‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 64 sur 163 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

CONFORMITÉ DE LA VIE LE JÉSUS-CHRIST AVEC LA VIE DU MESSIE TRACÉE PAR LES PROPHÈTES.

Jésus-Christ naît à Bethléem , descend de David, a pour mère une Vierge. — Sun nom est celui de Sauveur, il est pauvre, il a un précurseur , il prêche l Evangile, il est Prophète, il opère des miracles, il entre à Jérusalem monté sur un ànon ; il établit une nouvelle alliance, il institue un sacrifice, il est le juste, il meurt et ressuscite comme le Messie doit mourir et ressusciter.

Article I. — Lieu de la naissance de Jésus-Christ, ses ancêtres , sa Mère.

I. Le prophète Michée (c. v) voit sortir de Bel h Fée m le Dominateur dont la génération est dès le commencement. C'est de ce lieu là même que sort Jésus-Christ. Ecoulons ses historiens. A l'occasion d'un édit de César- Auguste qui ordonne un dénombrement des sujets de son empire, Joseph et Marie partent de Nazareth et viennent en Judée, à la ville de David appelée Bethléem. Dans ce lieu, le temps auquel Marie devait accoucher s'accomplit : elle enfante son Fils premier-né, et le couche dans une crèche. (Luc. h, 1 seq.) Aussitôt des mages, avertis par une étoile miraculeuse, arrivent d'Orient à Jérusalem. Ils demandent où est le Roi des Juifs nouvellement né. Les princes des prêtres et les scribes , assemblés et consultés par Hérode , répondent que Bethléem est le lieu où doit naître le Christ. Sur cette réponse les mages se rendent à Bethléem, entrent dans la maison sur laquelle s'arrête l'étoile, trouvent l'Enfant Jésus avec Marie sa Mère, l'adorent, puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. (Matth. h, 1 seq.)

11. Isaïe (xi, 1 seq.) voit le Messie sortant de Jessé comme un rejeton d'un tronc coupé, et comme une fleur de sa racine. Je lis la généalogie dfe? Jésus-Christ dans saint Matthieu (i, 1 seq.) et dans saint Luc (ni, 23 seq.) : tous les rois de Juda y entrent. Le Fils de Marie remonte, par une succession non interrompue, jusqu'à Jessé; mais il n'en naît que comme le rejeton d'un tronc coupé. Le sceptre n'est plus dans la maison de David ; elle est tombée dans l'obscurité. Joseph et Marie sont pauvres et méconnus. Le sang de David et de tant de rois, qui coule dans leurs veines, ne les distingue uas des sim-

. pies artisans. La piété seule fait toute leur gloire.

Aussi le Christ n'avait-il été promis à David par Jérémie (c. ni) que comme une race juste; comme un Roi plein d'intelligence, qui portera ce nom :Le Seigneur- est notre justice. Et c'est sous cette haute idée que Jésus- Christ est annoncé à Marie : Le Saint qui naîtra de vous , lui dit un ange , sera appelé le Fils de Dieu. Il sera grand. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; el régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. (Luc. i, 32 seq.)

III. Le prodige d'une vierge qui conçoit et qui enfante Emmanuel, promis par Isaïe (c. vu) à la maison de David, est visible dans la Mère de Jésus-Christ. Marie est Vierge, et même elle refusera l'honneur de donner au monde le Messie, si elle ne peut le donner qu'aux dépens de sa virginité. Elle accepte enfin cet honneur, mais après que Gabriel lui a expliqué par quel miracle le Saint-Esprit unirait en elle la virginité avec la fécondité. (Luc. i, 3k seq.) C'est par la foi qu'elle conçoit; c'est son amour de la pureté qui la rend féconde; c'est parce qu'elle s'est interdite la qualité de mère, qu'elle est élevée à l'auguste qualité de Mère d'Emmanuel. (Matth. i, 21 seq.)

Le même esprit qui avait révélé au prophète qu'elle serait vierge et mère, unit dans elle , par son opération divine, ces deux avantages qui paraissent contraires. Elle enfante comme elle a conçu. La lumière éternelle qui sort de son sein augmente son éclat, bien loin de le diminuer. Le Saint, le Fils de Dieu, l'Epoux des vierges consacre la pureté qui lui donne la naissance. Marie, qui n'était que vierge avant que de le concevoir, devient plus pure que ies esprits célestes après l'avoir enfanté.

