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II. En eiret, sans la révélation, serions

OEUYRES COMPL. DE LE FlUNÇOI*. IJ.

nous rentrés sérieusement en nous-mêmes, pour y consulter la raison sur la nature de notre âme, sur son origine, sur ses devoirs, sur sa destination? N'aurions-nous pas peutêtre même évité de la consulter, de peur d'entendre une réponse contraire à nos penchants? Il n'en e>t pas des vérités de la religion comme des vérités de physique, de géométrie, d'astronomie, de mécanique, do politique, etc. Tout favorise dans l'homme l'étude des vérités de ce genre : les sens s'offrent d'eux-mêmes pour les expériences; l'imagination soutient dans le travail; la curiosité est satisfaite par le succès ; l'amourpropre est ilatté par les applaudissements qu'attirent les découvertes; l'intérêt vient au secours; on espère par leur moyen de se faire un état brillant, ou du moins commode. Tout paraît, au contraire, s'opposer en nous à l'étude des vérités du premier genre : la raison seule doit agir-; les sens ne servent souvent qu'à la distraire ; l'imagination qu'à la troubler; la curiosité, bien loin d'être satisfaite par les découvertes, est ellravée à la vue des* profondeurs qui su

«»Y1 (EUVRES COMPLETES

présentent ; ces vérités humilient l'amourpropre; elles soulèvent les passions, parce qu'elles les convainquent d'injustice et .les condamnent inexorablement.

III. Sur quel fondement même prétendrions-nous que notre raison, se rendant maîtresse des sens, de l'imagination, des passions, fût parvenue à la connaissance de ces vérités sublimes? Apprécions-la au juste par celle des anciens philosophes dénués de la lumière de la révélation, et par colle des philosophes modernes, contempteurs de cette lumière divine. Que de vaines disputes, que de questions sans fin, que d'opinions différentes ont partagé autrefois les philosophes païens 1 Les uns doutaient de tout, les autres croyaient tout savoir; les uns ne voulaient point de Dieu, les autres en donnaient un de leur façon, e'est-àdii-p quelques-uns, oisif, spectateur indolent des choses humaines, et laissant tranquillement au hasard la conduite de son propre ouvrage comme un soin indigne de sa grandeur et incompatible avec son repos ; quelques autres, esclaves des destinées, et soumis à des lois qu'il ne s'était pas imposées lui-même; ceux-ci, incorporé avec tout l'univers, l'âme de ce vaste corps, et faisant comme une partie du monde, qui tout entier est son ouvrage. Autant d'écoles, autant de sentiments sur un point si essentiel; autant de siècles, autant de nouvelles extravagances sur l'immortalité et la nature de l'âme. Ici c'était un assemblage d'atomes; là un feu subtil; ailleurs un air délié; dans une autre école, une portion de la Divinité; les uns la faisaient mourir avec le corps; d'autres la faisaient vivre avant le corps; quelques autres la faisaient passer d'un corps à un autre corps, de l'homme au cheval, de la condition d'une nature raisonnable à celle des animaux sans raison. 11 s'en trouvait qui enseignaient que la véritable félicité de l'homme est dans les sens; un plus grand nombre la mettait dans la raison; d'autres ne la trouvaient que dans la réputation et dans la gloire; plusieurs dans la paresse et dans l'indolence : et tous ces points, si essentiels à la destinée de l'homme, étaient devenus des problèmes qui, de part et d'autre, n'étaient destinés qu'à amuser le loisir des écoles et la vanité des sophistes; des questions oiseuses, où l'on ne s'intéressait pas pour le fond de la vérité, mais seulement pour la gloire de l'avoir emporté.

