‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 321 sur 333 · LA FOREST ET LE BUCHERON · texte numérisé non relu

LA FOREST ET LE BUCHERON

'ti Bûcheron venoit de rompre ou d'égarer ■ Le bois dont il avoit emmanché sa coignée. j Cette perte ne put si-tôt se reparer [gnée. iQue la Forest n'en fût quelque-tems épar- L'Homme enfin la prie humblement De lui laisser tout doucement Emporter une unique branche, Afin de faire un autre manche. Il iroit emploïer ailleurs son gagne pain : Il laisseroit debout maint Chêne et maint Sapin Dont chacun respectoit la vieillesse et les charmes. L'innocente Forest lui fournit d'autres armes^ Elle en eut du regret. Il emmanche son fer. Le misérable ne s'en sert ' Qu'à dépouiller sa bien-faitrice De ses principaux ornemens.

Elle gémit à tous momens :

Son propre don fait son supplice.

Voila le train du Monde, et de ses Sectateurs.

On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.

Je suis las d'en parler : mais que de doux ombrages

Soient exposez à ces outrages,

Qui ne se plaindroit là-dessus !

Helas! fai beau crier, et me rendre incommode;

L'ingratitude et les abus

N'en seront pas moins à la mode.

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