‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 60 sur 163 · DUC · texte numérisé non relu

DUC

un autre pour révéler les secrets de Dieu ; un nuire pour parler une langue inconnue : u>i antre pour l'interpréter. Que tout se fusse pour l'édification.

II. Il marque le rang et Tordre de ces dons. (/ Cor. xn , 28.) Dieu a établi dans son Eglise , premièrement des apôtres , secondement des prophètes, et troisièmement des docteurs , ensuite ceux qui ont la vertu de faire des miracles , puis ceux qui ont lagrdee de guérir les maladies , ceux qui ont le don d'assister les frères , ceux qui ont le don de gouverner, ceux qui ont le don des langues , et ceux qui ont le don de les interpréter. 11 n'y a pas de doute que les apôtres ne réunissent dans leurs personnes la plus grande partie de ces dons, et peut-être tous; pour les autres fidèles, il était plus ordinaire que chacun eût son don particulier. Tous sontils apôtres , continue saint Paul? (Ibid., 29, 30.) Tous sont-ils prophètes? tous sont-ils docteurs? tous font-ils des miracles? tous ont-ils la grâce de guérir les maladies ? tous parlent-ils plusieurs langues? tous ont-ils le don de les interpréter? Il finit ce chapitre par un don qu'il met bien au-dessus de ceux dont il vient de parler. Entre ces dons, leur dit-il (Ibid. , 31), ayez plus d'empressement pour les meilleurs. Mais je m'en vais vous montrer encore une voie beaucoup plus excellente. C'est la charité dont il décrit les propriétés et les avantages dans tout le chapitre suivant.

111. Plusieurs fidèles de l'Eglise de Corinlhe étaient plus touchés des dons extérieurs, surtout du don des langues. 11 y avait aussi un peu de confusion dans leurs assemblées, où ceux qui avaient le don de prophétie voulaient tous parler ; et ceux qui parlaient des langues étrangères et inconnues, dont ils ne pouvaient être eux-mêmes les interprèles, ni avoir dans le moment ceux qui leur en auraient servi, parlaient sans fruit pour ceux qui n'en avaient pas l'intelligence. Saint Paul leur donne des instructions admirables sur le prix et sur l'usage de ces dons, et pour établir dans leurs assemblées l'ordre et la paix qui régnaient dans les autres Eglises.

11 préfère le don de la prophétie à celui des langues; il en donne diverses raisons depuis le ^ 2 du xive chap. de sa 1" Epître jusqu'au 26. Je ne transcrirai que ce qu'il dit sur le don de prophétie, pour vous donner une idée de ce don. Si toute une Eglise, dit- il (/ Cor, xiv, 23, 24, 25), étant assemblée dans un lieu, tous parlent diverses langues, et que des ignorants ou des infidèles entrent, dans cette assemblée, ne diront-ils pas que vous êtes des insensés? Mais si tous prophétisent, et qu'un infidèle ou un ignorant entre dans votre assemblée, tous le convainquent, tous le jugent, et ainsi ce qu'il y a de plus caché dons son cœur est découvert : de sorte que se prosternant le visage contre terre, il adorera Dieu, vendant témoignage que Dieu est véritablement parmi vous. Vous voyez que le don de prophétie consistait non-seulement à prédire l'avenir, mais en-

core à connaître les choses les plus secrètes à découvrir ce qu'il y avait de plus caché dans le cœur, et à expliquer Jes mystères les plus profonds de la religion, comme il parait par le verset 26.

IV. Saint Paul établit ensuite des règlements touchant l'usage de ces dons. Il ordonne d'abord en général que tout se passe pour l'édification. (Ibid., 26.) A l'égard du don des langues, il prescrit (lbid.,1'i, 28) qu'il n'y en ait pas plus de deux ou trois qui parlent, et qu'ils parlent l'un après l'autre, et qu'il y ait quelqu'un qui interprète ce qu'ils auront dit. Que s'il n'y a point d'interprète ; que celui qui a ce don, se taise dans l église, qu'il ne parle qu'à soi-même et à Dieu. Pour ce qui est du don de prophétie, il ordonne (Ibid., 29, 30) qu'i/ n'y en ail point plus de deux ou trois qui parlent, et que les autres en jugent. Que s'il se fait quelque révélation à un autre de ceux qui sont assis dans l'assemblée; que le premier se taise. Il ajoute (Ibid., 33) : C'est ce que j'enseigne dans toutes les Eglises des saints.