Nos contempteurs de la révélation ont-ils des notions plus précises, plus sûres, plus élevées sur les mêmes sujets ? Parmi eux on en voit qui, quoique infatués de leur savoir universel, ne cherchent qu'à répandre des doutes sur tout ; et qui voudraient, s'il était possible, obscurcir l'évidence même. Ceuxci ne veulent point de Dieu, ou n'en veulent point d'autre que la nature. Ceux-là nous en présentent un de leur fabrique, c'est-àdire quelques-uns sans providence, sans bonté, sans justice ; quelques autres sans seiouce,sans liberté; d autres, plus libéraux,

on accordant à leur Dieu ces attributs, en défigurent les idées naturelles et nient toutes les conséquences qui en dérivent. Ils portent l'extravagance sur la nature de l'âme au delà des anciens philosophes : ceux-ci, pour la plupart, avaient conçu l'âme comme une substance distinguée du corps humain, au lieu que nos matérialistes modernes, pour la plupart, la confondent avec le corps, et la condamnent à une même destinée. Lt sur l'état présent de l'homme, pensent-ils plus sensément que les anciens? Les siècles païens ont reconnu la nécessité d'une philosophie, c'est-à-dire d'une lumière supérieure aux sens, qui en réglât l'usage, et fît de la raison un frein aux passions humaines. La nature toute seule les a conduits à celte vérité, et leur a appris que l'aveugle instinct ne devait pas être le seul guide des actions de l'homme. Il faut donc que cet instinct, ou ne vienne pas de la première institution de la nature, ou qu'il en soit un dérangement, puisque toutes les lois qui ont paru dans le monde n'ont été faites que pour le modérer; que tous ceux qui, dans tous les siècles, ont eu la réputation de sages et vertueux, n'en ont pas suivi les impressions; que parmi tous les peuples on a toujours regardé comme des monstres et l'opprobre de l'humanité ces hommes infâmes qui se livraient, sans réserve et sans pudeur, à la brutale sensualité; et que ce principe, une fois établi, que nos penchants et nos désirs ne sauraient être des crimes, la société ne peut plus subsister, les hommes doivent se séparer pour être en sûreté, aller habiter les forêts, vivre seuls comme des bêtes. Cependant quelle est la première maxime de nos incrédules? Tout est bien; l'homme est tel qu'il doit être; d'où il suit tpie tous nos désirs, tous nos penchants sont dans l'ordre, et que nous pouvons les suivre sans devenir criminels.

Il faut rendre justice aux anciens philosophes : ils nous ont laissé sur les mœurs de fort beaux traités; mais que la morale philosophique est imparfaite, si on la met en parallèle avec la morale révélée 1 Dans tous ces traités dictés par la raison, on ne trouve développés passablement que les devoirs de l'homme considéré comme membre de la société; quant aux devoirs de l'homme à l'égard de lui-même, on ne lui apprend tn quelque sorte qu'à combattre les vices par le vice. Si l'on exige de lui qu'il détruise ses passions, on lui enseigne, pour ainsi dire, à élever sur leurs ruines la plus dangereuse de toutes, l'orgueil. D'ailleurs, que deviennent tous ces beaux préceptes dès qu'ils n'ont pas pour fondement un Dieu législateur, la souveraine justice? Dénués de leur véri'table principe, de leur véritable fin, ils sont sans motifs, sans force, sans mérite. De plus, ces traités anciens renferment tous des défauts intolérables : Platon anéantit la sainte institution du mariage, et, permettant une brutale confusion parmi les hommes, il confond les noms et les droits paternels, et donn6 à la terre des hommes incertains de

leur origine, tous venant au monde sans parents, pour ainsi dire, et, par là, sans liens, sans tendresse, sans affection, sans humanité; tous en état de devenir incestueux ou parricides sans le savoir. Combien d'autres turpitudes, également contraires à la nature, autorisées par ces grands maîtres 1 Ne pourrait-on pas dire encore, que ce qu'ils édifiaient d'une main ils le renversaient de l'autre, par l'absurdité de leurs opinions sur la Divinité, sur l'âme, sur le destin, etc.?

