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N'interrogeons pas sur ce sujet les phi

PREUVES DE LA RELIGION DE JESUS-CIIRIST. --PART, il

losophes du paganisme : leurs réponses ne peuvent servir qu'à montrer les égarements dont l'homme est capable, quand il est abandonné à ses propres ténèbres. Ces faux sages ne diffèrent en leur aveuglement que du plus au moins. Ils supposent toute la matière éternelle et incréée. Les Epicuriens l'admettaient toute seule, privée de sentiment et de connaissance; et de ce fond aveugle, ils en faisaient sortir le monde. Les Stoïciens lui associaient une intelligence : mais quelle intelligence 1 c'était le feu de l'étber, et par conséquent la matière. Les Platoniciens paraissent avoir pensé un peu plus noblement de cette intelligence ; mais ils en bornaient le pouvoir à mettre en ordre et à animer la matière, sans jamais avoir pu comprendre que si la matière est d'elle-même, elle n'a pas dû attendre sa perfection d'une main étrangère; et que si Dieu est infini et parfait, il n'a eu besoin pour faire tout ce qu'il voulait, que de lui-même et de sa volonté toute- puissante. Laissons ces philosophes avec leurs rêves.

Il n'est pas besoin d'être philosophe pour ne pas croire le monde éternel; il suffit d'avoir des yeux. Les montagnes diminuent sensiblement par les pluies et les eaux qui entraînent une partie de la terre; les vallées au contraire se remplissent ; il est visible que les montagnes ne sauraient durer une éternité ; et que dans un temps infini, quand il ne se serait détaché qu'un grain de sable, tous les cent mille ans, il y aurait déjà des siècles que les montagnes seraient aplanies, et de niveau aveu les vallées, la moindre diminution sensible étant capable d'anéantir une infinité de fois les plus hautes montagnes, dans l'espace infini de l'éternité. Le nombre des hommes, quand il n'aurait augmenté que d'un, chaque siècle, devrait être infini, et couvrir la terre comme les grains de poussière.

Les caractères de nouveauté sont encore plus manifestes dans la société humaine. On voit depuis quatre mille ans un progrès perpétuel pareil à celui d'un homme qui sort de l'enfance, et qui passe par les autres âges. On sait l'origine de presque tous les arts et des sciences, de la physique, de la morale, de l'astronomie, de la médecine, de l'architecture, de la peinture, de la sculpture. 11 n'est point d'histoire qui remonte jusqu'à Moïse. Tout commence. Les lois s'établissent, les mœurs se polissent, les empires se forment. On a toujours avancé à trouver de nouveaux moyens pour soulager la nécessité des hommes." Les moulins, l'imprirnerie, la boussole, la poudre, ont des époques récentes.

Imaginer des pestes, des famines, des guerres, des déluges, des embrasements, qui aient causé de si grands changements dans le monde, qu'il ait dû souvent paraître nouveau, c'est imaginer. Tous ces divers accidents auxquels la terre est sujette, sont des accidents particuliers, qui ne sont de nulle considération par rapport à la terre entière. Une province est désolée par la

guerre, un royaume est dépeuplé par la famine et parla peste, un autre est abîmé sous les eaux : qu'est-ce qu'un royaume, si on le compare à la terre? c'est une maison comparée à la ville de Paris. De plus, ces accidents ont été fréquents depuis trente siècles : ont-ils empêché le nombre des hommes de croître, la société de se polir, les arts de se perfectionner? Comment donc ces accidents auraient-ils été, durant des siècles infinis, des obstacles insurmontables au bonheur du genre humain, à sa multiplication, à sa culture, à sa perfection? Peutêtre imagine-t-on des déluges universels, tels que celui de Noé : mais un déluge de cette nature eût non-seulement réduit le genre humain à cette espèce d'enfance d'où on le voit sortir; il l'eût détruit pour toujours.

IL Des réflexions si simples et si sensées le sont trop pour le paraître aux esprits forts de nos jours. Quel inconvénient y a-t-il, demande froidement Telliamed, d'admettre ces acci'dents universels, qui aient souvent renouvelé la terre? Etre abîmé sous les eaux, être embrasé par les flammes, c'est la destinée commune à tous les globes que renferme le vaste univers. Cela vous étonne ; cependant rien n'est moins inconcevable. Dans la supposition de V éternité de la matière et du mouvement, l'état de l'univers, malgré les révolutions infinies auxquelles il doit être exposé, peut se perpétuer lui même. Les globes opaques, tel que la terre, doivent, au bout d'un certain temps, devenir habitables par la diminution des mers qui les couvrent ; être peuplé de plantes et d'animaux par le développement des semences dont l'air et la mer sont remplis ; faire en plusieurs endroits de leurs terrains, des amas de graisses, d'huiles, de bois, et d'autres matières combustibles, perdre toutes leurs cauec par l'évaporation, s'embraser ensuite , être transformés en des soleils , tandis qu'au contraire le soleil et les étoiles centres d'autant de tourbillons, doivent s'obscurcir et perdre leurs feux et leurs lumières dans des mers immenses, pour s'embraser et s'enflammer de nouveau, pendant que les globes qui étaient devenus lumineux, retomberont dans leur première obscurité par l'épuisement des matières qui leur servaient de nourriture.

On ne peut nier l'éternité de la matière et du mouvement, dans l hypothèse même qui reconnaît un premier Etre : car si la matière et le mouvement n'étaient pas éternels, seraitce parce que le premier Etre ne l'aurait pas pu, ou parce qu'il ne l'aurait pas voulu ? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, il ne t'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce qu'il ne l'a pas voulu. Mais comme il n'y a point de succession dans Dieu, si l'on admet qu'il a voulu une chose une fois, il l'a voulu toujours, c'est-à-dire de toute éternité. Or n'estil pas de sa sagesse de l'avoir formé avec tant d'art, que, sans y retoucher, la destruction même d'un si bel ouvrage fût le principe de son renouvellement : en sorte quavec la matière seule et la perpétuité du mouvement^

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(JEdVllES COMPLET»-]

l'univers se soutint, et subsistât toujours par un cercle continuel de révolutions? Assujettir le premier Etre à une vigilance assidue sur son ouvrage, faire intervenir sans cesse son action pour le conserver et le mouvoir, pour en régler et en réparer les ressorts, serait-ce penser dignement de lui ?

Demandons h ce nouvel écrivain si c'est respecter le public, que d'offrir à ses regards tant de paradoxes? Est-ce respecter la raison, que d'opposer des révolutions imaginaires aux preuves frappantes de la nouveauté du monde ? N'est-ce pas se jouer du sens commun, que d'étendre les mêmes révolutions à tous les globes de l'univers?

Telliamed ne connaît pas la nature du plus petit corps qu'il touche et qu'il manie ; il ne connaît ni l'origine, ni la structure, ni le progrès d'un cheveu de sa tête ; et il parle du soleil, des étoiles, des comètes, des planètes, comme s'ii les avait fabriqués; il en dispose en souverain : ce n'est qu'un jeu pour lui, de faire paraître et disparaître ces corps immenses, de les faire briller ou s'obscurcir, s'enflammer ou s'éteindre, se dessécher ou s'inonder, se choquer les uns les autres, se briser par leurs chocs, se détruire, se reproduire. On ne peut mieux le comparer qu'à ces anciens magiciens, pour qui ce n'était qu'un jeu, par la prononciation de quelque formule, de faire descendre la lune du ciel en terre, d'envoyer la peste, de détourner la grêle, de changer la nature. Il y a aussi peu de vraisemblance dans les contes que ces écrivains de nos jours débitent avec une suffisance capable d'en imposer aux imbéciles, qu'il y en avait dans les fables bizarres de ces vieux enchanteurs.

