‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 50 sur 333 · LE LIEVRE ET LES GRENOUILLES · texte numérisé non relu

LE LIEVRE ET LES GRENOUILLES

'n Lièvre en son giste songeoit, (Car que faire en un giste à moins que l'on ne j songe?)

iDans un profond ennuy ce Lièvre se plongeoit :

Cet animal est triste, et la crainte le ronge.

Les gens de naturel peureux

Sont, disoit-il, bien mal-heureux.

Ils ne sçauroient manger morceau qui leur profite. Jamais un plaisir pur: toujours assauts divers. Voila comme je vis : cette crainte maudite M'empesche de dormir sinon les yeux ouverts. Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.

Et la peur se corrige-t-elle?

Je crois mesme qu'en bonne foy

Les hommes ont peur comme moy.

Ainsi raisonnoit notre Lièvre,

Et cependant faisoit le guet.

Il estoit douteux, inquiet :

Un souffle, une ombre, un rien, tout luy donnoitla fièvre.

Le mélancolique animal

En rêvant à cette matière Entend un léger bruit : ce luy fut un signal

Pour s'enfuir devers sa tanière.

Il s'en alla passer sur le bord d'un estang, Grenouilles aussi-tost de sauter dans les ondes. Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.

Oh, dit-il, j'en fais faire autant

Qu'on m'en fait faire ! ma présence Effraye aussi les gens, je mets l'alarme au camp !

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