Dans ces derniers temps, il est sorti des mains de quelques déistes des traités de morale plus complets, mieux raisonnes, mieux appuyés que ceux des anciens philosophes; mais ces ingrats croient ne devoir qu'à leur raison ce qu'ils doivent à la révélation. Les écrivains modernes ont une aide, un secours, qu'ils n'avouent pas, et dont peut-être même ils ne s'aperçoivent point, Ce sont les vrais principes de la religion , tels que la révélation nous les enseigne ; principes si clairs et si évidents que, lorsqu'ils sont une fois connus, on les met au nombre des premières et des plus simples idées. Pour être convaincu de la justesse de cette observation, i) suftit de connaître l'antiquité, et de jeter les yeux sur les nations où les principes du christianisme n'ont point encore pénétré. Au reste, ces écrivains modernes, malgré les secours de la révélation, n'ont pu éviter recueil contre lequel se sont brisés honteusement tous les anciens. Parmi les vices contre lesquels ils déclament dans leurs ouvrages, ils insistent sur l'adultère , en laissant assez entrevoir que tout ce qui ne donne pas d'atteinte aux droits de l'union conjugale est légitime, ou du moins pardonnable. S'ils se contentaient de témoigner plus d'horreur pour l'adultère que pour les autres crimes qui blessent la pureté des mœurs, ils auraient parié comme l'ont fait les plus sages païens, et c'est aussi la morale de l'Evangile; mais permettre, dans ce genre, tout ce qui n'a pas la malice dcJ l'adultère, c'est d'abord mettre en évidence le vrai motit de la guerre qu'on déclare à la religion chrétienne. C'est aussi s'écarter grossièrement de la loi naturelle. Jl s'en faut beaucoup qu'el-le n'approuve tout ce qu'inspire une nature corrompue. La règle que les incrédules donnent pour discerner le bien d'avec le ruai, dans l'avantage ou le préjudice qu'une action peut causer au prochain, est insuflisante et manifestement fausse. La vérité éternelle, qui parle intérieurement à tous les hommes, soumet leurs désirs à l'empire de la raison. Si ces désirs n'ont pas une fin plus honnête et plus noble que la volupté, la raison oblige les hommes à les réprimer. Le tort que le prochain peut en souffrir est une circonstance quijles rend plus criminels^ Mais indépendamment de cette circonstance, ces désirs sont injustes en eux-mêmes, parce que la raison les désavoue. Us renversent l'ordre établi dans l'union de l'âme et du corps. Celui-ci est esclave par sa nature. Celle-là doit être souveraino; et lorsque, par une basse et honlcu-c complaisance, elle obéit au

lieu de commander, elle se dégrade ellemême et viole la loi naturelle.

IV. Supposons que, plus heureux que ces prétendus sages tant anciens que modernes, nous fussions parvenus , par la force de notre raison, à nous faire des idées justes de Dieu, de ses perfections, de notre âme, d'une autre vie, de nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes, envers nos semblables, serions-nous fermes dans nos principes au milieu de tant d'opinions contradictoires sur ces grands objets, au milieu de tant de raisonnements captieux que chaque opinion emploie pour se défendre et pour combattre celle de ses adversaires, au milieu des sacrées obscurités qui environnent ces dogmes augustes de la religion, au milieu des difficultés effrayantes que la raison éprouve à concilier l'immensité de Dieu avec sa simplicité, son immutabilité avec sa liberté, son éternité avec la nouveauté de ses ouvrages, sa prescience avec la liberté humaine, sa bonté avec les maux physiques qui nous écrasent, sa sainteté avec les désordres qui inondent la terre, sa justice avec l'état présent et futur de l'homme? Que n'objecte-t-on pas contre la création de la matière, contre l'immortalité de l'âme, contre les règles des mœurs? Ajoutez l'effort de nos passions, ennemies implacables de la règle, de toutes vérités gênantes, si habiles à se justifier, si ingénieuses à nous séduire, avec lesquelles notre esprit est presque toujours en intelligence. Comment tenir ferme au milieu de tant d'orages? Comment demeurer aussi immobiles que les rochers battus par les vents et par la tempête? Hélas 1 faibles roseaux, le souffle le plus léger ne suffirait-il pas pour nous faire vaciller? Voyez un Socrate : tous ses beaux raisonnements sur une vie future l'abandonnent quand il est sur Je point de quitter la vie présente. Voyez un Platon, il ne sait à quoi se prendre ; à peine a-t-il saisi une vérité, qu'elle lui échappe des mains. Voyez un Sénèque, il désavoue dans sa lettre à.' Marcia tout ce qu'il avait dit, en mille endroits de ses ouvrages, de l'immortalité de l'âme. Que de belles choses, dans les écrits de Cicéron, sur la Divinité, sur l'âme , sur une autre vie? Cicéron n'est cependant qu'un philosophe de la secte des académiciens, qui ne croyaient la vérité, s'il est permis de parler ainsi, que par bénéfice d'inventaire.

