‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 115 sur 163 · RÉFLEXIONS SUR LES PROMESSES ET SUR LES MENACES DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LES PROMESSES ET SUR LES MENACES DE JÉSUS-CHRIST

Idée du bonheur des justes. — Vaines chicanes contre la Résurrection. — Equité du jugement universel. — Idée et justice du malheur des méchants.

I. En réfléchissant sur la capacité immense de notre cœur que le monde entier ne peut remplir; sur nos désirs sans bornes que la' possession des créatures ne fait qu'irriter; sur cette faim qui nous consume, sans que nous puissions jamais réussir à en éteindre le sentiment ; sur ce besoin général, insatiable, infini, qui est notre disposition permanente dans toutes les différentes situations où nous nous trouvons; nous étions demeurés pleinement convaincus que nous étions faits pour un bien éternel, universel, infini, et par conséquent pour posséder Dieu; car nous ne pouvons même trouver en nous d'autre idée de perfection que celle de Dieu.

Avouez néanmoins, mon cher Eusèbe, que vous ne portiez vos vues si haut qu'en tremblant. Vrous craigniez d'être séduit par votre amour-propre, que l'illusion ne peut flatter sans lui plaire. Vous trouviez peutêtre encore un plus grand sujet de crainte et de défiance dans le sentiment do votre corruption. Comment, vous disiez-vous à vous-même, un être injuste, esclave de la chair et du sang, pourrait-il être uni à la divinité, et reposer éternellement dans son sein ? Ces craintes, ces doutes, ces défiances, comme des ombres légères, s'évanouisseu*. à la lumière de la révélation. Les promesses de Jésus-Christ justifient la vérité de nos idées et de nos raisonnements. Elles élèvent notre cœur: elles étendent nos désirs: elles rehaussent nos espérances, et nous confirment dans la grandeur de notre destination .

II. Jésus-Christ nous montre des ouvrages bien plus dignes de la magnificence de Dieu, que les grandeurs exposées à nos sens infirmes. Il nous ouvre les cieux pour y découvrir à notre foi une cité permanente oùnous devons être recueillis après cette vie. C'est à cette cité éternelle seule digne de la majesté d'un Dieu éternel, et des espérances de l'homme à qui il a fait connaître son éternité, qu'il nous appelle. C'est où il nous promet que nous serons avec lui, que nous contemplerons sa gloire,.que nous lui serons semblables, que nous verrons et que nous aimerons la divinité. Il- n'.y aura plus alors ni de douleurs ni de misères; notre esprit ne sera plus le jouet de mille pensées fausses et extravagantes qui le séduisent; notre volonté ne sera plus la proie d'une foule de désirs inconstants et contraires qui la déchirent; nos connaissances ne seront plus obscures, tremblantes et incertaines ; nous ne serons plus agités par la crainte et l'espérance, ni contraints d'être, sans cesse en garde, dans nos incertitudes, contre le

désespoir et la présomption, deux écueils également dangereux à l'innocence.

Pleincinenl assurés de notre sort éternel, nous connaîtrons Dieu, ainsi que nous en sommes connus. Nous le connaîtrons à nu, à découvert. Nous le verrons face à face, sans ombre et sans voile. (/ Cor. xm, 2. ) Plongés dans la vérité infinie, nous connaîtrons tout, et celte soif ardente de savoir qui nous consume sera désaltérée et satisfaite. Abîmés dans le bien infini, nous posséderons tout, et cette faim insatiable d'avoir, qui nous dévore, sera rassasiée et remplie. Il ne nous restera donc plus de désirs. Semblables à la cire qui s'écoule et qui s'insinue dans tous les traits dont elle doit porter l'empreinte, nous nous unirons intimement à la Divinité; absorbés par la plénitude de son être, nous ne serons avec lui qu'un seul esprit.