Est-il vraisemblable que le soleil ne soit qu'un amas de graisses, d'huiles, d'herbes, de bois et d'autres matières combustibles enflammées? Un tel amas subsisterait-il depuis tant de siècles? Les rayons qui en partent, perceraient-ils jusqu'à nous, à travers les montagnes de fumée qui en sortiraient? Des poissons changés en oiseaux, en animaux, en hommes; quelles fictions 1 On ne rêve pas si grossièrement dans le plus profond sommeil. Y a-t-il plus de vraisemblance à attribuer la naissance de tous les êtres vivants au développement des semences dans le sein des mers, qu'à dire, avec les épicuriens, qu'après l'écoulement des eaux dont la terre avait d'abonfété couverte, la chaleur du soleil fit éclore d'un humide limon les animaux et l'homme ; et que des ruisseaux de lait, sortis tout à coup de la même source, furent portés vers les lèvres, et coulèrent dans les veines de cette multitude naissante?

Je n'avance rien que sur des faits, dit l'auteur de tant de fictions. Mais quels faits? Vous apercevez des taches dans le disque du soleil; vous ne voyez pas aujourd'hui dans le ciel des étoiles qu'on y découvrait autrefois : les comètes paraissent un certain temps, et puis disparaissent. Donc le soleil peut s'incruster et s'obscurcir par la résidence de quelques couches d'éléments gros-

siers; il peut par conséquent devenir de corps lumineux un corps opaque; et tel a été sans doute le sort de ces étoiles qui ont disparu du ciel ; tel est celui des comètes qui se montrent un moment pour ne plus paraître.

Mais savez-vous ce que c'est que ces taches qu'on découvre dans le disque du soleil ? Savez-vous ce que c'est qu'une étoile, qu'une comète? Avez-vous suivi les astres dans leur cours? Avez-vous parcouru les espaces immenses où ils roulent? Avezvous tout vérifié sur les lieux? Comment osez-vous prononcer sur des sujets qui vous sont si peu connus? Il est aussi impossible qu'un soleil, en s'incrustant, devienne une terre habitable, qu'il est impossible qu'une pierre, par le concours des mouvements, devienne un homme. Ce n'est qu'à l'imagination des poètes qu'appartient le droit d'enfanter des métamorphoses si ridicules.

Vous n'avancez rien que sur des faits.

Mais quels faits? Ce sont des voyages au fond des mers; ce sont des récits de plongeurs, ce sont des visions de matelots. Que ne nous citez-vous aussi les relations de quelques voyageurs dans les diverses confiées de la lune? Si la religion présentait de pareilles chimères ; avec quel mépris les recevriez-vous? Quand les faits que tous alléguez seraient aussi certains qu'ils sont douteux, aussi réels qu'ils sont fabuleux; les inductions que vous en tirez porteraient toujours sur le néant.

Parce que la mer, en certains endroits, aura reculé ses limites de quelques pouces, ce sera une conséquence que la terre est sortie de son sein après des révolutions infinies de siècles? Est-ce que la mer ne peut pas être forcée de reculer, en certains endroits, ses limites par le limon, les terres, les sables que les fleuves y charient incessamment, et regagner ailleurs les pouces de terrain qu'elle perd dans les endroits qu'elle abandonne? Parce qu'on aura découvert dans des antres et des forêts, quelque homme tremblant à la vue de ses semblables; ce sera une conséquence que les hommes ne sont pas faits pour vivre les uns avec les autres, et qu'ils ne doivent leurs inclinations sociables qu'à leur faiblesse? Quelle conséquence 1 Est-ce que les hommes ne sont faits ni pour voir, ni pour entendre, parce qu'il en naît qui sont aveugles et sourds? Depuis quand est-il permis de conclure, de quelques exceptions, contre la règle commune et générale? Il y a des poissons qui ont une espèce de mains, de pieds, de tête, comme l'homme; donc ce sont des hommes qui pensent. Pouvez -vous tirer une pareille conclusion, et penser vousmême?

L'unique fait qui semble favoriser votre système sur la formation de la terre sous les eaux de la mer, se réduit aux diverses espèces de corps marins dispersés en différents lieux de la terre : mais nous les revendiquons, ces dépouilles de la mer, comme autant de médailles du déluge univers»-! :

soit que, dans cet événement, la mer ait changé de lit; soit que, par son séjour, durant près d'une année sur la terre, elle l'ait détrempée et amollie jusqu'à une certaine profondeur ; et qu'elle y ait conséquemment insinué, par l'agitation violente où ses eaux furent mises, une grande quantité de corps qui lui sont propres, qui seront entrés dans la composition des pierres formées depuis cet événement.

Si nous ne connaissons pas tous les effets du déluge ; si nous sommes hors d'état d'expliquer tout ce qui arriva dans ce grand et unique événement', vous ne devez pas vous prévaloir de notre ignorance pour substituer vos tictions aux récits de Moïse. Vous assurez avec une confiance étonnante que toute la terre est remplie des débris de la mer jusqu'à sa plus grande profondeur : pensez-vous par là donner quelques nuances de probabilité aux productions de votre imagination? Nous ne sommes point assez crédules pour vous en croire sur votre parole. Avez-vous couru toute la terre? En avezvous sondé la profondeur? Avez-vous percé toutes les montagnes ? Avez-vous mis en poudre tous les rochers?

Quand nous vous accorderions que les corps marins dispersés sur la terre ne viennent pas du déluge, s'ensuivrait-il nécessairement que la ierre doit sa naissance à la mer? Nous pourrions convenir que la dispersion des corps marins sur la terre a précédé le déluge, et nier en môme temps qu'elle ait l'origine qu'il vous plaît de lui donner. Savez-vous dans quel état se trouva la partie du globe que nous habitons, après qu'elle eut été séparée des eaux par le Créateur; jusqu'à quel point elle fut desséchée; combien il lui resta d'enfoncements, de cavités remplies d'eau? Qui nous empêcherait de supposer que lorsque le Créateur rassembla en un seul lieu les eaux de dessous le ciel (Gen. i, 9), il en laissa une certaine quantité en divers lieux de l'aride; qu'à sa parole puissante, ces eaux, de même que celles de la mer, devinrent fécondes, quand il dit : que les eaux produisent des animaux vivanls\lbid,, 20); que ces eaux s'étant dissipées dans la suite par l'évaporation ou d'une autre manière, les animaux qui y vivaient perdirent la vie, se pétrifièrent par les matières dont ces enfoncements et ces cavités furent comblés. Vous êtes obligé vous-même d'avoir recours à un dénoûment à peu près semblable pour les bancs et les amas de coquillages qu'on trouve en certains endroits, qui est de supposer des lacs formés par la mer, desséchés ensuite et couverts de terre. Notre supposition, que nous ne donnons que pour une supposition, n'a rien de contraire aux preuves historiques de la nouveauté du monde; au lieu que votre système est inconciliable avec ces preuves. Car, .s'il est permis de juger des opérations de la mer par les changements si peu considérables qu'elle a produits dans notre globe depuis trois mille ans , il faudrait qu'elle eût employé des millions de

siècles pour enfanter la terre dans l'état où nous la voyons.

Vos sectateurs croient trouver de quoi réaliser votre système imaginaire dans la figure régulière des montagnes et des collines, dont les angles, disent-ils sont toujours correspondants.