V. Supposons encore que notre raison nous eût amenés à une certitude inébranlable des vérités qui forment, selon nos déistes, la religion naturelle : où puiserionsnous des motifs capables de nous déterminer à conformer notre conduite à notre créance ? Le respect pour la vérité ne suffit pas pour en suivre les règles; on peut en être pleinement convaincu, sans y prendre beaucoup d'intérêt et sans en être fort touché. C'est le cœur qui est le véritable lien. Les pensées n'unissent point réellement l'homme à la vérité ; et la conviction, séparée de l'amour, ou ne fait point agir,*ou fait agir avec tristesse, en employant la crainte qui alHLie,

.•m lieu de consoler. Ce qui remue le cœur, c'est le bonheur, ou l'espérance du bonheur. Il se ferme des qu'on lui ôte cette espérance. Il s'ouvre dès qu'on lui promet de le rendre heureux. Le moyen le plus sûr de l'aire tomber toutes ses répugnances, c'est de lui faire sentir que son intérêt et son bien exigent qu'il les surmonte. 11 est incapable de sacrifier un amour en pure perte. Il veut aimer, et ne peut qu'aimer. Ainsi on ne le réduira point à ne le pas faire. Mais il est très-capable de renoncer à un amour qui ne le rend point heureux pour en recevoir un autre qui fera son bonheur. Au lieu donc de le menacer, il faut l'inviter par quelque chose qui vaille mieux que ce qu'il a. C'est le bien qu'il cherche ; et le plus grand sera celui qu'il préférera, si l'on peut le lui rendre sensjble.

On répondra sans doute que la relig;on naturelle ne s'oppose pas à nos désirs essentiels ; qu'elle veut au contraire les remplir et les satisfaire ; qu'elle nous exhorte à bien approfondir ces désirs, à bien connaître leur origine et leur étendue, et à nous convaincre, par cet examen, qu'ils ont un objet immense ; qu'elle nous invite et nous presse de ne point chercher le bonheur sur la terre, où l'on ne peut trouver qu'une ombre de félicité, qui fuit toujours devant celui qui la poursuit, et qui s'échappe lorsqu'on pense l'avoir saisie; mais de le chercher dans le sein de Dieu même, le bien infini, le bien éternel, seul capable de nous rendre heureux.

Si nous pouvions espérer que ces biens si grands, si intéressants, qu'on nous propose comme la récompense promise à la vertu, sont pour nous; qu'ils seraient propres à décider nos coeurs contre l'effort de nos passions! Mais comment pouvons-nous espérer que ces biens nous sont destinés, si l'on ne nous assure que l'auteur de notre être est disposé à nous pardonner nos péchés? Car enfin la religion naturelle nous impose un grand nombre de devoirs : nous devons aimer Dieu, respecter sa majesté, craindre sa justice, nous soumettre à sa providence, avoir de la gratitude pour ses bienfaits, lui rendre nos hommages, etc. Nous devons être sobres, modérés, chastes, vrais, etc. Nous devons aimer nos semblables, ne leur faire aucun tort, leur faire tout le bien que nous voudrions qu'ils nous fissent, etc. Remplissons-nous exactement tous ces devoirs ? Ne serait-ce pas nous faire illusion à nousmêmes que de nous en flatter? Hélas ! notre conscience ne nous laisse pas ignorer que nous sommes assez malheureux pour offenser tous les jours notre Dieu, plus ou moins grièvement. Nous ne pouvons donc aspirer aux récompenses promises à la vertu après cette vie, qu'autant que nous sommes assurés que Dieu est disposé de pardonner aux pécheurs qui reviennent sincèrement à lui. Sans cela plus ces récompenses seraient magnifiques, plus elles seraient propres à nous désespérer, puisqu'elles ne seraient point pour des pécheurs tels que nous som-

