Livre premier. 6i
Fait rider la face de l'eau
Vous oblige à baisser la teste:
Cependant que mon front au Caucase pareil, Non content d'arrester les rayons du Soleil,
Brave l'effort de la tempeste.
Tout vous est Aquilon ; tout me semble Zephir. Encor si vous naissiez à l'abry du feuillage
Dont je couvre le voismage ;
Vous n'auriez pas tant à souffrir ;
Je vous défendrois de l'orage:
Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des Royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. Vostre compassion, luy répondit l'Arbuste, Part d'un bon naturel; mais quittez ce soucy.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables. Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'icy
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos :
Mais attendons la fin. Comme il disoit ces mots, Du bout de l'Orizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfans Que le Nort eust portez jusques-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon, le Roseau plie :
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine Celuy de qui la teste au Ciel estoit voisine, Et dont les pieds touchoient à l'empire des morts'.