Dieu sera tout en tous les élus (/ Cor. xv, 28) ; pénétrant au fond de leur être, se produisant en eux par la vision, et se consommant en un avec eux par un éternel et pariait amour. Alors s'accomplira leur parfaite ïinilé en eux-mêmes, et avec tout ce qui possédera Dieu avec eux. Ils n'auront qu'une seule et même vie, ne voyant et n'aimant qu'un seul et même bien. Alors s'accomplira ce que dit Jésus-Christ : Comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, ainsi ils seront un en nous (Joan. xvn, 21) ; un en eux-mêmes, et un avec tous les membres du corps de l'Eglise du ciel. Quelle sera la paix de ce corps? quelle en sera la joie? quels en seront les plaisirs? Paix inaltérable, joie délicieuse, plaisirs ineffables; est-ce à un mortel écrasé sous le poids de l'infirmité et de la douleur de parler "de vous 1 L'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, et le cœur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.

(/ Cor. h, 9.)

III. N'exigez pas qu'on vous explique plus clairement le bonheur réserva aux élus. L'idée que je viens de vous en tracer d.'après les Ecritures doit vous suffire pour le faire désirer. -Il faut jouir de ce bonheur pour le bien concevoir. Les images empruntées de tout ce qui rend les hommes moins misérables sur la terre, ne sont propres qu'à augmenternos ténèbres, au lieu de les dissiper. Rien ne peut être comparé à la possession de Dieu, vu et aimé tel qu'il est. Rien n'est capable du donner l'idée d'une félicité si parfaite, si ce n'est le sentiment même délicieux de cette félicité. Je vous montrerai seulement les défauts où vous pouvez tomber sur ce sujet.

Parlez de la lumière et des couleurs à un aveugle de naissance, il se figure aussitôt quelque chose de semblable à ce qu'il éprouve par les org.tnes de l'ouïe ou du toucher. Si vous l'avertissez qu'il ne faut pas confondre les sentiments des sons ou du tact avec le .sentiment de la lumière, que ces sentiments n'ont rien de commun; il ne vous entend plus, et il est tenté de regarder comme chimérique tout ce que vous lui dites. Nous

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sommes presque dans les mômes dispositions à l'égard des biens de l'autre vie. Nous parle-ton de la vue de Dieu, de l'amour de l'ordre, de la vérité, de la justice étemelle et vivante, et des délices inséparables de cette vue et de cet amour : nous nous figurons quelque chose de semblable à ce que nous avons coutume de voir, d'aimer et de sentir. Nous nous représentons les objets les plus beaux et les plus ravissants: nous en éloignons toutes les difformités qui nous déplaisent, nous les ornons, nous les embellissons le plus qu'il nous est possible, nous y ajoutons tous les plaisirs qui nous charment, nous en excluons tout mélange de douleur et d'amertume, et toute interruption. Si l'on nous avertit que le bonheur qui nous est réservé n'a rien de commun avec tous ces fantômes de notre imagination, il nous semble alors qu'on ne nous promet plus rien, et nous sommes tentés de regarder tout ce qu'on nous dit comme de belles fables.

Comment vous y prendriez -vous pour aider un aveugle à revenir de son erreur au sujet de la lumière? Vous le prieriez sans doute de réfléchir sur les sentiments qu'il a des sons, du toucher, des odeurs, etc. Vous ne confondez pas ces sentiments, lui diriez -vous, vous mettez entre eux une grande différence. Si vous étiez né sourd, comme vous êtes né aveugle, vous auriez tort de vouloir juger des sons par le sentiment du toucher, ou du goût, ou de l'odorat. Vous avez donc tort de vouloir juger de la lumière par le sentiment que vous avez des sons, ou des .odeurs, etc., et vous ne devez pas conclure que la lumière et les couleurs ne sont rien de réel, parce que vous n'en avez pas le sentiment. De même que vous ne devriez pas conclure que les sons ne seraient rien, si vous étiez privé de ce sentiment, comme vous l'êtes de celui de la lumière.