mes forcés de nous reconnaître. Or, quelle [neuve pourrait nous donner le déiste quo ; Dieu est disposé à nous pardonner, à écou- [ ter nos prières, à recevoir nos larmes; que nous n'avons pas besoin auprès de lui d'un médiateur qui, par ses mérites, lui fasse agréer notre douleur et nos gémissements? Est-ce que notre repentir est une réparation suffisante de nos mépris pour ses lois, de notre rébellion contre son empire, de nos outrages contre sa sainteté et sa justice? Si cela est, pourquoi le genre humain a-l-il eu recours clans tous les temps à tant de sacrifices expiatoires ?

Ne prétendez pas dissiper mes craintes, en me renvoyant à l'idée d'une bonté infinie comme à un motif assuré des plus vives espérances. Ce qu'il est possible de conclure de l'idée delà bonté infinie, c'est que Dieu peut, s'il le veut, pardonner au pécheur. Mais le veut-il ? C'est ce qu'on ne peut apprendre que d'une révélation expresse de sa volonté, parce qu'il e>t souverainement libre à cet égard.

Ajoutez que, dans la position qu'il nous a plu de prendre, pleins de doutes et de perplexités, nous ne pourrions goûter ni paix ni douceur dans la pratique de nos devoirs. En voici une raison bien sensible : nous sommes environnés de divers peuples qui ont comme nous l'idée de la Divinité, qui conviennent qu'ils lui doivent des hommages, mais qui diffèrent étrangement entre eux dans la manière de les lui rendre. Quel parti prendrons-nous? Nous dispenseronsnous de tout culte extérieur ? Mais pourquoi ne consacrerons-nous pas notre corps de même que notre âme au service du Créateur? Pourquoi concentrerons-nous en nousmêmes les sentiments de respect, d'amour, de reconnaissance qui lui sont dus? Est-il même possible que des sentiments si justes, s'ils sont aussi vifs qu'ils doivent l'être, demeurent cachés dans l'âme qui les conçoit? Elle les répand nécessairement au dehors. L'homme entier s'explique sur ce qu'il doit au plus grand et au meilleur de tous les maîtres. La parole et l'action, interprètes des pensées de l'esprit et des mouvements du cœur, deviendraient-elles tout à coup muettes sur les devoirs les plus essentiels? Pourquoi nous ferons-nous donc violence à nous-mêmes pour dérober nos dispositions intérieures à nos semblables? Pouvons-nous trop les engager d'honorer de concert notre bienfaiteur commun ? Pourquoi, nous croyant laits pour sa gloire, ne croirons-nous pas la société dont nous faisons partie destinée à la même fin? Pourquoi, si elle est destinée à la même fin, et si elle a les mêmes motifs que chacun de ses membres, d'adorer la Divinité, de la remercier, de l'invoquer, de la fléchir, quatre hommages qui comprennent tous les exercices delà religion, s'abstienura-t-elle de remplir ces devoirs d'une manière publique? Pourquoi refuserons-nous de prendre part à son culte?

