CHAPITRE VII
LES APÔTRES SONT INFINIMENT CROYABLES SFJR LA RÉ- SURRECTION ET L'ASCENSION DEJÉSUS-CIIIIIST.
C'est une conséquence nécessaire des propositions démontrées. — La contradiction des Juifs, bien loin d'affaiblir la force du témoignage des apôtres, n'est capable que de raffermir. — Leur aveu n'ajouterait rien à ce témoignage. — Caractères que la raison peut exiger des témoins de deux faits uussi surprenants réunis dans les apôtres.
Article I. — La créance que méritent les apôtres tur la résurrection et l'ascension de Jésus-Christ, est une suite nécessaire de leur sincérité démontrée.— La contradiction des Juifs ne peut qu'affermir la force du témoignage des apôtres. — L'aveu des Juifs n'ajouterait rien à ce témoignage.
I. Il est clair, mon cher Eusèbe, que les apôtres méritent d'être crus sur la résurrection et l'ascension de Jésus-Christ. Ost une conséquence nécessaire des propositions démontrées : car pourriez-vous, sans abuser de votre raison, ne pas croire des témoins que vous ne pouvez accuser ni d'avoir été
trompés, ni d'avoir eudessein de tromper; et que vous savez n'avoir pu tromper sur les miracles qu'ils attribuent à Jésus-Christ, qu'ils s'attribuent à eux-mêmes, et qu'ils attribuent aux premiers fidèles? Jésus-Christ a fait des miracles, le fait est démontré, et il a dit qu'il ressusciterait après sa mort ; donc il est ressuscité. Rien ne peut le" retenir dans le tombeau : il a rendu la vie aux morts; il peut la recouvrer. Les apôtres ont opéré des miracles au nom de Jésus-Christ ressuscité et monté au ciel, cela est démontré ; donc Jésus-Christ a triomphé de la mort : car au nom du néant, la nature ne -pourrait être qu'immobile. Les Juifs et les païens, en croyant à la résurrection de Jésus-Christ, ont reçu le don des miracles : donc Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu. Rien n'est capable d'obscurcir une si grande vérité.
II. En vain les Juifs, ennemis de Jésus.- Chrisl, disent quo les apôtres ont enlevé le corps de leur Maître, et qu'ils ont ensuite publié qu'il était ressuscité. Demandons aux Juifs qui a donné aux apôtres la puissance de faire des miracles, et de communiquer la même puissance à leurs disciples. Il faut que vous soyez des menteurs et des calomniateurs, ou que les apôtres soient des fourbes et des imposteurs. Qui peut hésiler à prendre parti 1 La vérité est clairement du côté des apôtres ; les miracles décident en leur faveur.
III. Quelle preuve alléguez-vous du crime que vous imputez à ces hommes si dignes de foi? Le rapport des gardes que vous aviez placés au sépulcre de Jésus-Christ? Les princes des prêtres et les pharisiens s étant assemblés, dit saint Matthieu, vinrent trouver Pilate, et lui dirent:Seigncur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu'il était encore en vie: Je ressusciterai trois jours après ma mort. Commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour ; de peur que ses disciples ne viennent dérober son corps, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts; et ainsi la dernière erreur serait pire que la première. Pilate répondit : Vous avez des gardes : allez, faites-le garder comme vous l'entendrez. Ils s'en allèrent donc, et pour s'assurer du sépulcre, ils en scellèrent la pierre, et y mirent des gardes. (Marc, xvn, 62 seq.) Quelques-uns de ces gardes, continue saint Mathieu, vinrent à la ville et rapportèrent tout ce qui s'était passé, au sépulcre sur la résurrection de Jésus- Christ, aux princes des prêtres, qui s'élanl assemblés avec les sénateurs, et ayant délibère ensemble, donnèrent une grande somme d'argent aux soldats, en leur disant: Dites que les disciples sont venus la nuit, et ont dérobé son corps pendant que vous dormiez. Et si le gouverneur vient à le savoir, nous l'apaiserons, et nous vous mettrons en sûreté. Les soldats ayant reçu cet argent, firent ce quon leur , avait dit : et ce bruit qu'ils répandirent dure encore aujourd'hui parmi les Jdifs. (Mat th. xxvm, 11 seq.)
