‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 51 sur 333 · LE COQUET LE RENARD · texte numérisé non relu

LE COQUET LE RENARD

iur la branche d'un arbre estoit en sentinelle

Un vieux Coq adroit et matois.

Trere, dit un Renard adoucissant sa voix, ^ Nous ne sommes plus en querelle, f^aix générale cette fois.

Je viens te l'annoncer ; descends que je l'embrasse :

Ne me retarde point de grâce:

Je dois faire aujourd'huy vingt postes sans manquer. Les tiens et to^ pouvez vaquer Sans nulle crainte à vos affaires :

Nous vous y servirons en frères.

Faites-en les feux dés ce soir, Et cependant vien recevoir Le baiser d'amour fraternelle.

Amy, reprit le Coq, je ne pouvois jamais Apprendre une plus aouce et meilleure nouvelle, Que celle De cette paix.

Et ce m'est une double jove De la tenir de toy. Je vois deux Lévriers Qui je m'asseure sont couriers Que pour ce sujet on envoyé.

Ils vont vi^te, et seront dans un moment i nous. Je descends ; nous pourrons nous entrebaiser tous.

8o Fables choisies.

Adieu, dit le Renard: ma traite est longue à faire. Nous nous réjouirons du succès de l'affaire Une autre fois. Le galand aussi-tost

Tire ses gregues, gagne au haut,

Mal-content de son stratagème ;

Et nostre vieux Coq en soy-mesme

Se mit à rire de sa peur ; Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.

LE CORBEAU VOULANT IMITER l'aigle.

j'Oyseau de Jupiter enlevant un Mouton,

Un Corbeau témoin de l'affaire, [Et plus foible de reins, mais non pas moins

J glouton,

En voulut sur l'heure autant faire.

Il tourne à l'entour du troupeau ; Marque entre cent Moutons le plus gras, le plus beau.

Un vray Mouton de sacrifice.

On l'avoit réservé pour la bouche des Dieux. Gaillard Corbeau disoit, en le couvant des yeux.

Je ne sçay qui fut ta nourrice ; Mais ton corps me paroist en merveilleux estât.

Tu me serviras de pâture.

Sur l'animal beslant à ces mots il s'abat.

La Moutonnière créature Pesoit plus qu'un fromage ; outre que sa toison

Estoit d'une épaisseur extrême, Et mêlée à peu prés de la mesme façon

Que la barbe de Polipheme.

Elle empestra si bien les serres du Corbeau,

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