Mais pourquoi cette correspondance ne serait-elle pas l'effet des courants de l'air; ou plutôt pourquoi ne serait-elle pas une suite de l'origine de la terre, telle qu'elle est décrite par Moïse? Quand il est ordonné aux eaux de se rassembler en un seul lieu, afin de laisser paraître l'aride qu'elles couvraient; peut-on se représenter leur obéissance, sans se représenter en même temps la terre encore molle et en bouillie s'afïaissant sous leur poids, et s'élevant, en divers endroits, à droite et à gauebe; afin de leur laisser la pente dont elles ont besoin, pour se rendre aux bassins qui leur sont creusés dans le même instant. Toutes ces eaux, dociles à la voix du souverain maître, ne s'offrent à mes yeux que comme de grands fleuves qui forment dans l'étendue de leur cours plusieurs sinuosités, dont les avances où les angles sont rentrants d'un côté et saillants de l'autre ; et comme nous venons de le voir, les collines et les montagnes étant les bords de ces fleuves, elles en reçoivent cette même forme qu'on remarque aux bords des fleuves qui arrosent nos campagnes.

Vos sectateurs cherchent en vain une autre preuve de votre système dans l'arrangement des couches de la terre. Cet arrangement se concilie parfaitement avec l'histoire de la Genèse.

Lorsque je vois les eaux se séparant de V aride, à la voix du Créateur, il me semble voiries terres de différente espèce, se détacher l'une de l'autre, tomber les unes sur les autres selon leur degré de pesanteur, so mettre de niveau dans les plaines, s'incliner sur la pente des éminences, prendre chacune leur place. Et si l'on trouve à peu près les mêmes couches des mêmes matières, dans les collines opposées et dans les vallées qui les séparent, c'est que tout est ici l'œuvre d'une main également sage et puissante ; les couches des collines opposées et des vallées qui les séparent doivent avoir à peu près le même degré d'épaisseur et de consistance pour se soutenir contre les efforts des inondations et des torrents dont les collines elles montagnes sont les causes ordinaires.

Telle est l'idée que Moïse semble nous donner de la formation du globe terrestre. Cet écrivain ne connaît point d'autre principe du monde que la volonté sage et puissante d'un Créateur, qui n'a besoin ni de temps ni d'instruments pour former ses ouvrages. Voyons si vos idées, si contraires à celles de Moïse, ont plus de vraisemblance.

Vous ne pouvez nier qu'il n'éclate un grand ordre, une belle disposition dans l'aria igement des diverses parties qui com-

posent In terre : or, y a-t-il plus de sens à attribuer l'ordre au flux, au reflux, aux courants de la mer, qu'à l'attribuer à une suprême intelligence? De plus, concevezvous bien clairement que le flux et le reflux puissent rien opérer sur un globe que les eaux environneraient de toutes parts. Si le flux détache de la superficie do ce globe quelques particules de matière; le reflux qui lui succède immédiatement , ne doit- il pas mettre un obstacle invincible à la réunion et au dépôt de ces particules? Le flux môme qui va recommencer ne suflirat-il pas seul pour détruire la première ébauche de son éditice? car cette première ébauche, quelque petite quelle puisse être, forme une inégalité, sur laquelle les eaux agitées dans le second flux trouveront plus de prises que sur un fond uni et de niveau.

Les courants de la mer sont pour vous de puissants architectes : mais ces courants supposent des inégalités dans le fond de la mer; car si ce fond était égal, il n'y aurait point dans la mer d'autre courant que le mouvement général du flux et du reflux. D'où viennent donc ces inégalités que les courants supposent.'dans le fond de la mer? Sont-elles improduites ces inégalités? Admettons les courants : leur attribueronsnous les diverses couches dont nos terres, nos collines, nos montagnes sont composées? Ces courants sont-ils toujours assez uniformes, assez constants, assez indépendants des vents et des tempêtes, pour former des couches si uniformes et si étendues? De plus, avant qu'il y ait des côtes, où prennent-ils les matières qui entrent dans la composition de ces couches? Ce sera sans doute dans le fond de la mer : ce fond est donc composé lui-même de ces diverses couches. Quel est le principe de ces couches, qui ne sont l'ouvrage ni du flux, ni du reflux, ni des courants?

Ajoutez, s'il vous plaît, que ces couches du fond de la mer doivent être arrangées selon leur degré spécifique de pesanteur , et par conséquent d'une manière tout opposée à l'arrangement des couches de nos continents. La première de ceux-ci, et la base de toutes les autres, doit être la dernière couche du fond de la mer, sur laquelle les eaux ont commencé de travailler, et par conséquent la plus légère.

Vos sectateurs, à votre imitation, ne bornent pas leurs vues à la formation de nos continents ; ils embrassent, comme vous, la formation du globe entier, et de tous ces corps immenses qui composent notre tourbillon; ils en parlent avec autant de suffisance que s'ils avaient présidé à la construction de l'univers. La terre, selon eux. est une portion du soleil, qu'une comète tombant sur la surface de cet astre en a séparée. Cette portion, au sortir du soleil, brûlante et dans un état de liquéfaction totale, s'est éteinte et refroidie. Son intérieur est une matière vitritiée. Les sables, les argiles, les rocs vifs en sont les fragments et les scories. L'air et l'eau qui l'en-

vironnent, sont des vapeurs étendues et raréfiées qui, s'étant condensées, sont tombées sur sa surface. Ces eaux, agitées par le mouvement du flux et du reflux, l'ont sillonné, ont creusé des profondeurs, ont élevé des montagnes. D'où viennent les poissons qui peuplent ces eaux? D*où viennent les animaux qui couvrent ces montagnes ? Le globe est plein d'un nombre infini de molécules organiques, actives, productives, et de moules qui réunissent ces molécules et qui se les assimilent.

Quelle foule de réflexions ne pourrait-on pas faire sur tant d'idées romanesques? Car quel autre nom méritent des pensées qui ne roulent que sur des objets impénétrables à l'esprit humain? Bornons-nous à un petit nombre de questions.

Si notre globe est une portion du soleil , ces deux corps ne diffèrent donc qu'en ce que la matière de l'un est enflammée, et la matière de l'autre refroidie. Comment s'est éteinte et refroidie cette portion détachée du soleil ? Par les vapeurs condensées dirat-on. Mais comment se sont condensées les vapeurs autour d'un globe de feu? comment, de plus, s'entretient la matière enflammée du soleil, depuis tant de siècles? On répond que c'est par la dévoration des comètes qui ont l'imprudence de s'en approcher de trop près ; et qu'elle en deviendra la pâture à son tour, Jorsqu'affaiblie par le défaut de nourriture, elle n'aura plus la force de les engloutir : mais qu'est-ce que les comètes? Sont-ce des corps combustibles?

Si le globe terrestre renferme tant de molécules vivantes, agissantes, munies de différents organes, capables de diverses foulions; comme ce globe n'est composé que d'une matière vitrifiée, des scories de cette matière, et des vapeurs condensées, à laquelle de ces espèces de matières appartiennent les molécules? Toutes ces petites machines animées, tous ces petits êtres vivants, sont-ils de verre, ou de sable, ou de vapeurs? A quel agent doivent-ils leur première formation? N'est-ce pas du soleil qu'ils sont émanés avec le globe terrestre? N'est-ce donc point dans sa flamme qu'ils ont été fabriqués, et qu'ils ont reçu la vie? S'ils ne sont nés que depuis que la terre est sortie du soleil, est-ce la terre qui a ainsi façonné, organisé, vivifié une portion d'elle-même? Lui peut-on refuser une vertu si industrieuse, en attribuant à la matière des forces, des puissances intérieures, des qualités actives, attractives, etc.

De quoi ne sont pas capables les molécules une fois organisées et vivifiées? N'auront-elles pas elles-mêmes la faculté ,de se chercher, de s'attirer, de se rassembler , en assez grande abondance, de s'unir et de former par leur assemblage des plantes et des animaux, qui donneront dans la suite leur forme et leur figure à d'autres parties de la matière, pour se perpétuer et se reproduire à l'infini ? Vos sectateurs sont trop conséquents oour n'en pas faire l'aveu. Il y

a peut-être, disent-ils, autant d'êtres, soit vivants, soit végétants qui se produisent par l'assemblage fortuit des molécules organiques, quil y a d'animaux ou de végétaux qui peuvent se reproduire par une succession constante de génération.

