève, et l'autre rempe.

D'où vient donc que ce corps si bien organisé

Ne pût obliger son nostesse De s'unir au Soleil, un Rat eut sa tendresse?

Tout débalu, tout bien pesé, Les âmes des Souris et les âmes des belles

Sont tres-difTerentes entre elles.

Il en faut revenir toujours i son destin. C'est i dire à la loy par 'le Ciel établie. Parlez au diable, employez la magie, Vous ne détournerez nul estre de sa nn.

270 Fables choisies.

LE FOU qui VEND LA SAGESSE.

*amais auprès des fous ne te mets à portée, )Je ne te puis donner un plus sage conseil.

Il n'est enseignement pareil )A celuy-là de fuir une teste éventée.

On en void souvent dans les cours.

Le Prince y prend plaisir; car ils donnent toujours Quelque trait aux fripons, aux sots, aux ridicules. Un fol alloit criant par tous les carrefours Qu'il vendoit la Sagesse ; et les mortels crédules De courir à l'achapt ; chacun fut diligent.

On essuyoit force grimaces ;

Puis on avoit pour son argent Avec un bon soufflet un fil long de deux brasses. La pluspart s'en fâchoient; mais que leur servoit-il? C'estoient les plus moquez ; le mieux estoit de rire,

Ou de s'en aller sans rien dire

Avec son soufflet et son fil.

De chercher du sens à la chose.

On se fust fait sifler ainsi qu'un ignorant.

La raison est-elle garant De ce que fait un fou? le hazard est la cause De tout ce qui se passe en un cerveau blessé. Du fil et du soufflet pourtant embarassé Un des dupes un jour alla trouver un sage,

Qui sans hésiter davantage Luy dit : Ce sont icy jerogliphes tout purs. Les gens bien conseillez^ et qui voudront bien faire, Entre eux et les gens fous mettront pour l'ordinaire La longueur de ce fil ; sinon je les tiens surs

De quelque semblable caresse.

Vous n'estes pomt trompé ; ce fou vend la sagesse.

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