Conduisons-nous comme vous souhaitez que se conduise un aveugle. Ne jugeons pas des biens du ciel par ceux de la terre ; et ne les croyons pas impossibles, parce qu'on nous assure qu'ils sont d'un autre genre. De plus, ce n'est pas notre corps qui voit la lumière, qui entend les sons , etc., c'est notre âme. Ce qui se passe dans les organes de nos sens, se réduit au mouvement. Or, le sentiment de la lumière, des sons, du plaisir, etc., n'est pas un mouvement, c'est quelque chose de spirituel qui ne peut convenir qu'à un être spirituel. Le mouvement, de nos organes est l'occasion de ces sentiments, parce que l'auteur de la nature Jo veut. Nous pourrions avoir moins d'organes, et avoir moins de sentiments, ou avoir plus d'organes et plus de sentiments, ou avoir des organes différemment construits, et des sentiments d'un autre genre : tout cela dépend du Créateur : la liaison entre nos organes et nos sentiments est purement arbitraire de sa part. Il pouvait établir d'autres causes occasionnelles, et, par conséquent, nous pouvions ôtre affectés d'autres

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sentiments que ceux que nous éprouvons.

Il s'ensuit que nous n'avons pas raison de juger des sentiments que nous n'éprouvons point, par ceux que nous éprouvons : de même qu'un aveugle a tort de voul'oir juger du sentiment de la lumière, par les sentiments dont il a les organes. Il s'ensuit encore que nous n'avons pas raison de regarder comme impossible le bonheur d'une autre vie , parce qu'on nous dit que ce bonheur n'a rien de commun avec le bcnheur imaginaire do la vie présente.

Pourquoi serait-il impossible de connaître Dieu avec un sentiment semblable à celui qui accompagne la connaissance que nous avons des corps , et qu'on appelle vue ? Pourquoi , s'il n'est pas impossible de connaître Dieu avec un sentiment de vue, ne pourrions - nous pas l'aimer d'un amour proportionné à la vue de notre connaissance? Pourquoi une telle connaissance et un tel amour ne pourraient-ils pas être revêtus d'une infinité de sentiments délicieux, mais d'un genre entièrement différent des grossiers et des imparfaits dont nous sommes affectés à l'occasion de nos organes? Est-il possible de se persuader que la pensée infinie, la puissance, la vérité , la sagesse, la bonté, la justice, ne sont pas quelque chose d'infiniment plus réel que les corps, d'infiniment plus proportionné à la nature de l'être qui pense en nous, d'infiniment plus propre à nous rendre heureux?

Tout ce que vous pouvez dire, c'est que vous n'avez pas vu Dieu, c'est que vous i.'^vez pas éprouvé ces sentiments. C'est précisément la réponse que vous ferait un aveugle à qui vous voudriez persuader "l'existence de la lumière, ou celle que ferait un enfant à un astronome qui lui parlerait, des satellites de Jupiter et de Saturne. D'où je conclus que la raison ne peut rien opposer aux promesses de Jésus-Christ. Ces promesses ne regardent pas seulement notre âme.

IV. Viendra le moment où notre corps aura part, en sa manière, à notre félicité. 11 est juste que l'instrument de nos mérites ne soit pas livré aune éternelle corruption. Ce ne sera plus cette maison de boue qui croule à chaque instant, cette vile portion de matière dévorée par la concupiscence , cette lourde masse qui appesantit l'âme, ce corps de mort, le siège d'une loi qui combat sans cesse contre l'esprit. Le Créateur tirera de ce même limon infect et corrompu une figure nouvelle, incorruptible, glorieuse, immortelle. Pour la formation de ce nouvel être, il n'en coûtera à la suprême puissance qu'une parole. Da.ns toutes les métamorphoses, par où passe le corps séparé de l'âme , nulle de ses parties ne périt; elles sont comptées-; elles peuvent donc être aussi facilement rassemblées , qu'elles ont été divisées. C'est la même main qui les avait

(15) On ne prétend pas que ce germe soil incorruptible de sa nature; mais que la puissance de

unies, qui les a dispersées, qui les conserve, qui les réunira.

Peut-on contester à la puissance de Dieu un effet qui se conçoit si aisément? 11 faut être étrangement livré à son imagination, pour l'écouter contre l'évidence. Il y a, diton, des anthropophages ; que deviendra donc le corps mangé? Mais sait-on ce qui, dans ce cas, arrive au corps? quelles en sont les parties propres à être changées dans la substance de l'anthropophage? jusqu'où va le mélange? en quoi réside l'essence du corps humain? Si elle ne consiste pas dans un germe incorruptible (15), qui demeure toujours le même, en sorte que la matière ajoutée à ce germe, ne serve qu'à en dilater et gonfler les parties, pour les développer et faire parvenir le corps à l'étendue qui lui convient, sans faire partie de ce corps : do la même manière à peu près qu'un grain de blé renferme un principe séminal insensible où sont contenus l'épi et les feuilles, mais qui ne se développentque par l'intromission des sucs de la terre, qui, pourtant, ne font point partie de ce germe. C'est la comparaison dont se sert saint Paul. Que répondront à ces questions ces hommes qui veulent juger de tout par les sens.

