‹ Œuvres complètes de La FontaineChapitre 79 sur 333 · LA FEMME NOYÉE · texte numérisé non relu

LA FEMME NOYÉE

*ene suis pas de ceux qui disent, Ce n'est rien;

C'est une femme qui se noyé.

iJe dis que c'est beaucoup; et ce sexe vaut bien !)Que nous le regretions, puisqu'il fait nostre joye.

Ce que j'avance icy n'est point hors de propos ; Puisqu'il s'agit en cette Fable, D'une femme qui dans les flots Avoit fmy ses jours par un sort déplorable. Son époux en cherchoit le corps, Pour luy rendre en cette avanture Les honneurs de la sépulture.

Il arriva que sur les bords Du fleuve auteur de sa disgrâce Des gens se promenoient ignorans l'accident.

Ce mary donc leur demandant S'ils n'avoient de sa femme apperceu nulle trace : Nulle, reprit l'un d'eux, mais cherchez-la plus bas;

Suivez le fil de la rivière.

Un autre repartit : Non, ne le suivez pas;

Rebroussez plutost en arrière.

Quelle que soit la pente et l'inclination

Dont l'eau par sa course l'emporte.

L'esprit de contradiction L'aura fait floter d'autre sorte.

Cet homme se railloit assez hors de saison. Quant à l'humeur contredisante, Je ne sçais s'il avoit raison.

Mais, que cette humeur soit ou non Le défaut du sexe et sa pente.

Page 1