C'est donc là que se réduisent toute- •
preuves contrôles apôtres; mais ces preuves sont-elles sérieuses? la déposition île gens endormis est-elle recevable? Pourquoi ne vous ont-ils point appris ce que les disciples de Jésus-Christ ont fait de son corps, où ils l'ont porté, où ils l'ont caché? Vos gardes, ensevelis dans un sommeil profond, auraient bien pu rêver toutes ces circonstances curieuses. Mais est-il vraisemblable que ces gardes dormaient? A-t-on pu faire tous les mouvements nécessaires pour renverser une grosse pierre, dont le sépulcre était fermé, sans les réveiller? Il est plus que vraisemblable qu'ils veillaient, et par conséquent que ce sont des menteurs indignes de toute créance. 11 est donc évident que le rapport de ces gardes ne peut donner la plus légère atteinte au témoignage des apôtres.
IV. Il semble même qu'il fournit une présomption bien grande de la résurrection de Jésus-Christ : car ces gardes abandonnent le sépulcre avant la fin du troisième jour après la mort de Jésus-Christ. Donc il n'est plus dans le sépulcre. Les gardes ne se plaignent point d'avoir été forcés dans leur poste ; et il paraît certain qu'on n'a pu enlever le corps de Jéius-Christ à leur insu. Donc Jésus- Christ est sorti du tombeau par lui-même. Ainsi le procédé de ces gardes, ce qu'ils disent et ce qu'ils ne disent pas combinés ensemble fortifient le témoignage des apôtres.
11 me semble qu'on en peut dire autant du procédé des princes des prêtres et des sénateurs. S'il était vrai qu'ils n'eussent pas acheté la déposition qu'ils affectent de publier, ne feraient-ils pas punir ces gardes comme ils le méritent? Est-ce une faute légère pour des soldats de se laisser enlever un dépôt qui leur est confié? est-ce une excuse légitime d'alléguer que l'enlèvement a été fait pendant qu'ils dormaient? leur premier devoir n'était-il pas de veiller? Les chefs de la Synagogue ne peuvent pas répondre que l'enlèvement en question leur paraît être trop peu important pour mériter qu'ils sévissent selon la rigueur des lois contre la négligence de leurs gardes. Il n'y a que trois jours que cette alfaire leur paraissait être de la dernière conséquence : c'est ce qui les avait engagés à solliciter avec tant d'empressement une garde auprès du gouverneur, et à prendre tant de précautions. Ils craignaient que les disciples du séducteur, qu'ils avaient fait mourir, ne vinssent dérober son corps, et ne répandissent parmi le peuple qu'il était ressuscité, comme il l'avait prédit lui-même : Cette dernière erreur, selon eux, serait pire que la première.
Ils craignaient effectivement cette erreur, direz-vous : mais ils cessèrent de la craindre en voyant que les disciples de Jésus-Christ gardaient un profond silence. Ils pensèrent que ces disciples, par un reste d'attachement à leur maître, avaient bien pu profiter du sommeil des gardes pour enlever son corps; mais qu'ensuite, consternés et abattus, ils s'étaient dissipés; qu'il était inutile conséquerainent do faire un nouvel éclat.
Je le veux : mais quand, cinquante jours
après cet événement, ils voient ces mêmes disciples prêcher hautement au milieu de Jérusalem, la résurrection de leur maître, comment leur zèle ne se réveille-t-il pas contre les gardes endormis? S'ils ont leurs raisons pour ménager leurs gardes, en ontils pour ne pas informer contre les ravisseurs du corps de Jésus-Christ, ces hommes audacieux qui ont brisé leurs sceaux, qui se sont joués de toutes leurs précautions, qui font actuellement usage de leur larcin et de leurs sacrilèges manœuvres pour séduire le peuple? Pourquoi ne pas faire le procès dans les formes à ces impies? Qu'est-ce qui peut encore suspendre la justice, le zèle, la religion des pontifes et des magistrats? Est-ce la crainte de quelque sédition ? Il ne s'agit que d'une douzaine de pauvres Galiléens, sans crédit et sans défense. On fait arrêter ces Galiléens, on leur défend de parler, on les menace, on leur fait donner quelques coups de fouet. Est-ce là un remède proportionné au mal? L'audace, l'impiété, l'imposture de ces Galiléens est digne du dernier supplice.
Que résulte-t-il d'une conduite si lâche et si molle? Il faut se boucher les yeux pour n'y pas voir une preuve de la résurrection de Jésus-Christ. Si les chefs de la Synagogue ne sévissent pas contre les gardes, c est qu'ils ne peuvent le faire sans mettre ces gardes dans la nécessité de rendre témoignage à la résurrection de Jésus-Christ.