V. La résurrection sera générale. Alors , paraîtra Jésus-Christ, non plus dans un état humble et caché, mais dans tout l'éclat de sa grandeur et de sa majesté, comme le souverain juge de l'univers. En comparant l'idée d'une justice infinie avec la conduite de la Providence sur les hommes, il nous avait été impossible de douter que les choses ne changeassent unjourdeface. Le juste souffre; l'impie triomphe; Dieu est patient. C'est qu'il est éternel , disions-nous, et que le moment d'exercer ses droits ne peut échapper à sa justice. L'impunité ne peut durer éternellement. La confusion disparaîtra. Il est nécessaire que les justes reçoivent des marques éclatantes d'approbation, et que les impies soient couverts de l'opprobre qu'ils méritent. Nos lumières n'allaient pas plus loin. Nous ne pouvions conjecturer la manière de l'exécution. Qui peut prescrire à une justice, qui est la puissance même, la manière de se faire sentir aux hommes ? N'applaudissez-vous pas, mon cher Eusèbe, à celle que découvre Jésus-Christ ? Qu'il est digne de l'Etre suprême de dévoiler, en présence de l'univers attentif et muet, l'étendue de son empire, la sagesse de son gouvernement, les raisons secrètes de sa providence, les richesses de sa patience, les trésors de sa bonté, les profondeurs de sa miséricorde, la sainteté de ses lois, la beauté de l'ordre, l'atrocité du crime, l'équité d'une vengeance éternelle contre des rebelles 1 Quel sera leur sort?

VI. Ils seront exclus pour jamais do cette union ineffable à la Divinité, qui sera lo bonheur des justes. Notre âme, distraite par les besoins d un corps mortel, dominée par

Dieu peut le conserver inaltérable, au milieu de toutes les révolutions que le corps peut cpiouver.

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les sons , courbée sous l'impression dos objets extérieurs, enivrée par le plaisir, accablée par la douleur, emportée par l'imagination, ne conçoit que faiblement le

malheur de la privation de Dieu. Mais, quel sera son désespoir quand, libre et dégagée des images qui l'amusent, et des sens qui la llattent et l'absorbent, inaccessible aux corps, toute seule, n'étant [dus qu'un vide immense, que le désir de l'infini, elle se verra bannie pour jamais de la possession du souverain Bien ? A cette privation de fous les biens s'unira un ver rongeur, c'est-àdire des reproches amers et cruels, des remords vifs et perpétuels. L'âme se verra dans toute sa difformité. Son opposition à ''ordre, son erreur, sa folié, son injustice, .'abus de sa raison, le néant des créatures qu'elle a préférées au Créateur, se feront sentir sans interruption.

Jésus-Christ ajoute un feu qui ne s'éteindra jamais. Comment, dit-on, une substance spirituelle peut-elle être sujette à l'action du feu? La question est puérile. L'âme seule souffre durant son union avec le corps. Ce n'est pas la matière insensible qui a de la douleur. Ainsi, l'âme unie au feu comme à son corps, est susceptible de faction du feu, après sa séparation d'avec le corps , comme durant son union. Mais comment le corps pourra- l-il subsister éternellement au milieu des flammes, sans être consumé?

Seconde question aussi vaine que la première. Le feu ne dérange les parties du corps humain que parce que Dieu en veut la dissolution. 11 ne ledéti uit que parce que Dieu veut qu'il périsse. Mais Dieu est le maître de conserver le corps de l'homme avec tous ses organes , dans une même situation , quoique dans une agitation extraordinaire, qui peut être augmentée b l'infini.

