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indispensablement opposé à l'injustice, et <>e ne pouvoir y être indifférent. Notre injustice ne peut lui nuire : mais en est-elle moins coniraire à ses lois? N'est-ce pas même ce qui augmente nos crimes, d'oser désobéir à une majesté, devant qui tout n'est rien?
Dieu est bon : ce n'est que parce qu'il est bon, qu'il nous a faits, et qu'il nous a faits capables de le connaître, de l'aimer, et d'être éternellement heureux, en le connaissant et en l'aimant. C'est parce qu'il est bon , qu'il ne cesse de répandre sur nous ses bienfaits ; qu'il nous menace si nous sommes ingrats ; qu'il nous reproche si fortement nos crimes en cette vie ; qu'il perce nos ténèbres; qu'il confond nos excuses; qu'il fait entendre sa voix au dedans de nous-mêmes, et qu'il la hausse à mesure que nos fautes deviennent plus volontaires et plus inexcusables. Mais pour quo Dieu soit bon, faut-il qu'il ne nous impose aucune loi ; ou qu'en nous imposant des lois, il ne les appuie ni de promesses, ni de menaces; ou qu'en les appuyant de ces puissants motifs, ce ne soit qu'un jeu de sa part avec un dessein formé de ne rien exécuter? En un mot, faut-il qu'il n'ait aucun égard, ni au bon, ni au mauvais usage que nous faisons de ses biens, ni à notre ingratitude, ni à notre reconnaissance? Faut-il qu'il souffre tout, qu'il permette tout, qu'il ne juge et ne condamne rien, ou qu il condamne tout et ne punisse rien, qu'il traite le vice comme la vertu ? Quelle bonté 1 Que peuseriez-vous d'un roi de ce caractère ? Ne rougiriez-vous pas de lui ressembler?
Mais, direz-vous, peut-on accorder la justice divine avec des supplices éternels pour des fautes passagères? Où est la proportion ? Mais des récompenses éternelles ne vous paraissent point disproportionnées à la vertu : pourquoi des supplices éternels vous paraissent-ils disproportionnés au vice ? Si Dieu récompense en Dieu, pourquoi ne punirait-il pas en Dieu? Mais je ne sais sur quel fondement il vous plaît d'appeler fautes passagères les dispositions d'un pécheur impénitent qui meurt dans son péché : les dispositions de l'âme tiennent de sa nature : elles sont éternelles comme l'âme.
Nous sommes immortels ; il faut donc ou que Dieu nous unisse tous éternellement à lui par la vue et par l'amour de son Etre, ou qu'il nous sépare tous éternellement de lui par la privation de cette vue et de cet amour ineffables ; ou que mettant de la différence entre les hommes vertueux et les vicieux , il s'unisse les uns et éloigne de lui les autres. Si vous prétendez que tous , sans dis- 'tinclion, vertueux et vicieux, jouiront éternellement de Dieu, ou que tous seront éternellement exclus île sa présence, il n'y a plus d'ordre, il n'y plus de lois; la conscience n'est rien, la raison est une chimère, la vertu et le vice ne sont que des mots. Ce n'est que dans la supposition d'une éternelle félicité pour les cœurs vertueux, et d'une
éternelle misère pour les cœurs vicieux, que l'on conçoit la réalité de l'ordre, la nécessité des lois, la vérité de la conscience, le prix de la raison, la beauté de la vertu, la laideur du vice. Ce n'est que dans la même supposition qu'il faut aimer l'ordre, se soumettre aux lois, écouler la conscience, suivre la raison, pratiquer la vertu, fuir le vice.
Ne me dites point qu'il est un milieu entre des supplices et des supplices éternels ; que vous ne prétendez pas que le vice demeure impuni; mais qu'il n'est pas nécessaire pour cela que la punition en soit éternelle. Ce prétendu milieu, s'il ne renverse pas entier rement les idées de l'ordre, il est manifeste qu'il les affaiblit étrangement. De plus, ce milieu que vous imaginez n'a aucun appui ni dans la révélation naturelle, ni dans la révélation ajoutée à celle de la nature. Vous ne pouvez nier que le vice ne doive être puni, tant qu'il subsiste, vous ne pouves donc le soustraire à une punition éternelle, qu'en supposant que l'âme change de disposition dans l'autre vie : or, sur quoi porte une semblable supposition? Est-il de l'autre vie comme de la présente? Dans celle-ci , rien de permanent, tout est dans un mouvement et une agitation continuelle : cela est même nécessaire, pour que nous soyons en commerce avec toute la nature que nous sommes chargés de rapporter à la gloire de son auteur; car tous les objets ne peuvent agir tous ensemble sur nous ; ce n'est qu'en se succédant les uns aux autres, qu'ils peuvent nous avertir de notre devoir par leur impression : de là cette vicissitude de pensées, de sentiments, de vues , de motifs. Mais dans l'autre vie, tout n'est-il point invariable, ne sont-ce pas toujours mêmes objets, mêmes pensées, mêmes vues, mêmes motifs, un Dieu éternel, juste et p:ssant ; une âme éternelle et éternellement injuste.
Le vice doit être souverainement misérable ; il faut donc qu'il le soit toujours : de même que la vertu, pour être souverainement heureuse, doit l'être toujours. Un bonheur qui doit cesser, laisse entrevoir dans sa privation future, un malheur véritable. Des misères qui ne doivent pas toujours durer, laissent dans l'espérance d'une délivrance assurée, une ressource infinie.
En un mot, la raison n'a rien à opposer à la révélation qui nous apprend que Dieu nous a donné la vie pour mériter et démériter. Ainsi comme nous trouverions contraire à sa bonté qu'il cessât de récompenser la vertu ; de môme, pour le vice, ne serait-il pas contraire à sa justice qu'il cessât de le punir ?
11 faut terminer nos recherches. Nous voulions savoir ce que nous devons croire, ce que nous devons pratiquer, ce que nous devons espérer, ce que nous devons craindre : les leçons de Jésus-Christ que nous venons d'entendre sur ses mystères, sur sa morale, sur ses secours, sur ses promesses et sur ses menaces, ne nous laissent plus rien à désirer.