S'ils n'informent pas régulièrement contre le prétendu crime des disciples de Jésus- Christ, qu'ils accusent d'avoir dérobé le corps de leur maître, c'est que convaincus de l'innocence de ces disciples par le rapport de leurs gardes, ils sentent qu'une information régulière ne servirait qu'à constater la résurrection de Jésus-Christ. S'ils n'en viennent pas d'abord aux dernières extrémités contre ces mêmes disciples, c'est que leur haine est d'abord pour ainsi dire embarrassée, déconcertée, étourdie par le courage et par la sagesse de ces disciples , par les miracles éclatants qu'ils opèrent au nom de Jésus- Christ ressuscité, par le grand nombre de Juifs qui acquiescent à leur témoignage.
V. Cela est vrai, direz-vous; mais ne serait-il pas à désirer que Jésus-Christ fût sorti du tombeau et monté au ciel à la vue de. tous les habitants de Jérusalem, ou du moins que dans l'intervalle de sa résurrection et de son ascension il se fût montré, comme durant s*a vie, dans toute la Judée?
Je vous avoue ingénument, mon cher p]usèbe, que je n'entrevois pas de quelle utilité seraient ces apparitions pour augmenter la certitude que donne la force du témoignage des apôtres. Peut-être même n'auraient-elles servi, ces apparitions, qu'à répandre des ténèbres sur Jésus-Christ. Les uns auraient dit qu'il n'était pas mort ; les autres que ce n'était qu'une vision, un vain fantôme, un esprit revêtu de l'apparence d'un corps. De combien d'autres pitoyables défaites n'étaient pas capables les Juifs plutôt que de se rendre à l'évidence? Jugez-en
par la résistance opiniâtre du corps de la nation aux effets si clairs et si manifestes de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres; mais quand tous eussent vu Jésus-Christ ressuscité et montant au ciel, et qu'ils eussent laissé par écrit leur témoignage, vous seriez maître d'y acquiescer : pour moi, je ne croirai, sur des faits si suprenants, que des témoins du caractère que je vais tracer.
Article II. — Caractères que la raison peut exiger dans les témoins de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ, réunis dans les apôtres.
I. Je voudrais des témoins qui eussent approché de Jésus-Christ ressuscité, qui l'eussent touché, qui se fussent assurés de la vérité de ses plaies en y portant le doigt et la main, qui eussent mangé avec lui, qui lui eussent embrassé les genoux, qui l'eussent entendu parler sur les anciennes prophéties et en eussent reçu de lui l'intelligence. J'en voudrais qui , avant même que de faire toutes ces différentes épreuves, eussent été d'une ignorance qui ne comprît rien dans les prédictions les plus claires, et d'une défiance qui approchât de l'incrédulité, qui ne comptât plus sur les promesses de Jésus- Christ, qui regardât comme des fables les premières nouvelles de la résurrection, quelque sérieuses et solides qu'elles fussent, et qui ne se rendît qu'accablée par l'évidence, c'est-à-dire par des preuves sensibles, variées et assidues.
J'en voudrais dont je ne pusse soupçonner la sincérité sur aucun autre point de leur histoire; qui n'eussent aucun intérêt de m'annoncer des faits de cette importance, mais qui eussent tout intérêt de les nier, soit par la religion qu'ils professaient, soit par l'amitié qui les liait à leur patrie, soit par les préjugés de l'enfance et de l'éduca- * tion ; qui citassent un grand nombre d'autres témoins vivants en qui le secret fût impossible et opposé à tous les sentiments naturels; qui tissent profession ouverte de la vertu ; qui n'eussent d'espérance que pour l'autre vie; qui attaquassent le vice et le mensonge jusque dans ses derniers retranchements.
J'en voudrais qui eussent été ennemis déclarés de Jésus-Christ, persécuteurs cruels de ses sectateurs. J'en voudrais qui eussent reçu de Jésus-Christ montant au ciel des promesses extraordinaires pour ceux qui croiraient en lui; qui, au nom de Jésus- Christ ressuscité et monté au ciel, opérassent toutes sortes de miracles, et qui communiquassent le même pouvoir à leurs disciples. J'en voudrais enlin qui attestassent les mêmes faits devant les plus redoutables tribunaux, sans se laisser vaincre ni par les menaces, ni par les supplices, ni par la mort. Tous ces caractères se réunissent dans les apôtres.
