‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 279 sur 333 · LE LION, LE SINGE, ET LÉS DEUX ASNES · texte numérisé non relu

LE LION, LE SINGE, ET LÉS DEUX ASNES

je Lion, pour bien gouverner, 'Voulant apprendre la morale, |Se fit un beau jour amener ,Le Singe maistre es arts chez la gent La première leçon que donna le Régent, [animale. Fut celle-cy : Grand Roy, pour régner sagement,

Il faut que tout Prince préfère Le zèle de l'Estat à certain mouvement,

Qu'on appelle communément

Amour propre ; car c'est le père.

C'est l'autheur de tous les défauts,

Que l'on remarque aux animaux.

Vouloir que de tout poinct ce sentiment vous quitte,

Ce n'est pas chose si petite

Qu'on en vienne à bout en un jour :

C'est beaucoup de pouvoir modérer cet amour.

Par là vostre personne auguste

N'admettra jamais rien en soy

De ridicule ny d'injuste.

Donne-moy, repartit le Roy,

Des exemples de l'un et l'autre.

Toute espèce, dit le Docteur,

(Et je commence par la nostre) Toute profession s'estime dans son cœur.

Traite les autres d'ignorantes,

Les qualifie impertinentes, Et semblables discours qui ne nous coûtent rien. ^ L'amour propre au rebours, fait qu'au degré suprême On porte ses pareils; car c'est un bon moyen

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