En vérité qu'est-ce que la philosophe des adversaires de la révélation, sinon l'art de s'épuiser la -tête par la combinaison d'un certain nombre de mots qui ne signifient rien? Qu'un philosophe doit se trouver éclairé, satisfait, heureux, quand par ses recherches profondes, il a pu parvenir à ne reconnaître pour principe des ouvrages dont il admire la structure, les beautés, les proportions, que ces mots tournés, calculés, algébrisés en cent façons, nature, hasard, nécessité, qualités actives, puissances intérieures, forces attractives, centripètes, centrifuges, actions, réactions de la matière!

Nous pourrions proposer à vos sectateurs bien d'autres questions sur l'origine du so.eil et des étoiles : mais nous craignons qu'épris dé la beauté de vos métamorphoses, ils ne nous présentent ces vastes corps comme devenus d'opaques lumineux, de lumineux opaques, et redevenus d'opaques lumineux, ainsi à l'infini, en nous abîmant avec eux dans une durée éternelle. Examinons votre raisonnement sur lequel ils voudraient peut-ôtre s'appuyer.

Si la matière et le mouvement , direzvous, ne sont pas éternels , serait-ce parce que le premier Etre ne l'aurait pas pu, ou parce qu'il ne l'aurait pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, il ne l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce qu'il ne l'a fias voulu. Mais comme il n'y a point de succession dans Dieu, si l'on admet qu'il a voulu une chose une fois, il l'a voulu toujours, c'est-à-dire de toute éternité. Ce raisonnement vous paraît sans doute triomphant : il est néanmoins aussi frivole due tout votre système.

Si la matière n'est pas éternelle, ce n'est ni parce que Dieu n'a pas pu, ni parce qu'il n'a pas voulu. C'est parce que l'éternité de la matière est impossible. Point de matière, que par création : or il est aussi impossible qu'une chose soit créée et éternelle en même temps, qu'il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps : puisqu'une chose créée est une chose sortie du néant, c'est-à-dire une chose qui n'étant pas, a commencé d'être; et que ce qui est éternel, est toujours sans commencement. Reculez, tant qu'il vous plaira, en remontant à l'infini dans les siècles qui vous ont précédé, le commencement d'un être sorti du néant; dès que vous lui donnez un commencement, vous mettez des bornes à sa durée, et par conséquent vous lui ôtez toute proportion à l'éternité. Ainsi l'éternité d'un être créé étant impossible, demander pourquoi la matière n'est pas éternelle, si c'est parce que Dieu n'a pas pu, ou n'a pas voulu; c'est comme si vous demandiez pourquoi le néant est néant, si c'est parce que Dieu n'a

OfcXYKES COMl'L. DE LE FRANÇOIS. II.

pas pu, ou n'a pas voulu. L'impossible et îe néant n'ont point de cause.

La volonté de Dieu n'a [tas de succession ; mais sesouvrages en ont nécessairement une, parce que n'étant pas, ils ont commencé d'être ; et qu'étant, ils peuvent cesser d'être. La volonté suprême ne change point; cette volonté toujours la même était que le monde existât dans un temps marqué, et non éternellement : parce que Dieu ne veut que ce qui est possible; or le monde n'est possible qu'avec un commencement, c'est-à-dire avec une durée finie.

Si vous n'avez pas de peine à comprendre comment Dieu étant infini, il ne produit néanmoins que des créatures finies ; vous ne devez pas en avoir à comprendre comment la volonté de Dieu étant éternelle, elle n'a pas un effet éternel : c'est la même raison pour l'un et pour l'autre. Dieu est seul infini et infini en tout genre, puisqu'il est seul l'être par soi. La créature étant essentiellement bornée dans son existence, l'est nécessairement dans tout le reste. Pour vous faciliter encore plus l'entrée dans ce mystère, considérez la volonté de Dieu par rapport aux êtres qui naissent les uns des autres; vous concevez aisément que Dieu en voulant la tige, veut en même temps lesdescendants; et que quand la tige serait éternelle, les descendants ne l'étant point, il y aurait en Dieu une volontééterneUe pourdes effets qui ne seraient que dans un temps marqué. Or toute tige créée ne renferme pas moins dans son idée une succession que ses descendants : parce que la création dit un passage du néant à l'être.

Ce que vous ajoutez pour diminuer l'horreur de votre système, n'est propre qu'à l'augmenter. Est-ce avoir quelque idée de Dieu, que de le représenter comme un être, à qui la conservation du monde coûterait plus que la création ? N'est-ce pas confondre Inintelligence infinie et toute-puissante avec l'intelligence humaine? Est-ce avoir une idée plus juste de la créature, que de la représenter commecapable desubsister et de se perpétuer par elle-même? Ce qui n'a pas l'être par soi, ne peut le retenir par soi. Vous regardez Dieu, sans doute, comme un artisan, qui trouvant une matière propre à son art, la façonne, l'arrange, en compose une machine, et la laisse ensuite aller toute seule.

Le Créateur ne suppose rien dans ses ouvrages; il est également l'auteur de leur matière et de leur forme. En les produisant il ne fait qu'exécuter le plan éternel que sa sagesse avait conçu. Le monde qui existe n'est que la copie du monde intelligible qui était dans son idée, c'est-à-dire qu'avant Ja création tout était connu, jusqu'au plus petit grain do matière qui pouvait entrer dans la composition de l'univers, jusqu'au plus petit degré de mouvement; toutes les combinaisons de l'un et de l'autre, tous les effets qui pouvaient en être le résultat, pour touto'leur durée possible. Au moment marqué, ce monde invisible et secret est ma ni-

*S5 GEtTVRES COUPLE

festé por une seule et môme volonté qui embrasse tout, parce qu'elle fait tout. Ainsi la conservation de l'univers, de même que a création est l'effet, non d'une attention pénible, d'un travail fatiguant, mais d'une volonté unique, infiniment efficace et toujours la même. Penser autrement de Dieu, c'est n'en avoir aucune idée. Peut-on espérer qu'un homme qui suppose partout la matière et le mouvement incréés, et qui ne parle d'un premier être, que pournous avertir qu'on peut s'eq passer, en parle dignement?

Je reviens à vous, mon cher Eusèbe ; la raison peutsuffire pour nous ronvaincreque le monde n'est pas éternel. Mais que peutelle nous dire sur l'époque et sur les circonstances de sa naissance? A quel point, pour ainsi dire, de l'éternité, en attacheronsnous le commencement? Dans quel ordre ferons-nous sortir les êtres du néant ? Ecoutons Moïse.

III. Dieu, l'Etre sans bornes, le fond et l'origine de l'être, peut le communiquer; il n'a qu'à vouloir. C'est ainsi que, selon Moïse, ce puissant architecte a créé le ciel et la terre. Il a créé le monde en six jours, pour montrer qu'il n'agit pas par nécessité, avec une impétuosité aveugle; mais par intelligence, avec une souveraine liberté, appliquant sa vertu où il lui plaît, et autant qu'il lui plaît. Tout sort immédiatement de sa main. 11 dit: Que la lumière soit, et elle fut. (Gen. i, 3.) Avec elle, toutes les couleurs embellissent la nature Ensuite le firmament est fait. La mer et l'aride paraissent.

Il commande à la terre de produire de l'herbe: et c'est lui qui exécute ce qu'il commande. Une cause aveugle et insensible ne sait ce que pense la sagesse, et une cause qui n'a par elle-même ni mouvement, ni vertu, n'est pas capable d'être le principe d'aucun être. A cette parole puissante, une surface sèche et stérile devient tout d'un coup un paysage diversifié de prairies, de riches vallons, d'agréables collines, de montagnes couvertes de forêts, semé de Heurs de toute espèce, chargé de fruits de tout genre et de toutes sortes de goûts, et chaque chose reçoit les semences propres [tour se multiplier dans tous les siècles.