V. Ces dernières paroles prouvent clairement que toutes les autres Eglises n'étaient pas moins enrichies de dons surnaturels et visiblement miraculeux, que l'Eglise de Corinthe; puisque saint Paul avait été obligé d'y faire les mêmes règlements. Lisez son Epître aux Calâtes. Pendant son absence, des Juifs à demi Chrétiens avaient tâché de persuader aux Galates qu'ils ne pouvaient se sauver, s'ils ne recevaient la circoncision. Saint Paul combat fortement cette erreur. Après beaucoup de solides réflexions, voici comme il leur parle (Galat. ni, 1 seq.) : 0 Galates insensés, qui vous a ensorcelés, pour vous rendre ainsi rebelles à la vérité : après que je vous ai fait voir Jésus Christ si vivement dépeint devant vous, et crucifié à vos yeux ? Je ne veux savoir de vous qu'une seule chose ; est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu le Saint-Esprit, ou par la foi que vous avez ouïe ? Etes-vous si insensés qu'après avoir commencé par l'esprit vous finissiez maintenant par la chair ? Sera-ce donc en vain que vous avez tant souffert? Je veux espérer que ce ne serapas en vain. Celui donc qui vous communique son esprit et qui fait des miracles parmi vous, le fait-il par les œuvres de la loi, ou par la foi qu'on vous a préchée ?

VI. Ici, mon cher Eusèbe, quelques faibles étincelles du sens commun suffisent pour sentir que saint Paul na pu en imposer ni aux Corinthiens, ni aux Calâtes. Pouvait-il leur faire accroire qu'ils faisaient des miracles, s'ils n'en faisaient point ? Comment persuader aux Corhïthiens oue plusieurs d'entre eux ont le don des langues, si personne ne parle que la grecque ? qu'il y,a parmi eux des prophètes, s'il n'y en a aucun ? Le Corinthien le plus grossier et le plus sérieux aurait-il pu s'empêcher de rire, en entendant la lecture des règleinentsfde saint Paul sur l'usage des dons inconnus ? Comment persuader aux Galates qu'ils ont reçu le Saint-Esprit et Je don des miracles,

s'ils ne savent ce que c'est que le Saint-Es-

r»rit et ses dons ? Sur un principe aussi faux es traiterait-on d'insensés, d'ensorcelés, de charnels? Les Corinthiens et les Galates auraient regardé saint Paul comme un rêveur, les épîtres d'un fourbe aussi extravagant comme dignes d'un souverain mépris, la religion chrétienne comme la production d'une imagination renversée.

Voici néanmoins un fait indubitable. Dès l'origine de l'Eglise, les Epîtres de saint Paul étaient lues avec 'respect et conservées avec religion. Les Eglises à qui elles sont adressées, se glorifiaient de les avoir reçues. Jamais saint Paul n'a été accusé de faux. Ses Epîtres ont été pour tous les Chrétiens, dans tous les temps, une source de lumières et de vérité. Tous les ont révérées comme un ouvrage divin, comme les épîtres d'un homme descendu du troisième ciel où il avait appris ce que c'est que la charité, et combien elle est au-dessus des dons miraculeux.

VII. Il est donc évident que ni les évangélistes, ni saint Luc, ni saint Paul, n'ont pu tromper dans l'histoire qu'ils ont laissée des miracles de Jésus-Christ. J'en conviens, direz-vous, parce que ces faits étant publics et notoires, il eût été trop facile d'en faire voir la fausseté : parce que le monde intéressé à découvrir l'imposture des apôtres, n'aurait pas manqué de le faire, si la chose eût été possible : parce qu'il ne l'a pas fait, et qu'au contraire les Juifs et les païens, en accusant de magie les premiers Chrétiens, ont reconnu qu'ils faisaient des choses manifestement au-dessus des forces de la nature : et de plus, parce que la religion chrétienne se trouvant établie, elle n'a pu l'être que par la force des prodiges. Mais ces preuves, ajouterez-vous, ne peuvent avoir lieu par rapport à la résurrection et à l'ascension de Jésus-Christ, qui n'ont eu pour témoins que ses disciples. Examinons donc la force du témoignage des apôtres sur ces articles.

Page 1