II. Jésus-Christ, pendant sa vie, les ava t entretenus plusieurs fois dosa passion; il leur avait dit souvent qu'il fallait qu'il mourût etqu'il ressuscitât. Ses disciples n'avaient jamais rien compris à un discours aussi clair,
ou s'ils l'avaient compris, il est certain que la- mort de Jésus-Christ et le scandale de sa croix effacèrent toutes leurs idées et firent évanouir le peu d'espérance qu'ils pouvaient en avoir eue. Ils ne savaient pas, dit saint Jean en parlant d'eux et de lui-même, ce que l'Ecriture enseigne, qu'il fallait qu'il ressuscitât d'entre les morts. (Joan. xx, 9.)
Marie-Madeleine et d'autres femmes n'ont aucune lumière sur ce qui doit suivre la mort de leur maître; elles ont oublié, ce qui est présent à la mémoire de ses ennemis, qu'il a promis de ressusciter dans trois jours ; elles s'attendent si peu à cette résurrection qu'elles partent le troisième jour, chargées de parfums et d'aromates, pour embaumer Je'sus. Elles arrivent. Le sépulcre se trouve ouvert. Le corps du Seigneur Jésus n'y est plus. Marie-Madeleine court, vient trouver Simon Pierre et cet autre disciple que Jésus aimait, et leur dit : Ils ont enlevé le Seigneur hors du sépulcre, et nous ne savons où ils l'ont mis. [Mat th. xxvm, 1 ; Marc, xvi, 1 ; Luc. xxiv, 1 ; Joan. xx, 2.)
Pierre et Jean courent au sépulcre. La pierre en est ôtée, les linceuls sont à terre, le suaire est plié, le corps de Jésus n'y est pas; il est donc ressuscité, la conséquence saute aux yeux : car si le corps avait été emporté, on n'aurait pas laissé les bandes qui l'enveloppaient; on n'aurait pas plié à part le linge qui couvrait sa tête. (Joan. xx, 3.) Cette conséquence palpable ne les frappe en aucune sorte; Pierre et Jean n'y pensent pas même, admirant ce qu'ils voyaient, c'està-dire, n'y comprenant rien, ils s'en retournent tranquillement chez eux. (Luc. xxiv, 56. )
III. Marie-Madeleine et les autres femmes, moins indifférentes à la perte du corps de Jésus-Christ, ne peuvent s'éloigner du tombeau. Elles sont enfin consolées. Deux anges se montrent A elles, et leurdisent de ne point chercher parmi les morts celui qui était vivant. (Joan. xx, 14. ) Jésus apparaît à Madeleine; il se présente aux autres femmes. Alors toutes reviennent du sépulcre. Elles font part aux onze apôtres et à tous les autres, de ce qu'elles ont vu, des discours que leur ont tenu les anges, de ceux même qu elles disent avoir entendus de Jésus-Christ. (Matth. xxvm, 1 seq. ) Les apôtres traitent ces récits de rêveries, d'imagination, de pares chimères :Et visa sunt ante illos sicut deliramentum verba ista, et non crediderunl illis. ( Luc. xxiv, 11. )
IV. Deux disciples, dont l'un s'appelait Cléophas, sont si peu touchés du rapport de ces femmes, qu'ils se séparent des autres pour retourner vraisemblablement à leur première profession n'ayant plus d'espérance de revoir Jésus-Christ. Ils sont déjà en chemin. Jésus se joint à eux; leur demande le sujet de leur entretien et de leur tristesse : Eles-vous soûl, lui répondit Cléophas, si étranger dans Jérusalem, que vous n'ayez point su ce qui s'y est passé ces joursci, touchant Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en parolet
devant Dieu et devant tout le peuple ; comment les princes des prêtres et nos xnagistrats l'ont livré pour être condamné à mort, et Vont crucifié. Pour nous nous espérions que ce serait lui qui rachèterait Israël, et néanmoins voilà déjà le troisième jour que ces choses se sont passées. Ils n'espéraient donc plus que ce Jésus rachèterait Israël. Leurs yeux s'ouvrirent enfin, et ils reconnurent Jésus. ( Luc. xxiv, 13 seq.) Aussitôt ils retournent à Jérusalem, ils trouvent les onze apôtres assemblés avec ceux qui demeuraient avec eux. Ils racontent ce qui leur est arrivé. Dans cette assemblée se trouvent encore des incrédules qui n'ajoutent pas plus de foi à leurs discours qu'à celui des femmes. Nec illis crediderunt. ( Marc, xvi, 13. )
V. Ce n'est qu'à des preuves multipliées, diversifiées, inculquées que les apôtres se rendent. Jésus se présenta au milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec vous ; c'est moi ; ne craignez point. Mais eux étant tout troublés et saisis de crainte, s'imaginaient voir un esprit. Jésus leur dit : Pourquoi vous troublez-vous, et pourquoi s'élève-t-il tant de pensées dans vos cœurs? Regardez mes mains et mes pieds ; et reconnaissez que c'est moimême : touchez et considérez qu'un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. Et il leur montra ses mains et ses pieds. Comme ils ne croyaient point encore, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? et ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti, et un rayon de miel. Il en mangea devant eux; et prenant les restes, il les leur donna, et leur dit : Ce que vous voyez est l'accomplissement de ce que je voxis avais dit lorsque j'étais encore avec vous, qu'il était nécessaire que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les Psaumes, fût accompli. En même temps il leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils entendissent les Ecritures. [Luc. xxiv, 36 seq.)
