‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 324 sur 333 · PARLE XX LE PHILOSOPHE SCITHE · texte numérisé non relu

PARLE XX LE PHILOSOPHE SCITHE

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Un Sage assez

Et

Son bonheur consislott aui bejulr/ U un Jardm.

Le Scithe l'y trouva, qui la serpe à la main, De ses Arbres à fruit retranchoit l'inutile, Ebranchoit, émondoit; ôtoit ceci, cela,

Corrigeant par tout la Nature, Excessive à païer ses soins avec usure.

Le Scithe alors lui demanda :

Pourquoi cette ruine? Etoit-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitans?

Quittez-moi vôtre serpe, instrument de dommage.

Laissez agir la faux du temps :

lis iront assez-tôt* border le noir rivage. J'ôte le superflu, dit l'autre; et l'abatant

Le reste en profite d'autant.

Le Scithe retourné dans sa triste demeure, [heure ; Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis

Un universel abatis.

Il ôte de chez luy les branches les plus belles. Il tronque son Verger contre toute raison,

Sans observer temps ni saison,

Lunes ni vieilles ni nouvelles.

Tout languit et tout meurt. Ce Scithe exprime bien

Un indiscret Stoïcien.

Celui-ci retranche de l'ame Désirs et passions, le bon et le mauvais,

Jusqu'aux plus innocens souhaits.

Contre de telles gens, quant à moi je reclame. Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort. Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.

I. Ainsi dans les Ouvrages de prose et de poésie; l'édition de 1694 donne aussi-tôt, qui semble une moins bonne leçon.

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