‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 63 sur 163 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Jésus-Christ est venu dans le temps marqué par Jacob, Daniel, Aggée. Malachie. — Subterfuge des Juifs.

I. Le saint patriarche Jacob prédit que la tribu de Juda subsistera et formera un corps de république gouverné par ses lois jusqu'à l'arrivée du Messie , l'attente des nations. [Gen. xlix, 10 seq.) L'ange apprend à Daniel que le Messie, la justice éternelle , paraîtra sur la terre avant le renversement de Jérusalem, rebâtie après le retour de la captivité, avant l'abolition des sacritices, avant une entière désolation.

Le Dieu des armées , par la bouche du prophète Aggée, assure Zorobabel, et Jésus grand sacrificateur, qu'il agitera toutes les nations, que le désiré des nations viendra, qu'il remplira de gloire le second temple par sa présence. (Aygœin, 8.) Le Messie promet la même chose dans Malachie. (m, 1 seq.)

II. La tribu de Juda subsiste ; Jérusalem et son temple sont célèbres au milieu des étonnantes révolutions des nations. La vaste monarchie des Perses, destructeurs de l'empire babylonien, est renversée par Alexandre. Les royaumes formés des débris de celte monarchie sont envahis par les Romains. La république romaine éprouve a son tour les plus violentes secousses par les guerres civiles qui l'ébranlent jusque dans ses fondements. Oclavien n'en devient le pacificateur qu'en l'asservissantà sa puissance. Sous le règne de cet empereur, Jésus-Christ naît à Bethléem. Peu de jours après qu'il est né, ce divin Enfant est porté a Jérusalem et présenté au Seigneur dans le temple. Il y est reçu par un saint vieillard et par une sainte prophétesse , qui chantent

sa grandeur et qui publient ses merveilles Combien de fois honorera-t-il de sa présence ce lieu auguste 1 combien de fois y fera-t-il éclater sa sagesse ! Dès l'âge dé douze ans, assis au milieu des docteurs , il ravit leur admiration par la profondeur de ses questions et de ses réponses. (Luc. n, 1 , 22, 46, 47.)

Ce ne fut qu'après la mort des empereurs Tibère, Caligula, Claude et Néron, que les Romains, conduits par Tite, ruinèrent Jérusalem, brûlèrent le temple; qu'un déluge de maux fondit sur la nation juive, et qu'elle fut dispersée par toute la terre comme la poudre que le vent emporte. Avant cet événement mémorable, toutes les nations avaient déjà été agitées ; elles avaient entendu le sonde l'Evangile; le nom de Jésus-Christ était connu dans tout l'empire romain ; il avait pénétré dans les régions les plus reculées. (Rom. x, 11.)

III. Le temps fixé par Jacob, Daniel, Aggée et Malachie, pour la venue du Messie, est donc visiblement celui où Jésus-Christ s'est montré aux hommes; en sorte que si Jésus-Christ n'est pas le Messie , ces prophètes ne peuvent passer que pour des visionnaires.

IV. La conséquence n'est pas juste, disent les Juifs de nos jours. Il est vrai que le Messie devait venir dans le temps que Jésus- Christ a paru sur la terre. Les prophéties sont expresses : elles paraissaient d'une telle évidence dans le siècle de Jésus - Christ , qu'il suffisait presque de se dire Je Messie ou d'être distingué paria puissance pour en recevoir le titre et se faire des sectateurs, comme il arriva à Hérode , et même à Vespasien. Ce qui trompa nos pères, c'est qu'ils ne comprirent pas que l'avènement du Messie était ditréré à cause de leurs péchés.

Vous sentez, mon cher Eusèbe, combien celte défaite est misérable. Dans quel endroit des Ecritures Dieu fait-il dépendre de la justice du peuple juif la venue du Messie? Quel prophète fait mention de cette condition ? La promesse n'est-elle pas absolue ? D'ailleurs, selon les prophètes, le renversement de la république des Juifs, du temple de Jérusalem doit suivre l'avènement du Messie : de tels malheurs ne fondront sans doute sur les Juifs qu'à cause de leurs crimes. Si la venue du Messie est donc différée a cause des crimes qui attireront ces malheurs, le Messie ne viendra jamais : car les crimes ont eu leur effet. Mais peut-on dire sérieusement que le Messie n'est pas venu à cause des crimes des Juifs ? Les prophètes ne le font venir que pour abolir les prévarications, pour mettre fin au péché , pour expier l'iniquité, pour se charger de nos maladies, pour porter nos douleurs, pour être perré de plaies à cause de nos iniquités, pour être brisé à cause de nos crimes, pour obtenir à la maison d'Israël et de Juda le nardon de leur iniquité, pour faire oublier leurs péchés, pour ôter du milieu d'elles leurs abominations, pour ôter de leur chair le coeur de pierre et pour leur .donner u«

coeur île chair, pour leur ouvrir une fontaine où soient lavées les souillures du pécheur. (Dan. ix , 24 ; Isa. lui, k, 5; Jerem. li, 22 ; Ezech. xi, 18, 19 ; Zach. xm, 1.)

Peut-on donc alléguer, pour cause de délai de l'avènement du Messie, ce qui do t être la principale cause de son avènement ? Le Messie est donc indépendant des mérites de l'homme : c'est le plus grand don de la souveraine miséricorde. Il faut être Juif pour regarder ce don inetfable comme le fruit de la justice humaine. Continuons donc de comparer les prophéties avec l'histoire de Jésus-Christ, et voyons si sa vie est la vie du Messie.

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