VI. Thomas, l'un des douze apôtres ne se trouve pas à cette entrevue consolante. Ses confrères l'assurent qu'ils ont vu Jésus- Christ. Il compte pour rien toutes leurs assurances; il déclare nettement qu'il ne veut se rapporter qu'à lui-môme et à sa propre expérience de tout ce qu'on lui dit ; qu'il voulait mettre lui-même son doigt dans les ouvertures des clous, et sa main dans celle du côté, dont les autres s'étaient contentés d'avoir la vue, que sans cela il ne croira point. Huit jours après, les disciples étant encore dans le même lieu et Thomas avec eux, Jisus vint, les portes fermées, et se tint au milieu d'eux, et leur dit : La paix soit avec vous. Il dit ensuite à Thomas : Portez ici votre doigt, et considérez mes mains ; approchez ici votre main, et la mettez dans mon côté, et ne soyez plus incrédule. (Joan. xx,2i seq.)
VII. J'omets les autres apparitions, sur le bord de la mer de Tibériade; sur une montagne de Galilée où Jésus-Christ se fit voir en une seule fois à plus de cinq cents frères assemblés; la dernière qui arriva au moment qu'il s'éleva au ciel, en leur présence. (Joan. xxi. !• Matth. xxvm, 16; I Cor. xv,
k. ) Les apôtres eurent le temps de s'assurer pleinement. Jésus-Christ leur en fournit tous les moyens par des manifestations réitérées, pendant quarante jours, soit en leur donnant des instructions sur des matières tout à fait nouvelles, soit en leur découvrant les mystères cachés dans les Ecritures, soit en leur manifestant le plan général de l'Eglise, qui devait commencer à Jérusalem, sans se séparer ouvertement de la Synagogue ; réunir ensuite dans son sein toutes les nations; et malgré les persécutions et les hérésies, demeurer invincible jusqu'à la fin des siècles. (Act. i, 3 seq. )
VIII. Quels témoins! En pouvons-nous souhaiter, mon cher Eusèbe, de moins disposés à croire larésurrection de Jésus-Christ, plus éloignés d'une puérile crédulité, plus sur leurs gardes contre l'illusion, plus attentifs, plus vigilants, plus déliants? A leur place aurions-nous pris autant de précautions contre la surprise? Ne nous croirionsnous pas coupables, si nous avions porté aussi loin la défiance et l'incrédulité. S'ils ont fait tout ce que nous aurions fait, s'ils ont plus fait que nous n'aurions fait, pour s'assurer de la résurrection de Jésus-Christ : pourquoi nous refuserions -nous à leur témoignage ? Nous ont-ils donné lieu desoupçonner leur bonne foi ? Leur sincérité et leur exactitude nous sont connues sur tous les autres points de l'histoire qu'ils ont écrite. Quel sujet avons-nous de nous défier d'eux dans celui-ci? Il est essentiel. Ils étaient plus intéressés que nous à ne pas s'y tromper.
IX. Frappés tous les jours du brillant spectacle des cérémonies augustes qui se pratiquent dans le temple, à l'honneur du Oieu qu'ils adorent; prévenus des idées fastueuses de la gloire et de l'antiquité de leur nation; nourris et élevés dans les sentiments* d'estime et d'attachement pour elle et pour ses pontifes; de mépris et de haine pour les gentils, ne doivent-ils pas avoir une opposition naturelle à croire et à faire croire, par tout l'univers, un fait dont la vérité entraînera la ruine du temple, de Jérusalem, de leur nation? Quel cruel plaisir peuventils trouver à faire passer ce qu'il ya de plus respectable parmi eux, leurs sénateurs, leurs docteurs, leurs prêtres, leurs pontifes, pour des meurtriers et des déicides? Ils sont Juifs pleins de zèle pour la loi, de vénération pour les Ecritures, de passion pour le Messie; car qui ne sait que l'espérance la plus profondément gravée dans le cœur d'un Juif, est celle du Messie? Comment donc se détermineraient-ils à transportera un faux Messie reconnu par eux-mêmes pour faux, la gloire du véritable, attendu par leur nation, et si longtemps promis par Jes prophètes?