Le soleil n'était pas encore, et la terre était déjà revêtue d'herbes et de plantes; le soleil n'est donc principe de rien. La lumière est créée avant lui et avant les autres astres, afin d'apprendre quecesgrands et magnifiques luminaires n'ont pas eux-mêmes, ni la matière précieuse et éclatante dont ils sont composés, ni la forme admirable à laquelle nous les voyons réduits. Le ciel a tout son éclat, la terre toute sa parure. Dieu commande à la mer; aussitôt elle enfante, non plus de simples corps organisés, comme les plantes attachées à la terre; mais un peuple infini d'animaux vivants, agiles, prompts et pleins d'artifices, qui vivent dans ses eaux a mères et stériles. D'autres en sortent avec des ailes qui les élèvent jusque dans les nues. L'air retentit de leurs agréables con-

1ES DE LE FRANÇOIS. tôt

cens. Ils louent leur Créateur, et le bénissent chacun dans leur langage. La terre reçoit un second ordre de produire des animaux vivants. Elle n'a ni des oreilles pour entendre, ni des yeux pour considérer les modèles de tant d'êtres qui lui sont inconnus, ni des organes pour mettre en œuvre la matière à qui elle doit donner tant de formes ; la voilà cependant peuplée d'une multitude infinie d'animaux, qui ont nonseulement le mouvement et la vie, mais une imitation de la raison qu'on prendrait pour la réalité.

L'univers a sa perfection ; mais il estmuet. Cet édifice, avec toutes ses beautés et ses magnificences, est imparfait. Ce n'est qu'un palais où règne la solitude; un Etat sans chef et sans roi, un temple sans sacrificateur. Le ciel et la terre sont dans l'attente de celui à qui ils sont destinés, qui soit l'âme de tout ce qui est inanimé, l'intelligence de tout ce qui en est privé, l'interprète de tout ce qui n'a pas reçu la parole, le prêtre et le pontife de tout ce qui est incapable de rendre au Créateur les actions de grâces qui lui sont dues.

IV. Faisons l'homme, dit Dieu, à notre image et à notre ressemblance. (Gen. i, 26.) Ce n'est plus cette parole impérieuse et dominante; c'est une parole plus douce, quoique non moins efficace. Dieu tient conseil e.n lui-même : Dieu s'excite lui-même. 11 prend de la terre, qui arrangée sous uno telle main, reçoit la prus belle ligure qui eût encore paru; mais en quelque sorte que Dieu tourne la matière et la façonne, peut-il y trouver son image et sa ressemblance? 11 répand sur cette figure un souffle de vie.' (Gen. n, 7.) C'est un souffle de vie qui vient de lui-même; c'est un esprit raisonnable et intelligent qui lui doit être uni en le contemplant et en l'aimant. Voilà l'image de Dieu, pour qui la nature est faite ; que la nature altendait comme son roi et son prêtre, qui en devait réunir toutes les parties par ses louanges et par ses actions de grâces, dans la fin et le centre de toutes choses ; image pure, sainte, innocente, digne de son modèle et de son auteur.

Dans cette image sortie des mains de la sainteté règne une justice universelle; tout est dans l'ordre; rien ne trouble sa paix et sa douceur. L'homme heureux connaît Dieu, et il l'aime. Il s'aime, il aime les créatures auxquelles il est lié par les sensations, et il est lié à toutes, puisqu'elles sont toutes pour son usage; mais i[ ne s'aime, et il n'aime les' créatures que comme un écoulement du bien suprême. 11 les connaît en Dieu, il ne les aime qu'en Dieu ; ainsi toutes ses connaissances et ses amours se réduisent à la connaissance et à l'amour de Dieu.

Son corps est soumis à son esprit, comme à son supérieur, qui y excite des mouvements, ou les arrête à son gré. Dans les sensations qu'il éprouve, outre les rapports vers l'objet sensible, et vers son corps agité par un mouvement, il en aperçoit un troisième vers Dieu qui les lui donne ; il aperçoit les

fins pour lesquelles il les reçoit; en sorte que ces sensations ne sont que comme un signal et un attrait qui le porte doucement l accomplir la volonté de Dieu, dans l'usage des biens corporels. Il n'est point prévenu par un amour indélibéré qui le porte vers les plaisirs sensibles : maître de ne les point aimer ; s'il les aime, ce n'est que par un amour réfléchi, comme des dons de Dieu. 11 est en son pouvoir de ne les point sentir, ou d'en étouffer aussitôt le sentiment; parce que maître des mouvements de sou corps, il peut arrêter les impressions des objets extérieurs; et que maître de sa réflexion, il peut se distraire de ses sensations, et s'appliquer à d'autres objets.

Dieu donne à Adam une compagne, un autre lui-môme, selon la force du texte original, et place ces deux chefs-d'œuvre de sa puissance dans un jardindélicieux. Dieu se devait à lui-même de rendre son image heureuse. Mais pour faire sentir à l'homme qu'il a un maître, il lui donne un précepte; un précepte attaché à une chose sensible, parce qu il lui a donné des sens ; un précepte aisé, parce que sa vie doit être commode tant qu'elle sera innocente.

. V. Comparez ce récit de Moïse sur la formation du monde, aux systèmes des philosophes sur le même sujet. Rien n'est plus simple que le récit de Moïse; mais plus on le médite, plus on en sent le vrai et le beau. Au contraire on ne trouve rien dans les systèmes pompeux des philosophes, qui contente l'esprit et le cœur. Les anciens présentent une matière éternelle, un mouvement nécessaire, des atomes pensants, une terre qui se peuple d'elle-même de plantes et j'animaux; en un mot, les rêves monstrueux .i'Epicure ou de Spinosa, ou de Pythagore. Les modernes paraissent, il est vrai, avec de longs calculs, avec une sublime géométrie; mais ils ne connaissent pas plus que le vulgaire le tissu intime du moindre corps , l'organisation du plus petit germe, le secretde la vie, de la nourriture, de la multiplication d'un brin d'herbe, la nature des éléments qui entrent dans la composition des masses, les vaisseaux des espèces organisées. Que peut-on donc espérer de leurs magnifiques promesses, de leurs combinaisons, de leurs impulsions, de leurs attractions, etc.?

Le mouvement peut pousser, arrêter, rassembler, désunir les corps; mais il ne peut les construire, ni les former. Tout ce qui existe doit sa naissance à une autre cause. La lumière a dans sa nature, dans la rapidité de son mouvement, dans ses effets, dans sadistribution,des principes aussi concertés, et aussi impénétrables à l'esprit humain, que l'artifice des corps organisés. Toute la nature a des règles fixes. Le nombre dos espèces est déterminé, leur forme est invariable. Toutes les parties des corps organisés ont leur usage et leur liguro; tous les ressorts ont leur destination et leur office; la disposition générale se rapporte à un but et à une fin ; tout le détail est conduit par le dessein. La terre entière, toute brute qu'elle

paraît, porte des caractères évidents de sagesse. Le sens commun et l'expérience ramènent donc à la philosophie de Moïse, comme à la seule véritable. ,

Il n'y a qu'une cause qui a tout fait; il n y a qu'une intelligence infinie qui a créé la matière et le mouvement, les astres et la terre, les plantes et les animaux: il n'y a qu'un Dieu qui a tout tiré du néant, et qui conserve tout par sa volonté puissante. La véritable philosophie consiste donc, non à construire un monde qui est fait, mais à connaître, à louer, à aimer l'auteur du monde; à étudier la manière dont l'Ouvrier suprême perpétue et entretient son ouvrage.

