‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 264 sur 333 · LES DEUX PERROQUETS, LE ROY ET SON FILS · texte numérisé non relu

LES DEUX PERROQUETS, LE ROY ET SON FILS

[eux perroq^ucls, l'un pcre cl l'autre fils, ^Du rost d un Roy faisoient leur ordh fnaire.

iD< l'un fils et l'autre

De ces ovse.v .favoris. (pcre,

L'âge lioit une amitie sincère

Entre ces gens : les deux per^^- -' — : ;

Les deux enfans, malgré leur L'un avec l'autre au*^ Nourris ensemble, et • , ile.

C'estoit beaucoup d'honneur au leune Perroquet ; Car l'enfant estoit Prince et son père Monarque. Par le tempérament que luv donna la parque, Il aimoit • coquet.

Et le plu ce,

Faisoit aussi sa part des délices du Prince. Ces deux rivaux un jour f ■•"''■« <.e joûans, Comme il arrive a. gtns.

Le teu ■ ,ic.

Le P.f fispec,

S'attira de tels coups de bec, Quç {|^.„. ... ,1 ..f tr ;.„w,t r^;^|e^

On cr ir.

Le Pr Son Pcr nt au pcre.

L'infortuné vieillard crie et se désespère.

Le tout en vam; •"• "'- "^"' ...r^-ni.,, ; L'oiseau parieur '• :

La Fontaine. — /. lo

3o6 Fables choisies.

Pour dire mieux, l'oiseau ne parlant plus Fait qu'en fureur sur le fils du Monarque Son père s'en va fondre,, et luy crevé les yeux. Il se sauve aussi-tost, et choisit pour azile

Le haut d'un Pin. Là dans le sein des Dieux Il gouste sa vengeance en lieu seur et tranquille. Le Roy luy-mesme y court, et dit pour l'attirer : Amy, reviens chez moy : que nous sert de pleurer ? Haine, vengeance et deuil, laissons tout à la porte.

Je suis contraint de déclarer,

Encor que ma douleur soit forte, Que le tort vient de nous : mon fils fut l'agresseur : Mon fils ! non ; C'est le sort qui du coup est l'autheur. La Parque avoit écrit de tout temps en son livre Que l'un de nos enfans devoit cesser de vivre,

L'autre de voir, par ce malheur.

Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage.

Le Perroquet dit : Sire Roy,

Crois-tu qu'après un tel outrage

Je me doive fier à toy?

Tu m'allègues le sort ; prétens-tu par ta foy Me leurrer de l'appast d'un profane langage? Mais que la providence ou bien que le destin

Règle les affaires du monde.

Il est écrit là-haut qu'au faiste de ce pin

Ou dans quelque Forest profonde J'acheveray mes jours loin du fatal objet

Qui doit t'estre un juste sujet De haine et de fureur. Je sçay que la vengeance Est un morceau de Roy, car vous vivez en Dieux.

Tu veux oublier cette offense :

Je le crois : cependant, il me faut pour le mieux

Eviter ta main et tes yeux.

Sire Roy mon amy, va-t'en, tu perds ta peine,

Ne me parle point de retour :

L'absence est aussi bien un remède à la haine

Qu'un appareil contre l'amour.

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