X. Il est plus naturel que selon les préju» gés de leur enfance, ayant suivi Jésus-Christ pendant sa vie par des vues secrètes d'ambition; qu'ayant vu tous leurs grands projets terminés par une mort infâme, et ensevelis dans un honteux tombeau; qu'avant
perdu toutes les espérances de je ne sais quel royaume, de je ne sais quelle liberté dont ilsVétaient flattés : il est plus naturel que confus de s'être attachés à un fourbe, et d'en être si grossièrement les dupes ils allaient loin des hommes, ensevelir leur honte et leur confusion dans quelque antre obscur, ou qu'ils avouent de bonne foi leur erreur et leur simplicité, au lieu de publier un mensonge, qui les rendra la fable des Juifs, et l'objet de leur juste fureur.
XI. Mais si leur manie va jusqu'à concevoir le dessein de se rendre fameux par l'imposture la plus opposée à leur conscience, à leur religion, aux sentiments de la nature, à leurs préjugés: pourquoi citent-ils un si grand nombre de témoins vivants qui peuvent si aisément les démentir ? sont-ils assurés d'un secret impénétrable? sur quoi porte leur certitude ? S'ils sont de bronze et de fer, au-dessus de tous les sentiments de crainte, et même de ceux que la religion inspire , peuvent-ils compter sur tant de femmes qu'ils ont associées à leur secret, puisqu'elles répandent les premières la nouvelle de la résurrection? Peuvent-ils compter sur la fidélité de tant de fourbes, qui, en se mettant au-dessus de la religion et de la conscience, se sont affranchis de tous les engagements justes et injustes? La seule inconstance de l'esprit de l'homme et sa légèreté, sans autre cause, le trahissent et lui arrachent ce qu'il avait résolu de cacher.
Parmi tant de complices, ne s'en trouvet-il point qui soit agité par de salutaires remords, et qui écoute enfin son devoir? Que risquera-t-il en suivant sa conscience? il deviendra plus tranquille au dedans; il deviendra plus heureux selon les hommes à qui il cessera d'être odieux, et de qui il n'aura rien à craindre. Quand tous seraient insensibles à leur repos, n'y en aura-t-il point qui soit touché du malheur de ceux qu'il séduira par ses discours et par sa profonde dissimulation?
XII. Nous devons être honteux, mon cher Eusèbe, de nous occuper à éloigner le soupçon de mensonge de ces nommes, dont la vertu étonne l'univers. Depuis la descente du Saint-Esprit, sont-ce des hommes que les apôtres? il ne leur reste de l'humanité que ce qu'il en faut pour servir de voile au zèle juir et à la tendre charité dont ils sont embrasés. Humbles, doux, patients ils souffrent tout; braves ei courageux ils affrontent tous Jes dangers; intrépides, infatigables ils surmontent tous les obstacles, pour renverser les idoles, pour détruire les vices, pour répandre la connaissance de la vérité, pour former à l'Etre suprême de sincères adorateurs. Le centre de leurs désirs et de leurs mouvements, c'est la gloire du Créateur, c'est le salut des hommes. 11 semble qu'ils se croiraient souverainement malheureux, s'ils étaient seuls éternellement heureux. La vertu est-elle donc le caractère de l'imposture? Ceux-ci sont tellement ennemis du moindre artifice, qu'ils veulent qu'on reconnaisse les disciples de leur Maître, 5 leur
amour pour la simplicité etla candeur;qu'ils contiamnent les menteurs à un étang brûlant de feu; que leur parole tue les menteurs. ( / Petr. il, 1 ; Apoc. xxi, 8 ; Act. v, 1 seq. ) XIII. Nous souhaitons un témoin de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ pris d'entre ses ennemis déclarés, qui fût plein d'un zèle amer contre ses disciples, qui les eût persécutés; qui eût joint pour cela le crédit et l'autorité à la passion et à l'aveuglement; qui n'eût vu dans les Ecritures, dont il pensait avoir une parfaite intelligence, qu'un Messie glorieux et immortel ; qui n'eût que de l'horreur pour le scandale de la croix; et qui étant plein de sa propre justice, fût ennemi de celle qui vient de la foi ; que Jésus-Christ se fût montré à lui en plein jour, avec une lumière plus brillante que celle du soleil ; qu'il l'eût terrassé, aveuglé, et changé en disciple et en apôtre, avant qu'il pût se relever de terre ; que cet homme ainsi aveuglé, foudroyé, changé tout d'un coup en apôtre, dans le temps qu'il 