Continuons d'écouler Moïse, pour être instruits d'une chose qui nous intéresse encore plus que la formation de l'univers. Nous avons laissé le premier homme, sortant, pour ainsi dire, des mains du Créateur, dans un jardin de délices, avec la permission d'user de tous les fruits de ce jardin, à l'exception d'un seul, auquel il lui est défendu de toucher.

Article 111. — Chute d'Adam.

I. Adam borne son attention à lui-môme ; il se considère sans rapport à Dieu; il s'aime tout seul, il veut être égal a Dieu, il n'est plus dans l'ordre. Par une flatteuse pensée d'orgueil, par un secret plaisir d'agir de soimême, et selon ses propres pensées, par une trompeuse curiosité, il s'aveugle, il veut faire une dangereuse épreuve de sa liberté; il goûte avec le fruit défendu, la pernicieuse douceur de contenter son esprit, il souffre que ses sens mêlent leur attrait à ce nouveau charme, il les suit, il s'y soumet, il s'en fait le captif, lui qui en était le maître. Dans le moment, tout change pour lui. Tout avait été fait pour son bonheur; tout se tourne en supplice, la terre est maudite. 11 devient à charge à lui-même; la rébellion de ses sens lui fait remarquer en lui je ne sais quoi de honteux. Ce n'est plus ce premier ouvrage du Créateur où tout était beau ; le péché a fait pour ainsi dire, un nouvel ouvrage qu'il faut cacher. L'homme ne peut plus supporter sa honte, et voudrait pouvoir la couvrir à ses propres yeux, il ne peut plus souffrir la présence de son Dieu, il cherche le fond des forêts, pour se dérober à celui qui faisait auparavant tout son bonheur. Sa conscience l'accuse. Ses excuses le confondent. Il faut qu'il meure, et une mort plus affreuse, qui est celle de l'âme, lui est figurée par cette mort corporelle à laquelle il est condamné.

IL La sentence de tous ses enfants est prononcée dans la sienne. Ils sont tous maudits dans leur principe; leur naissance est gâtée et infectée dans sa source. Voilà l'origine de mes maux. L'attrait que je sens pour la vérité; l'impression invincible qui nie porte vers le bonheur; la pente que j'ai nécessairement vers l'infini, sont des restes de ma première grandeur, et des preuves de ma première destination. J'étais fait pour Dieu, je l'ai perdu ; je suis privé de son amour, je n'en ai qu'une faible idée. Dans

caile perle immense, dans cette pauvreté profonde, prend sa source ce désir infini que j'éprouve pour la vérité sans pouvoir l'atteindre; cette bassesse prodigieuse avec laquelle je m'attache à tous les objets qui se présentent, quelque méprisables qu'ils soient. Je cours après tous les biens présents, sans que je puisse me fixera aucun; c'est que je cherche à remplacer le bien infini que je n'ai plus. C'est là le dénoûraent des contradictions de mon être. Je ne suis plus étonné de cet empirelyranniquedemes sens sur mon âme ; il est juste qu'une raison révoltée contre Dieu ne trouve dans la matière que de la révolte. Je ne suis plus étonné de ces penchants indélibérés, qui s'élèvent dans le fond de mon cœur vers les créatures; ils sont une suite naturelle des inclinations avec lesquelles je nais, qui se réveillent à l'occasion des impressions que font sur mon corps les objets extérieurs.

. Sans la révélation de la chute du premier homme, que serions-nous, mon cherEusèbe, qu'une énigme inexplicable? Nous n'aurions jamais pu discerner ce qui nous venait du Créateur, ou ce qui était châtiment; ce que nous avions reçu et ce que nous avions perdu; qui était notre nature, ou notredésordre; ce que nous devions suivre, ou ce que nous devions réprimer. En vain aurions-nous eu recours aux philosophes grecs et romains. Ils n'ont point connu l'homme. Les stc/iciens qui s'étaient fait une idole de leur j-agesse chimérique, égalaient l'homme à Dieu. Les épicuriens qui s'étaient dégradés, en se réduisant à la matière, égalaient l'homme aux bêtes. D'autres philosophes, comme Cicéion (apud August., 1. îv Contra Julian., c. 12, Pline (Hist. nat., lib. vu), etc., attentifs aux sentiments de grandeur et de bassesse qu'ils remarquaient dans l'homme, à ses misères et à sa corruption, se plaignaient de la nature, et la traitaient de marâtre. Ainsi ces philosophes, au lieu de nous donner le dénouement de nos difficultés, les uns en nous élevant trop, auraient flatté notre orgueil ; les autres, en nous abaissant trop, auraient favorisé nos indignes inclinations : les autres, en nous montrant nos malheurs, sans nous en montrer la cause, nous auraient appris à blasphémer contre la Providence. Le nœud de notre condition prend ses retours et ses replis dans le péché de notre origine.

111. Mais, direz-vous, comment sommesnous criminels, avant l'usagede notre liberté? Nous naissons criminels: la révélation ne nous permet pas d'en douter. La manière dont nous le devenons, est un secret qu'il n'a pas plu à Dieu de nous découvrir. Dégradés dans un père rebelle, flétris à jamais par la sentence qui le condamne, adorons la souveraine justice, respectons ses arrêts.

Pouvons -nous douter si nous naissons coupables du péché de notre premier père? Comparons l'état où nous naissons, à l'état d'Adam avant sa chute, et après sa chute.

Dieu créa l'homme juste (Ecclef vu, 30) ; immortel, pourêlre une image qui lui res-

semblât ( Sap .n, 23) ; il le remplit d'intelligence sa lumière éclairait son cœur, et lui faisait voir la grandeur de ses œuvres, afin qu'il célébrât \mr ses louanges la sainteté de son Créateur, et qu'il le glorifiât de ses merveilles. (Eccli. xvn, 6-8.) Tel sortit Adam des mains de Dieu. Tels naîtrions-nous, s'il eût persévéré dans la droiture et la justice. Riais naissons-nous tels? Notre propre cœur nous démentirait, si nous osions le penser.

Combien de cho-es ne voyons-nous point dans l'univers qui nous sont contraires? Ne sentons-nous pas à chaque instant sur nous la main du Créateur et le poids de sa colère? Un joug pesant accable les enfants d'Adam, depuis le jour quils sortent du ventre de leur mère, jusqu'au jour de leur sépulture. (Eccli. xli, 1.1 Quelle contrariété dans les sentiments et les désirs qui nous agitent ! Nous ne sommes qu'un mélange d'élévation et de bassesse, de courage et de lâcheté, d'heureuses semences de vertus et d'inclinations pour le vice, d'attraits pour la félicité et d'assujettissement à la misère. Quelle guerre entre la raison et nos passions 1 La raison nous montre ce qui nous est avantageux, et les passions nous portent à ce qui nous est funeste. Quel combat entre la loi de notre chair et la loi de l'esprit? Nous faisons le mal que nous ne voulons pas, et nous ne faisons pas le bien que nous voulons. (Rom. vu, 14- seq.) En un mot, notre cœur est corrompu, plein d'un amour désordonné de nous-mêmes, et d'un penchant violent pour les biens sensibles, avec un dégoût extrême pour les choses de Dieu. Notre esprit est déréglé, enseveli dans une profonde ignorance à l'égard de nos devoirs, d'où il ne sort que par un long et pénible travail. Notre imagination est extravagante, jouet infortuné d'une foule de spectres et do fantômes bizarres, importuns , dangereux.

Notre raison est faible, obscurcie, flottante, incertaine, exposée continuellement à prendre l'erreur pour la vérité.