Si, d'un cbté, l'on ne peut fonder sur aucune bonne raison la dispense de tout oulle

extérieur, qu'on voudrait nous accorder; d'un autre côté, il n'est pas possible de nous obliger par aucune bonne raison, de pratiquer le culte propre à chaque peuple chez lequel nous pouvons nous trouver; de nous barbouiller, par exemple, le visage de bouse de vache chez les Malabares, de nous prosterner aux pieds d'une pagode chez les Chinois, de nous laver les mains avec du sable, pour nous purifier, chez les mahométans. Il faudrait préalablement nous garantir que ces pratiques, quelque bizarres qu'elles paraissent, n'ont rien qui déplaise au souverain Etre. Si l'on nous répond qu'il suffit que des cérémonies, pour lui plaire, soient établies et autorisées par les magistrats, on ne nous rassure point, à moins qu'on ne nous garantisse que les magistrats sont toujours avoués de la Divinité, et qu'ils sont incapables d'erreurs, de superstitions, de mensonges.

On nous dira peut-être que, pleins de mépris pour ces vaines et inutiles pratiques, nous pouvons cependant les suivre, entrer aux jours prescrits dans les temples bâtis par l'ignorance et la crédulité, nous mêler dans les assemblées où l'erreur et la superstition dictent leurs oracles trompeurs, fléchir le genou devant des idoles à qui l'imposture a érigé des autels, observer des usages qu'une politique intéressée a mis au rang des lois. Pour appuyer une décision si

sage, on ne manquera ; de nous citer

l'exemple de Socrate (Plat., in Phœd.), qui voulut que ses amis sacrifiassent pour lui un coq à Esculape; les leçons de Platon {De le g., 1. i, et xi), qui veut qu'on adore, outre la suprême intelligence, les dieux inférieurs, les démons et les génies, les statues mêmes, et les images; celles de Cicéiùu [De leg., 1. n ; De natura deor., 1. m), qui prescrit aux hommes d'adorer les dieux de leurs pères, de se conformer aux décisions des pontifes et des aruspices, touchant les victimes qu'il faut offrir à chaque dieu en particulier; celles d'Epiclète, qui exhorte de ne point s'éloigner de la religion et des rites du pays Où l'on vit, dans les libations et dans les sacrifices.

Votre âme ne se soulève-t-elle pas tout entière contre une telle décision? Pensezvous pouvoir, sans dissimulation et sans mensonge, pratiquer des cérémonies que vous croyez fausses et superstitieuses"' Pensez-vous pouvoir sans injustice entretenir et autoriser vos frères dans l'illusion par une lâche hypocrisie? Pensez - vous pouvoir sans impiété préférer vos intérêts a ceux de Dieu, en trahissant honteusement les siens, pour sauver les vôtres? Pensezvous pouvoir sans crime déshonorer le Créateur par un culte que vous savez lui déplaire? Quoi! la saine morale exclut d'un commerce où régnent la droiture et la sincérité, toutes ces basses supercheries introduites dans le inonde, sous le spécieux, titre de bienséances, et l'artifice sera permis dans la religion? Quoi, me direz-vous, vaudrall-il mieux abjurer l'exercice de toute

religion, et par une franchise portée à l'excès, remplir la société de trouble et de confusion? Il le faudrait, sans doute, si toute religion était une fable. L'exemple des

magistrats, les

de la patrie , des

craintes ou des espérances humaines, ne peuvent jamais nous autoriser à trahir notre conscience. La vérité seule a droit de captiver notre cœur, d'inspirer notre langage, de régler nos actions.

VI. Il est un grand nombre d'autres vérités, au sujet desquelles un déiste ne peut hasarder que de vaines conjectures : vérités cependant nécessaires pour pénétrer, éolaircir, défendre contre l'athée, rendre intéressantes et aimables, celles auxquelles nous avons supposé que la raison peut atteindre : vérités encore nécessaires, à cause des devoirs indispensables qui résultent des rapports qu'elles manifestent, d'une part entre l'Etre infini et les êtres finis; de l'autre, entre les êtres finis les uns à l'égard des autres. Telles sont, par exemple, l'époque de la naissance du monde, l'ordre suivi dans sa formation par le Créateur, les voies de la sagesse éternelle dans le gouvernement denses ouvrages, la destination de l'homme, l'excellence de sa nature, l'origine de sa dépravation, son rétablissement dans l'ordre, l'idée précise du bonheur qui lui est préparé, ou du malheur qui l'attend.

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