VIL Je ne puis, mon cher Eusèbe, soutenir plus longtemps la pensée de si grands maux. Je me sens saisi d'effroi et d'horreur. Je sais, par une triste expérience, combien un désir frustré, une espérance différée m'afflige et m'accable; combien les remords de ma conscience m'importunent et me troublent, combien la douleur me pénètre et me tourmente. Je succomberais sous l'un de ces maux, quelque léger qu'il fût, s'il était perpétuel. Que deviendrai-je donc , lorsque, réunis, ils dureront éternellement. Je n'ai cependant rien à opposera la justice de ces châtiments.

Il est juste que le pécheur qui ne veut pas aimer Dieu, soit privé du bonheur de le posséder, tandis qu'il ne l'aimera pas : or il ne l'aimera jamais (16), il ne doit donc jamais le posséder. Le pécheur a préféré à Dieu des biens fragiles et périssables ; il les lui préférera toujours : il est juste qu'il ne jouisse jamais de ces biens. Le pécheur a étouffé les lumières de sa conscience; il n'a rien oublié pour se dérober à ses reproches ;

(Kî) Sur quel fondement pourrait-on supposer qu'un pécheur, qui ne veut point aimer Dieu

il a méprisé l'ordre : il est juste que, livré éternellement à son désordre, il ait éternellement devant les jeux son injustice, et qu'il soit la victime de sa conscience. Le pécheur a recherché les plaisirs des sens; il s'y est livré, voulant en jouir éternellement et infiniment : il est juste que ses plaisirs soient changés en des douleurs éternelles.

Y11I. Ne m'objectez ni la bassesse de l'homme, ni sa faiblesse, ni son ignorance, ni la grandeur de Dieu, ni sa bonté, ni sa justice : j'ai prévenu toutes ces objections. Je conviens de la bassesse de l'homme : mais convenez aussi que s'il n'y a rien de plus petit que l'homme , quand on le compare au Créateur, il n'y a rien de plus grand quand on le compare aux autres créatures. Tout est au-dessous de lui, parce qu'il est fait pour connaître et pour aimer le Créateur '. c'est là sa gloire et sa fin , c'est la loi de son être, que les cieux et la terre, Moïse et Jésus-Christ lui retracent. Il no peut s'en écarter, sans se dégrader, sans sortir de l'ordre, sans devenir injuste. Ne cherchez donc point dans sa bassesse un moyen de le justifier. Sa véritable bassesse est un avilissement pleinement volontaire: elle consiste à s'assujettir à ce qui est audessous de lui. La petitesse qui est attachée à son être, ne sert qu'à aggraver son crime. Plus il est petit, plus il doit être soumis au souverain Maître ; plus sa désobéissance est honteuse, plus sa rébellion est énorme et digne de supplices. Excuseriez-vous un sujet rebelle, en disant qu'il n'est que de la lie du peuple, et non du corps de la noblesse ?

Je conviens encore de la faiblesse de l'homme : elle est telle, si vous le voulez, que vous ne sauriez en parler avec exagération. Mais convenez aussi que ses penchants, quelque déréglés qu'ils puissent être, ne lui imposent point de nécessité, et qu'il ne les suit que parce qu'il veut bien les suivre. La seule présence d'un supérieur en arrête la fougue et en suspend la violence. Pourquoi ces penchants ne céderont-ils pas à la volonté d'un Dieu, à la magnificence de ses promesses, à la terreur de ses menaces? La faiblesse de l'homme est donc une vaine excuse. Son ignorance ne peut non plus en être une légitime : car quel homme qui a l'usage de la raison, peut ignorer ses devoirs essentiels, si ce n'est volontairement?

Dieu est grand : mais c'est parce qu'il est la grandeur môme que nous devons obéir à ses volontés, qu'il a daigné nous notifier en les gravant dans notre âme ; qu'il a daigné nous renouveler par Moïse et par Jésus- Christ, qu'il a daigné appuyer des motifs les plus capables du nous déterminer, en les accompagnant des plus magnifiques promesses et des plus terribles menaces. Dieu estgrand: mais en perfection, en sainteté, en vérité, en fidélité dans l'accomplissement de sa parole. Sa grandeur est d'être l'ordre par essence, et la loi éternelle; d'être invinciblement,

en cette vie, reçoive dans l'autre la imùcc de l'aimer.

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