D'où viennent tant de maux? En attribuerez-vous l'origine, avec les épicuriens, au hasard, à un caprice, à un jeu de la nature? En rendrez-vous raison avec les pythagoriciens, par la métempsycose? Ou aùrez-vous recours, avec les manichéens, à un double principe? Il y a un Dieu, qui a tout fait par sa puissance, et qui régit tout avec une sagesse infinie. Le hasard est un néant, la nature un mot sans idée, la métempsycose une chimère, un principe éternel du mal le fantôme d'une imagination échauffée.

Rejeter le dénoûmentque présente Moïse, c'est se roidir contre la vérité. Adam, s'il désobéit à la défense qui lui est faite, do toucher à l'arbre de la science du bien et du mal, est menacé de toutes les misères extérieures qui nous écrasent (Gcn. n, 17) ; et réellement sa désobéissance est suivie aussitôt des effets de la menace. 11 éprouve aussi dans le moment toutes nos misères intérieures. Que marque en effet ce sentiment de honte qu'il a de se faire voir nu [G en. m, 7), et qui lui avait été inconnu jus-

qu'alors, si ce n'est un changement étrange, arrivé dans ses organes, une rébellion dans ses sens, un dérangement dans les mouvements de son corps, soustraits à l'empire de la raison? Que marque cet empressement de se cacher de devant la face de Dieu (Gen. ni, 8), dont la présence faisait auparavant sa joie et son bonheur, si ce n'est un cœur dépouillé de l'amour de Dieu, et tout plongé dans l'amour de lui-même, et des objets sensibles; un esprit dénué de lumières, qui ne pense plus qu'à sa propre conservation ; une imagination égarée, qui ne se représente Dieu que comme un objet de terreur, comme un ennemi implacable, aux coups duquel on ne saurait échapper que par la fuite ; une raison affaiblie, qui croit en se cachant parmi des arbres, pouvoir se dérober aux reproches amers de sa conscience, et à la justice qui le poursuit. La conformité entre nous et Adam pécheur est sensible. Nous apportons en naissant tous les effets, toutes les suites de son crime.

Que conclure de là ? sinon que les enfants apportent en naissant le crime de leur premier père, puisqu'ils naissent avec les effets et les suites dé ce crime. Que conclure encore? sinon que le Créateur voulant tirer d'un premier homme tous ceux qu'il ferait exister dans la suite, établit entre lui et ceux qui en naîtraient par les voies ordinaires, afin de les lier plus étroitement les uns aux autres, certains rapports d'organes, d'inclinations et de volontés : en sorte que si Adam eût persévéré dans la justice, ses descendants eussent participé à son bonheur, de même qu'ils participent à son malheur, naissant injustes comme lui, avec une volonté opposée à celle de Dieu, avec un amour vicieux d'eux-mêmes et des créatures, auquel leur âme est asservie, dans l'instant môme qu'elle est unie à une chair corrompue dans sa source, et infectée par la concupiscence.

Apercevez-vous rien, dans cet établissement du Créateur, qui ne soit très-sage et trèsconvenable à la nature humaine ? Le Créateur devait-il révoquer ses lois à cause du péché ? C'est contre leur destination, qu'elles servent à transmettre le crime de l'homme pécheur à ses descendants. Qui oserait dire que le Créateur fût obligé de changer les lois de la nature, toutes les fois qu'il plairait à l'homme de changer d'inclination et de volonté?

IV. Je n'ai rien, direz-vous, à opposer à la sagesse de mon Dieu : mais avant qu'il formât le premier homme, il prévoyait combien les suites de sa chute seraient funestes à sa postérité. N'était-il pas maître de créer un autre monde, où Adam eût été plus fidèle? ou s'il voulait créer ce monde, n'élaitil pas maître de placer Adam en des circonstances où il eût trouvé sa joie et son bonheur dans son obéissance? lu même indépendamment de ces moyens, Dieu n'en avait-il pas une infinité d'autres, pour conserver sa créature clans la soumission la plus parfaite, bans nuire à sa liberté? Le monde

présent n'était pas le seul possible. Les circonstances où Adam a péché, n'étaient pas les seules où il pût être placé ; et Dieu a dans les trésors de sa puissance mille voies pour disposer , comme il lui plaît, de la liberté humaine qui est son ouvrage. Soutenir même que dans tout autre monde, dans toute autre circonstance, malgré tous les ressorts d'une puissance infinie, la chute d'Adam était absolument inévitable, ce serait soutenir que cette chute était nécessaire , et que par conséquent elle n'a été ni libre, ni criminelle. Il est donc manifeste que Dieu a pu empêcher la chute d'Adam : or comment, étant la bonté par essence, a-t-il pu la permettre, dès qu'elle devait être funeste à sa postérité?

Votre difficulté a quelque chose d'éblouissant , mais elle n'est pas solide. Ce qui cause ici votre plus grand embarras , ce n'est pas la chute d'Adam en elle-même, ce sont les suites de cette chute. Vous pensez que Dieu,, sans déroger à sa bonté, aurait pu laisser tomber Adam dans la désobéissance , si ses enfants n'avaient pas dû être enveloppés dans son crime, et qu'ils ne fussent responsables que de leurs péchés personnels commis par leur propre volonté.

Je vous sais bon gré de respecter assez la raison pour ne pas condamner le précepte imposé au premier homme , ou pour ne pas imputer sa désobéissance au Créateur. Peuton, sans une vraie folie, dispenser l'homme de tout hommage à l'égard de son bienfaiteur? Ne serait-ce pas ou le confondre avec les brutes et le juger incapable, comme elles, de connaître et d'aimer l'Auteur dé son être, ou en faire une créature indépendante et ingrate par nature? Peut-on, sans une autre vraie folie, prétendre qu'Adam créé libre, et avec une grande facilité pour le bien, ne soit pas responsable de sa désobéissance ? Ne serait-ce pas ou le confondre encore avec les brutes, et le juger incapable de discernement et de choix, ou en faire une créature nécessairement malheureuse et injuste l

Tous convenez donc et qu'Adam e»t criminel, et que Dieu a pu permettre qu'il le devînt. Or cet aveu peut vous aider à sentir la faiblesse de votre difficulté au sujet des suites de son crime : car si cette difficulté était solide, elle devrait l'être également, par rapport à Adam seul , quand il n'aurait point dû avoir de postérité : parce qu'un seul homme est, par rapport à Dieu, comme un nombre infini d'hommes ; et un nombre infini , comme un seul homme. Par conséquent, si le péché était un mal que la bonté de Dieu ne pût pas permettre dans Adam, à cause du malheur qu'il devait causer à sa postérité, elle ne pouvait pas le permettre à cause d'Adam seul. Par conséquent, si Dieu, sans déroger à sa bonté, a nu permettre la chute d'Adam, il n'a pas dû l'empêchec à cause des enfants qui devaient naître infectés de son crime. 11 faut s'en tenir à l'idéo simple do la bonté de Dieu, quo nous avons développée (paît i, p. 000; , et que nous rappellerons encore dans la suite. La bonté infinie est indépendante de la

chute d'Adam et de nos propres chutes. Elle est également infinie dans quelque mesuro qu'elle se communique aux créatures.

Au reste, H n'y a que la révélation qui puisse aplanir toutes ces difficultés. Elle nous apprend que nous sommes déréglés et corrompus : c'est ce que font sentir le bon sens, l'expérience, l'exemple de tous les hommes, qui se trouvent corrompus en naissant, et poriés au mal avant que de se connaître. La révélation et la raison s'unissent encore, pour nous apprendre que le péché ne vient pas de Dieu, qui fait tout bien. Donc l'homme s'est corrompu par sa faute : la conséquence est évidente. Mais comment cela s'est-il fait? C'est ce qui nous serait inconnu sans la révélation. Moïse nous enseigne que nos premiers parents ont désobéi à Dieu, et que par la rébellion de leurs pensées et de leurs cœurs, les organes mêmes de leurs corps ont été déréglés : tout se suit ; le dérèglement de leurs organes passe avec la matière, jusqu'à leurs descendants, et leur péché se perpétue par une triste fécondité. Multipliez tant qu'il vous plaira les objections, elles n'affaibliront pas la vérité d'un fait que je tiens de Moïse, et qui est le dénoûment de bien plus grandes difficultés que toutes vos objections. Le péché originel est un mystère incompréhensible, mais sans lequel je serais encore plus incompréhensible à moi-même.