Article IL — Nom de Jésus-Christ, sa pauvreté, son précurseur, son ministère.

I. Le prophète Zacharie (c. ix) invite les filles de Sion à pousser des cris d'allégresse à l'arrivée du Messie. Voici votre Roi , leur dit-il, juste et sauveur. Et c'est le nom propre de Jésus-Christ. 11 lui est imposé par l'ange : Vous lui donnerez le nom de Jésus , dit-il à Marie. (Luc. i, 31.) Le même ordre est répété à Joseph, parce que, ajoute l'ange, ce sera lui qui sauvera son peuple en le délivrant de ses péchés. (Matth. i, 21.) En effet, le huitième jour, où l'enfant devait être circoncis, étant arrivé, il fut nommé Jésus. (Luc. n, 21.)

II. Zacharie (c. ix) el Isaïe (c. lui) annoncent le Messie comme un pauvre, sans beauté, sans éclat. Quel est l'éclat de Jésus- Christ? Quelles sont ses richesses? Voyezle, à sa naissance, couché dans une crèche. Voyez-le durant l'espace de plus de trente ans, confondu avec le plus vil peuple, 'foules ses grandeurs se réduisent à l'humble obéissance qu'il rend, dans une boutique, à Joseph et à Marie. // leur était soumis, dit saint Luc. (u, 51.) Quelle était son opuleuce

durant les jours qu'il fit éclater sa sagesse et sa bonté parmi les hommes ? Voici ce qu'il nous apprend lui-même : Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. (Matth. VIII, 20.)

III. Voici que j'envoie mon ange, dit le Messie dans Malachie (ni, 1), il préparera la voie devant moi. Isaïe (xl, 3 seq.) entend la voix de cet ange qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, rendez droit dans la solitude le chemin de notre Dieu. Toutes les vallées seront comblées, toutes les montagnes et les collines seront abaissées ; les chemins tortus seront redressés , ceux qui étaient raboteux seront aplanis, et la gloire du Seigneur se manifestera.

Les bords du Jourdain retentissent d'une voix qui prépare la voie devant Jésus-Christ. (Matth. ut, 3.) Le fils de Zacharie , vêtu de poil de chameau , avec une ceinture de cuir autour de ses reins , se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage (Marc, i, 6; Luc. iii,4), cet homme d'une grande piété, selon Josèphe même, historien juif (Antiq. Jud., 1. xvin, c. 7) , annonce que le royaume des cieux est proche. La ville de Jérusalem, toute la Judée et tout le pays des environs du Jourdain viennent à lui. Il les dispose par un baptême de pénitence à recevoir la rémission des péchés par leur Libérateur. Il les exhorte à faire de dignes fruits de pénitence. Il les effraye par les plus terribles menaces. Lacoignée est déjà mise à la racine des arbres , leur dit-il , tout arbre donc qui ne produit point de bon fruit sera coupé et ieté au feu. (Matth. m, 10.) Bientôt va paraître un plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de dénouer le cordon de ses souliers. Il a son van en sa main , et il nettoiera parfaitement son aire ; il amassera son blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteindra jamais. (Jbid., 12.)

C'est ainsi que Jean-Baptiste dispose les peuples à recevoir Jésus-Christ, dont la parole abaissera les montagnes et les collines, en abaissant l'orgueil des grands sous l'humble joug de l'Evangile. Elle comblera toutes les vallées, en élevant, par l'espérance chrétienne, aux prétentions les plus magnifiques les petits que leur état de faiblesse et d'ignorance relient dans l'abattement et la bassesse. Elle redressera les chemins tortus, elle aplanira les raboteux, en adoucissant et aplanissant par la charité tout ce que les passions et les caractères ont d'inégal et de rude, et en faisant rentrer dans l'ordre, par la sincérité et la droiture, tout ce qui s'écartera de la vérité et de la justice par le mensonge et la fraude. Un changement éclatant, qui renouvellera la face de l'univers, fera connaître à tous la grandeur du Seigneur, qui seul a pu prédire ce qu'il a seul accompli.

