‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 272 sur 333 · LE LION · texte numérisé non relu

LE LION

^ultin Léopard autresfois [Eut, ce dit-on, par mainte aubeine, ^orce bœufs dans ses prez, force Cerfs dans

Force moutons parmi la plaine, [ses bois,

Il naquit un Lion dans la forest prochame. Apres les complimens et d'une et d'autre part,

Co ■ il se pratique,

Le Sultan r le Renard,

Vieux routier et bon politique.

Tu crains, ce luy dit-il, Lionceau mon voisio :

Son père est mort, que peut-il faire?

Plains plûtost le pauvre orphelin.

Il a chez luy plus d'une atfaire;

Et devra beaucoup au destin S'il garde ce qu'il a sans tenter de conquête.

Le Renard dit branlant la te^te :

Tek orphelins, Seigneur, ne me font point pitié : Il faut lie ccluv-ci C"ns<»rvrr l'-imitié,

Ou s'c rc,

Avant

dent

3i6 Fables choisies.

Luy soit crue, et qu'il soit en estât de nous nuire N'y perdez pas un seul moment.

J'ay fait son horoscope : il croistra par la guerre. Ce sera le meilleur Lion Pour ses amis qui soit sur terre, Taschez donc a en estre, sinon

Taschez de l'affoiblir. La harangue fut vaine.

Le Sultan dormoit lors ; et dedans son domaine

Chacun dormoit aussi, bestes, gens; tant qu'enfin Le Lionceau devient vray Lion. Le tocsin

Sonne aussi-tost sur luy ; l'alarme se promeine De toutes parts ; et le Visir

Consulté là-dessus dit avec un soupir :

Pourquoy l'irritez-vous.? la chose est sans remède.

En vain nous appelions mille gens à nostre ayde.

Plus ils sont, plus il coûte; et je ne les tiens bons Qu'à manger leur part des moutons.

Appaisez le Lion : seul il passe en puissance

Ce monde d'alliez vivans sur nostre bien :

Le Lion en a trois qui ne luy coûtent rien,

Son courage, sa force, avec sa vigilance.

Jettez-lui promptement sous la griffe un mouton :

S'il n'en est pas content jettez en davantage.

Joignez-y quelque bœuf : choisissez pour ce don Tout le plus gras du pasturage

Sauvez le reste ainsi. Ce conseil ne plut pas. Il en prit mal, et force états Voisins du Sultan en pâtirent :

Nul n'y gagna : tous y perdirent.

Quoy que fist ce monde ennemi, Celuy qu'ils craignoient fut le maistre.

Proposez-vous d'avoir le Lion pour ami Si vous voulez le laisser craistre.

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