‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 248 sur 333 · I . I ^ . sf trouve · texte numérisé non relu

I . I ^ . sf trouve

dan^ XL

284 Discours

Qu'il faut de tout aux entretiens :

C'est un parterre, 011 Flore épand ses biens; Sur différentes fleurs l'Abeille s'y repose,

Et fait du miel de toute chose.

Ce fondement posé ne trouvez pas mauvais, Qu'en ces Fables aussi j'entremêle des traits

De certaine Philosophie

Subtile, engageante, et hardie.

On l'appelle nouvelle. En avez-vous ou non

Oûy parler? Ils disent donc

Que fa beste est une machine; Qu'en elle tout se fait sans choix et par ressorts : Nul sentiment, point d'ame, en elle tout est corps.

Telle est la monstre qui chemine, A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.

Ouvrez-la, lisez dans son sein ; Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde.

La première y meut la seconde^ Une troisième suit, elle sonne à la fin. Au dire de ces gens, la beste est toute telle :

L'objet la frape en un endroit;

Ce lieu frapé s'en va tout droit Selon nous au voisin en porter la nouvelle; Le sens de proche en proche aussi-tost la reçoit. L'impression se fait, mais comment se fait-elle?

Selon eux par nécessité.

Sans passion, sans volonté :

L'animal se sent agité De mouvemens que le vulgaire appelle Tristesse, joye, amour, plaisir, douleur cruelle,

Ou quelque autre de ces estats ; Mais ce n'est point cela; ne vous y trompez pas. Qu'est-ce donc? une monstre; et nous? c'est autre Voicy de la façon que Descartes l'expose ; [chose. Descartes ce mortel dont on eust fait un Dieu

Chez les Payens, et cjui tient le milieu [l'homme Entre l'homme et l'esprit, comme entre l'huistre et Le tient tel de nos gens, franche beste de somme.

A M. DE LA Sablière. 285

Voiqr, dis- je, comment raisonne cet Auteur. Sur tous les animaux enfans du Créateur, J'ay le don de penser, et fc sçais que |c pense. Or vous sçavez Iris de certaine science,

Que quand la beste penscroil,

La Beste ne refléchiroit

Sur l'objet, ny sur sa pens^.

Descartes va plus loin, et soutient nettement,

Qu'elle ne pense nullement.

Vous n'estes point embarass^e De le croire, ny moy. Cependant quand aux bois

Le bruit des cors, celuy des voix N'a donné nul relâche à la (uvante proyc,

Qu'en vain elle a r 'Torts

A confondre, et br 1 Jiroye,

L'animal chargé d'ans, vieux Cert, et de dix cors, En suppose un plus |eune, et l'oblige par force, A présenter aux chiens une nouvelle amorce. Que de raisonnemens pour 'T ses jours!

Le retour sur ses pas, les . les tours,

Et le change, et cent stratagèmes Dignes des plus grands chefs, dignes d'un meilleur sort !

On le déchire aprcj sa mort ;

Ce sont tous ses honneurs suprêmes.

Ouand la Perdrix

Void ses paits En danger, et n'avant qu'une plume nouvelle, Qui ne peut ' ' ^»

Elle fait la b ' r,

Attirant le Chasseur, et le Chien sur ses pas,

nlj pille, i cl ni

I ' f n vain la suit.

Non loin du Nort il est un monde, Où l'on sçait que les habilans

286 Discours

Vivent ainsi qu'aux premiers temps

Dans une ignorance profonde :

Je parle des humains ; car quant aux animaux,

Ils y construisent des travaux, Qui des torrens grossis arrestent le ravage, Et font communiquer l'un et l'autre rivage. L'édifice résiste, et dure en son entier; Apres un lit de bois, est un lit de mortier : Chaque Castor agit; commune en est la tâche; Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche. Maint maistre d'œuvrey court, et tient haut le baston.

La republique de Platon

Ne seroit rien que l'apprentie

De cette famille amphibie.

Ils sçavent en hyver élever leurs maisons,

Passent les estangs sur des ponts,

Fruit de leur art, sçavant ouvrage ;

Et nos pareils ont beau le voir ;

Jusqu'à présent tout leur sçavoir

Est de passer Tonde à la nage.

Que ces Castors ne soient qu'un corps vuide d'esprit. Jamais on ne pourra m'obliger à le croire : Mais voicy beaucoup plus : écoutez ce récit.

Que je tiens d'un Roy plein de gloire. Le défenseur du Nort vous sera mon garend : Je vais citer un Prince aimé de la victoire : Son nom seul est un mur à l'empire Ottoman ; C'est le Roy Polonois \ jamais un Roy ne ment.

Il dit donc que sur sa frontière Des animaux entr'eux ont guerre de tout temps : Le sang qui se transmet des pères aux enifans,

En renouvelle la matière.

Ces animaux, dit-il, sont germains du Renard.

I. Sobieski, vainqueur des Turcs à Choczim, en 1673. La Fontaine avait eu occasion de le voir chez M™^ de La Sablière.

A M. DE LA Sablière. 287

Jamais la guerre avec tant d'art

Ne s'est faite parmy les hommes,

Non p;^s mesme au siècle où nous sommes Corps de garde avancé, vedettes, espions. Embuscades, partis, et mille inventions D'une pernicieuse, et maudite science, Fille du Stix, et mère des héros,

Exercent de ces animaux

Le bon sens, et l'expérience.

Pour chanter leurs combats, l'Acheron nous devroil

Rendre Homère. Ah s'il le rendoit Et qu'il rendît aussi le rival d'Epicurc' ! Que diruil ce dernier sur ces exemples-cy? Ce que |'ay dé|a dit, qu'aux bestes la nature Peut par les seuls ressorts opérer tout cecy ;

Que la mémoire est corporelle, Et que pour en venir aux exemples divers,

Que l'ay mis en jour dans ces vers,

L animal n'a besoin que d'elle.

L'objet lors au'il revient, va dans son magazin

Chercner par le mesme chemin

L'imaf;e auparavant tracée.

Qui sur les mesmes pas revient pareillement.

Sans le secours de la pensée,

Causer un mesme événement.

Nous agissons tout autrement.

La vol ne.

Non l'objet, n. . rie, je chemine;

Je sens en moy certain agent ;

Tout obéit dan'; •" ■ '"^-h;?"

A ce principe :

Il est distinct du corps, it eu; 'ni,

Se conçoit mieux aue l< ne :

De tous nos mouvemens c est l'arbitre suprême.

Mais comment le corps l'entend-il ?

C'est là le pomt : je vois l'outil

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