Article IV. — Promesse d'un Libérateur.

I. Je me connaissais plein d'orgueil, de concupiscence, de faiblesse, de misère, d'injustice. Moïse vientde m'apprendre de quelle manière je suis tombé dans un si profond abîme. Je désire d'en sortir. A quoi se termineront mes désirs impuissants ? Que ferai-je pour me rapprocher de Dieu? Si je m'efforce de faire un pas vers lui, je risque de faire de nouvelles chutes : puis-je me croire encore digne de ses faveurs, sans l'irriter j>ar mon orgueil? Si je demeure accablé sous le sentiment de mon indignité , et que je m'en éloigne, où irai-je? Qu'est-ce que l'homme sans son Dieu 1 Ne me reste-t-il donc que la plus monstrueuse de toutes les ressources, qui est le désespoir? Ouvrons les yeux, mon cher Eusèbe ; admirons une miséricorde sans bornes. Dieu nous montre notre délivrance future, dès le jour même de notre perle. Remontons encore une fois à ce jour ; apprenons quelle fut la cause do notre malheur, pour découvrir celle de notre bonheur.

H. Il faut supposer que Dieu avait fait, au commencement, des esprits purs et séparés de toute matière. Lui qui ne fait rien que de bon, les avait créés dans sa sainteté. Mais tout ce qui est tiré du néant est défectueux. Une partie de ces esprits se laissa séduire à l'amour de l'indépendance. Malheur a la créature qui se plaît en elle-même , et non pas en Dieul Ces esprits lumineux devinrent esprits de ténèbres : ils n'eurent plus de lumières qui ne se tournassent en ruses. Une maligne envie prit en eux la

place de la charité ; leur grandeur naturelle ne fut plus qu'orgueil; leur félicité fut changée en la triste consolation de se faire des compagnons dans leur misère, et leurs exercices de louer et glorifier Dieu au misérable emploi de tenter les hommes. Un do ces esprits se sert du serpent comme d'un organe, pour entraîner Eve dans sa rébellion ; il la séduit, elle mange du fruit qui lui était défendu. Adam se rend l'imitateur du crime de sa femme, et tous les deux auraient été enveloppés avec tous leurs descendants dans la perte éternelle du tentateur, sans une miséricorde infinie.

III. Sous la figure du serpent, dont le rampement tortueux était une vive image des dangereuses insinuations et des détours fallacieux de l'esprit séducteur, Dieu fait voir à Eve son ennemi vaincu, et lui montre une semence bénie, par laquelle son vainqueur doit avoir la tête écrasée ; c'est-àdire doit voir son orgueil dompté, et son empire abattu par toute la terre. Je mettrai, dit Dieu en parlant au serpent, une inimitié entre toi et la femme, entre la semence et la sienne. Celui qui naîtra d'elle te brisera la tête ; et toi, tu lui briseras le talon. (Gèn. m, 15.) Ce Médiateur qui nous est promis, doit faire notre paix, et changer en bénédiction l'anathème qui nous avait frappés pour toujours. Nous pouvons retourner à Dieu. Notre culte peut lui être agréable.

IV. Je ne concevais pas comment l'homme corrompu subsistait encore, puisqu'il ne se portait qu'à déshonorer la Divinité. La promesse d'un Libérateur éclaire mes ténèbres. La Divinité aura des adorateurs. Moïse me montre une suite non interrompue de justes, depuis le commencement du monde jusqu'au déluge, un Abel, un Seth, un Enoch , des enfants de Dieu différents des enfants des hommes.

Le besoin que l'homme a du Sauveur, devient tous les jours plus sensible. Le genre humain marche dans ses voies; ses inclinations se corrompent ; les débordements vont à l'excès ; l'iniquité couvre la face de la terre. Dieu appelle les eaux pour le venger de tant de crimes. La terre ne serait plus qu'une immense solitude sans le saint homme Noé : Dieu le soustrait à sa justice, pnree qu'-il ne s'est point livré aux désordres. Ce juste conserve soigneusement les vérités révélées au premier homme , la croyance d'un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre , le culte qui lui est dû , et la promesse du Libérateur. 11 confie ce précieux dépôt à sa famille. Qui aurait jamais pensé que des vertus si importantes et si conformes à la raison, pussent être obscurcies et oubliées? Cependant à peine quelques siècles se sont écoulés , le sens humain abruti ne s'élève plus aux choses spirituelles. les hommes ne veulent plus adorer que ce qu'ils voient. L'idolâtrie se répand par tout l'univers. Un si grand mal infectera-t-il tout? éteindra-t-il la connaissance du Créateur? Non. La promesse d'un Sauveur ne oeut êlra

anéantie. Le monde subsistera. Dieu y sera connu 11 aura des adorateurs. .

Ce grand Dieu appelle Abraham ; il choisit sa famille pour y établir son culte et l'ancienne croyance ; il le prend sous sa protection; il en exige la circoncision comme une marque qu'il lui appartient. Telle est la véritable origine de celte pratique: il ne faut point lui en chercher une autre. Aussi la circoncision a-t-elle été toujours particulière à la famille d'Abraham, et aux peuples associés à sa famille dans la suite des siècles. Si Hérodote l'a trouvée de son temps en usage dans quelque partie de l'Egypte, et parmi quelque autre nation, c'est que du temps d'Hérodote, et longtemps avant lui , il y avait des descendants d'Abraham, par Jacob, par Esaii, par Ismaël, par les enfants de Céthura, comme il en est encore de nos jours, dispersés et répandus en Egypte et en d'autres parties de la terre. Mais 1 insigne faveur dont Dieu honore Abraham, est la grande promesse qu'il lui renouvelle, de bénir tous les peuples dans celui qui sortira de lui {Gen. xxn, 18), c'est-à-dire de les rappeler tous, par le Sauveur, à sa connaissance, où se trouve la véritable bénédiction. La même promesse est faite à Isaac, à Jacob (Gen. xxvr), et par un privilège singulier, elle est spécialement attachée à Juda.

V. Dieu n'avait encore rien donné par écrit qui pût servir de règle aux hommes. 11 ne voulût point abandonner plus longtemps à leur seule mémoire le mystère de la religion. Il était temps de donner de plus fortes barrières à l'idolâtrie qui inondait tout le genre humain, et achevait d'y éteindre les restes de la lumière naturelle. L'ignorance et l'aveuglement s'étaient prodigieusement accrus depuis Abraham. « Tout était dieu, excepté Dieu même ; et le monde que Dieu avait fait pour manifester sa puissance, semblait être devenu un temple d'idoles, h (Bossuet, Disc, sur ïhist. univers.) Dieu appelle Moïse , l'établit son interprète et son secrétaire, et lui donne la puissance des miracles. J'ignore quel est l'article qui vous frappe plus sensiblement, dans la révélation faite à Moïse; je ne puis presque douter que ce ne soit la promesse d'un Libérateur. Qu'elle est consolante, cette promesse 1 Qu'elle rend Dieu aimable 1 Ne la perdons plus de vue, et voyons si Moïse dans la dernière preuve do la divinité de sa mission, qui a pour objet ses prophéties, n'est point chargé de renouveler cette promesse.

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