‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 33 sur 163 · CHAPITRE If · texte numérisé non relu

CHAPITRE If

Vérités essentielles enseignées pur Moïse. — Idée de Dieu, devoirs de l'homme, création, chute de l'homme, promesse d'un libérateur.

Article I. — Idée de Dieu , devoirs de l'homme. 1. Qu'est-ce que Dieu? Moïse répond qu'il est l'Etre éternel, infini, un, simple, souverainement parfait, tout-puissant, saint, heureux, sage, bon, juste, indépendant, qui a tout créé, qui connaît tout, qui fait tout. L'esprit acquiesce naturellement à cette idée; le cœur môme est d'accord avec l'esprit : on sent que Dieu, s'il existe, doit être tel que Moïse le dépeint : on sent une secrète disposition à s'affliger. s'il n'existait pas. Cette idée est empreinte dans notre âme : mais, sans Moïse, serions-nous rentrés en nousmêmes pour la contempler?

Si, avec les peuples de tous les temps et de tous les pays, nous reconnaissions Ja nécessité et l'existence d'un premier Etre, nous nous égarerions dans nos vains raisonnements sur la nature, comme ont fait, durant tant de siècles, les [dus grands génies du paganisme, les Thaïes, les Anaximandre, les Anaxagore, les Pythagore, tes Xénonhane, les Einpédocle, les Démocrite, les Platon, les Aristote, les Zenon, et tous les autres philosophes livrés aux faibles efforts de la raison. Comme eux, maîtrisés par une imagination impérieuse, pleins des préjugés de l'enfance, entêtés des principes d'une éducation grossière, tyrannisés par nos passions, entraînés par l'exemple, nous transporterions l'idée confuse de la divinité ou aux éléments, ou aux astres, ou à la matière, ou à une certaine âme du monde, ou à des idoles encore plus méprisables. Qui a donc tiré Moïse de celte enfance où languissaient les génies les plus subtils, les plus pénétrants, les plus profonds? Qui lui a inspiré une idée si grande et si noble? N'estil pas évident que la divinité elle-même s'est fait connaître à lui pour le bien de l'homme?

II. La connaissance de Dieu, sans la connaissance d'un culte légitime, et de ce que nous devons à la société, ne servirait qu'à faire des ingrats et des coupables. Quel maître entendrons-nous sur ce sujet? Sera-ce les philosophes du paganisme ? Ces prétendus sages se sont formé une idée trop grossière de la Divinité, pour en avoir une juste du culte qui est dû à sa Majesté suprême. Ils ne savent ce que c'est que le véritable bien de^ l'homme. L'école épicurienne n'en connaît point d'autre que la volupté, c'est-à-dire, selon Cicéron, (Tuscul. qnœsl., lib. m, n. 40, k"i), les plaisirs du goût, les plaisirs de la chair, la vue des objets qui flattent agréablement les yeux, les divertissements, la musiaue. L'école stoïcienne prend le moyen pour la iiu, le chemin pour le terme, eu plaçant le bonheur du sage dans la vertu. L'écolo péripatéticienne s éloigne encore plus du vrii, en ajoutant à la vertu des biens qui lui sont inférieurs, tels que la santé, les richesses, la réputation. Sortons de ces écoles ignorantes. Il faut (pie nous trouvions notre

bonheur dans notre devoir. Moïse va nous montrer en quoi

. en quoi consiste l'un et l'autre.

Tout est renfermé dans son décalogue. Par le [dernier commandement, les idoles sont renversées p;ir terre; les fausses religions sont confondues; à Dieu seul principe et iiu de toutes choses, est réservée i'adoralion. Et quelle est celte adoration digne de l'Etre infini, et capable de nous rendre heureux?

III. Ecoulez, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul et unique Seigneur. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces. (D:ut. vi, k, 5; xi, 1, 13.) Le culte suprême est donc l'amour; et Dieu n'est point aimé comme Dieu, et comme il doit l'être pour nous rendre heureux, s'il n'est aimé de toute l'étendue du cœur. Car d'un côté, comment adorerions-nous notre Dieu, sans nous assujettira lui? Comment nous assujettirions-nous à lui, sans lui assujettir notre cœur? Or, le cœur n'est assujetti que par l'amour. Comment le lui assujettirions-nous par amour, comme a notre Souverain, si nous ne le lui assujettissions pas tout entier? Or, il n'y a qu'un amour plein et universel qui l'assujettit ainsi. Ce qui est réservé est indépendant; et tout ce qui est indépendant n'adore point. D'un autre côté, si, en aimant des biens fragiles, bornés, disproportionnés à l'étendue de nos cœurs, incapables d'en remplir les immenses désirs, nous ne pouvons qu'être malheureux; comment pourrions-nous n'être pas heureux en aimant de tout notre cœur la source et la plénitude de tout bien, le bien solide, permanent, infini? Ce premier commandement est d'une évidence palpable. Cependant quelle autre religion que celle de Moïse a dit aux hommes d'aimer Dieu?

IV. Les préceptes qui suivent n'ont besoin que d'être publiés pour être reconnus justes. La suprême vérité ne doit jamais être prise à témoin par le mensonge, ni appelée en témoignage pour les choses frivoles. Il est juste qu'il y ait une partie du temps destinée au culte de Dieu, et qu'il ne soit pas employé tout entier aux besoins de la vie, sans quoi les hommes tomberaient dans l'oubli du Créateur. La règle de ne point faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas souiffir, est le fondement de la société; et tous les commandements qui regardent le prochain n'en sont que l'application. Le dernier, en interdisant tous les désirs par rapport aux biens temporels qui ne nous appartiennent pas, de quelque espèce que soient ces biens, suffirait seul, s'il était bien observé. Une société fidèle au décalogue serait parfaite. C'est donc ici visiblement l'Auteur de l'homme, qui retrace dans son esprit la loi naturelle obscurcie par les passions. Les lumières que Moïse nous donne sur la Divinité et sur nos devoirs rendent sa mission indubitable. Ses leçons sur l'origine du monde mettront le sceau à notre conviction.

Article II. — De la création.

Page 1