'était teint et altéré du sang chrétien, fût instruit sans aucun maître de toute la doctrine de Jésus-Christ, de sa morale, de ses mystères, du détail de ses actions ; qu'il le vît dans les Ecritures où il ne l'avait jamais vu; qu'il fût en état de convaincre les Juifs les plus habiles; que son zèle infatigable embrassât la conquête de l'univers pour le soumettre à Jésus-Christ, et que le succès répondît à un si grand dessein; que cet homme eût laissé quelques ouvrages qui fussent un monument indubitable de la vivacité de sa foi, de son intime persuasion que Jésus-Christ est dans le ciel, et qu'il en doit venir juger les hommes; de sa ferme espérance en lui, de son attente pour son dernier avènement, de sa profonde connaissance des Ecritures, de son amour pour Jésus-Christ, de son respect pour sa croix et pour ses ignominies, de son désir de lui ressembler dans ses humiliations et dans ses souffrances. Souhaitons-nous un témoin de cette espèce singulière? Saint Paul vient s'offrir, comble nos souhaits et les surpasse. (Act. ix, 1 seq.; Galai.x, 13 seq. )
XIV. Nous exigeons encore des témoins de la résurrection et de l'ascension de Jésus- Christ, qu'ils aient reçu de lui des promesses extraordinaires, lorsqu'il monte au ciel. Voici celles que Jésus-Christ adresse aux apôtres : Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc par tout te monde, prêchez CEvangile à toute créature. Instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; ■et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai prescrites. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé ; mais celui qui ne croira point, sera condamné. Et voici les miracles que feront ceux qui auront cru : ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront de nouvelles langues; ils prendront les serpents avec lamain, et s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains sur les maladest
et les malodes seront guéris. Et assurez-vous que je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles. (Matth. xxvui, 18 seq. ; Marc, xvi, 15 seq.) Y eut-il jamais de promesses plus extraordinaires.
XV. L'exécution de ces promesses est-elle moins surprenante? Les témoins de la résurrection vont par tout le monde, prêchent l'Evangile à toute créature, parlent au nom de Jésus-Christ ressuscité et assis à la droite de Dieu, toutes sortes de langues, chassent les démons, guérissent les malades, ressuscitent les morts. Ceux qui les écoutent avec docilité, qui croient en Jésus-Christ monté au ciel, reçoivent le Saint-Esprit, parlent des langues inconnues, prophétisent, opèrent des prodiges.
XVI. Enfin les témoins de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ s'estiment heureux de souffrir pour son nom, et les travaux, et les tourments, et la mort. Je succombe sous le poids d'un tel témoignage.
XVII. Quiconque est capable de résister à dételles preuves, est impénétrable à la vérité. Mais chercher avec l'auteur des Pensées philosophiques, dans l'exemple de Romulus, à jeter des nuages sur ces preuves, c'est porter la haine delà vérité jusqu'à des excès d'absurdité qui la trahissent, et qui suffisent pour servir de réfutation.
Vous avez lu dans Tite-Live (I. i, n. 36) les divers sentiments des historiens sur la mort du fondateur de Rome : les uns le font disparaître de dessus la terre au milieu d'un orage horrible, accompagné de tonnerres et de vents impétueux; les autres le font périr au milieu du sénat, par les mains des sénateurs mécontents de n'avoir plus aucune part aux affaires. Quoi qu'il en soit, le peuple d'abord consterné de la perte de son roi, se rassura bientôt et se consola, en se laissant, persuader que Romulus ne les avait quittés, que pour aller prendre une place parmi les dieux. Proculus Julius distingué entre les patriciens, pour affermir cette croyance, soutint qu'1. ce nouveau dieu, descendu subitement du ciel, s'était présenté à lui, et l'avait chargé d'annoncer aux ttomains que la volonté des dieux était que la ville de Rome devînt la capitale de l'univers; qu'ainsi ils eussent soin de s'appliquer de tout leur pouvoir, à l'art militaire. On lui dressa des autels; on lui consacra des temples ; on fit un dieu de celui dont on ne pouvait plus supporter la tyrannie.
