‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 33 sur 333 · LES FRELONS, ET LES MOUCHES A MIEL · texte numérisé non relu

LES FRELONS, ET LES MOUCHES A MIEL

Tœuvre on connoist l'Artisan.

[Quelques rayons de miel sans maistre se trouvèrent :

Des Frelons les réclamèrent.

Des Abeilles s'opposant.

Devant certaine Guespe on traduisit la cause. Il estoit mal-aisé de décider la chose. Les témoins déposoient qu'autour de ces rayons Des animaux ailez, bourdonnans, un peu longs, De couleur fort tannée, et tels que les Abeilles, Avoicnt long-tems paru. Mais quoy dans les Frelons

Ces enseignes estoient pareilles.

La Guespe ne s^achant que dire â ces raisons,

6o Fables choisies.

Fit enqueste nouvelle ; et j>our plus de lumière,

Entendit une fourmilliere.

Le point n'en pût estre éclaircy.

De grâce, à quoy bon tout cecy?

Dit une Abeille fort prudente.

Depuis tantost six moys que la cause est pendante,

Nous voicy comme aux premiers jours.

Pendant cela le miel se gaste.

Il est temps désormais que le Juge se baste :

N'a-t-il point assez léché l'Ours?

Sans tant de contredits, et d'interlocutoires,

Et de fatras, et de grimoires,

Travaillons, les Frelons et nous :

On verra qui sçait faire avec un suc si doux

Des cellules si bien basties.

Le refus des Frelons fit voir

Que cet art passoit leur sçavoir :

Et "la Guespe adjugea le miel à leurs parties. Pleust à Dieu qu'on reglast ainsi tous les procez! Que des Turcs en cela l'on suivist la méthode ! Le simple sens commun nous tiendroit lieu de Code.

Il ne faudroit point tant de frais.

Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge,

On nous mine par des longueurs :

On fait tant à la fin que l'huistre est pour le Juge,

Les écailles pour les plaideurs*.

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