Je vous prie de me dire si vous apercevez quelque rapport avec cet événement, et la résurrection de Jésus Christ. La mort de Romulus est. sans doute, certaine, soit qu'il ait été frappé et réduit en poussière par la foudre; soit qu'il ait été massacré et mis en pièces par les sénateurs. Mais sur quelles preuves porte son enlèvement au ciel? où sont les témoins d'un tel fait? Proculus est le seul h qui le prétendu dieu a apparu.
Peut-on sérieusement comparer une apparition subite et momentanée à des apparitions f,aquentes, variées, mises à diverses épreuves? Peut-on comparer Proculus in-
téressé à feindre et 5 mentir pour décharger les sénateurs du crime dont on les soupçonnait, malgré les bruits qu'ils avaient affecté de répandre sur la divinité de leur chef; peut-on, dis-je, comparer un témoin si suspect è cinq cents témoins intéressés à tenir secrètes les apparitions de leur maître, quelque réelles qu'elles fussent, pour leur propre sûreté, et pour l'honneur de leur nation? Peut-on comparer Proculus, de concert avec le sénat, avançant un fait propre à lui concilier la bienveillance du peuple romain, aux disciples de Jésus-Christ publiant un fait odieux à leurs pontifes, à leurs magistrats, et propre à soulever contre eux le peuple juif?
Peut-on comparer Proculus répandant un mensonge dans le dessein d'entretenir et de fortifier la douce illusion, dont il voyait les Romains déjà prévenus, aux apôtres prêchant un fait contre lequel prévenus euxmêmes, ils voyaient la haine et la fureur des Juifs prêtes à éclater pour les écraser? Peut-on comparer un Proculus engagé à soutenir sa ficlion par les honneurs et par les applaudissements, c'est-à-dire par tout ce qui peut le plus flatter un cœur moins attaché à la religion qu'à la gloire, aux apôtres sollicités de taire la vérité par les menaces, par les prisons, par les traitements les plus indignes et les plus cruels, c'est-àdire par tout ce qui est le plus capable d'ébranler la constance d'un cœur moins attaché à la religion qu'à son repos et à sa tranquillité?
En un mot, peut-on comparer les apôtres souffrant tout, s'estimant heureux de tout souffrir pour le nom de Jé->us-Christ ressuscité, opérant par l'invocation de ce nom puissant toutes sortes de miracles, à Proculus loué, félicité, récompensé pour son mensonge, et dénué de toute autre preuve que de son effronterie? Proculus n'est à îles yeux sensés que ce que peut y paraître un Numerius Atlicus, assurant avec serment, pour plaire à l'impératrice Livie, qu'il avait vu monter dans le ciel l'âme d' (Dio Cass., i, 56.)
Mais, direz-vous, la prédiction attribuée à Romulus, doit - elle être comptée pour rien? Je ne vois dans cette feinte prédiction, que lafourbe d'un politique, qui, pour encourager un peuple guerrier à cultiver le plus funeste des arts, prend le ton de prophète. Etes-vous même assezsiraple pour croire que cette prédiction soit de Proculus, et antérieure à l'événement? On en trouve un grand nombre d'autres pareilles attribuées à d'anciens personnages, dans les écrivains de Rome païenne, soit historiens, soit poêles, surtout dans Horace et dans Virgile. Il faudrait être étrangement crédule pour se persuader que ces prédictions n'ont pas été faites après coup, et pour ne pas les regarder comme l'effet de la flatterie d'auteurs idolâtres de la grandeur romaine, qui cherchaient à faire leur cour à un peuple épris de la même fureur, surtout à l'empereur Auguste, devenu le maître du monde,
Auguste.
XVHI. Recevons avec joie, mon cher Eusèbe, delà maindesdisciplesde Jésus-Christ, l'histoire qu'ils nous présentent; lisons-la avec confiance. Jamais il n'y en a eu, jamais il n'y en aura de plus exacte ni de plus véritable. Elle est certainement d'eux; elle est dans sa pureté; ils n'écrivent que ce qu'ils ont vu, ou fait; ils sont sincères, incapables d'avoir été trompés, et d'avoir voulu tromper. Nous avions désiré avec ardeur une histoire fidèle de Jésus-Christ, que les gentils disent être le Messie annoncé par les prophètes, afin d'être en état de comparer les prophéties avec cette histoire. Nous la possédons
SECTION III