IV. Le Messie dit dans Isaïe : L'esprit du Seigneur Dieu s'est reposé sur moi, parce que ie\Seigneur m'a rempli de son onction, pour annoncer l'heureuse nouvelle à ceux qui sont

pauvres et humbles ; il m'a envoyé pour bander les plaies de ceux qui ont le cœur brisé, pour prêcher la liberté aux captifs, et la délivrance de ceux qui sont en prison ; pour publier Vannée de la miséricorde du Seigneur et le jour de la vengeance de notre Dieu; pour consoler tous veux qui pleurent. ( Isa. lxi, 1-3.)

Jésus-Christ étant à Nazareth, entra, selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue. On lui présenta le livre du prophète Isaïe; il l'ouvrit, tomba sur l'endroit cité, s'en fit l'application. C'est aujourd'hui, leur dit-il, que cette Ecriture que vous venez d'entendre est accomplie. {Luc. iv, 17, 21.) En effet, oint dès le sein de Marie par la Divinité même qui résideen lui tout entière, consacré par la plénitude du Saint-Esprit qui descend visiblement sur lui près des rives du Jourdain, il n'est occupé, durant les années de son ministère public, que des fonctions de prédicateur, de consolatenr, de médecin. (Acl.x, 38 ; Hebr. i, 9 ; Coloss. il, 9 ; Luc. m, 22 ; Matth. v, 1,12 ; xi, 28. )

C'est aux pauvres qu'il annonce l'Evangile, l'heureuse nouvelle d'une délivrance éternelle. C'est à cette marquequ'il veutque les disciples de Jean le reconnaissent pour le Christ. (Luc. vu, 22.) Il donne partout la préférence à la pauvreté. 11 la met à la têle des béatitudes, et lui promet le royaume des cieux. ( Matth. v, 1. ) Il la relève par son exemple, par ses paroles, par le choix qu'il fait d'apôtres pauvres pour gouverner son Eglise, de fidèles pauvres pour la remplir, et parlacommunication plus abondante qu'il fait aux pauvres des richesses du salut. ( / Cor. i, 26; Jac. h, 5. ) Il apprend aux hommes a devenir humbles, doux, pacifiques, afin de mériter d'être les enfants de Dieu, et les héritiers de la terre des vivants. 11 essuie les larmes de ceux qui pleurent sur leurs fautes et sur les choses périssables, en leur donnant une joie spirituelle que personne ne peut leur ravir. 11 guérit les plaies profondes du cœur par des remèdes salutaires. Il met en liberté ceux qui gémissent sous la tyrannie des passions. (Matth. v, 49 seq.) Il éclaire ceux qui sont dans les ténèbres de l'ignorance et de l'infidélité. (/ Petr. n, 9.) 11 fait passer dans son admirable lumière ceux qui sont assis dans les ombres de la mort. ( Luc. iv, 16, 21. ) 11 annonce l'année du grand Jubilé, la restitution de tous nos droits, la rémission de toutes les dettes, et il nous la procure luimême en nous réconciliant avec son Père par sa mort. (Rom. v, 10.) j

Mais pendant qu'il est pour la résurrection de plusieurs, il est aussi pour la ruine de beaucoup d'autres. (Luc. n, 34.) Il révèle par son Evangile la colère de Dieu qui éclatera du ciel contre toute l'impiété et l'injustice des hommes, qui retiennent la vérité de Dieu dans l'injustice. (Rom. i, 18. ) Il viendra un jour du ciel avec les anges qui sont les ministres de sa puissance, pour se venger, au milieu des flammes, de ceux qui ne connaissent point D;eu et qui n'obéissent

point h son Evangile; pour les condamner h souffrir les peines d'une mort éternelle, quand il paraîtra dans la gloire de sa puissance, et qu'il viendra pour être glorifié dans ses saints et se faire admirer dans tous ceux qui auront cru en lui. ( II Thess. i, 7- 10.)

V. Le Messie doit être prophète comme Moïse. ( Dcut. xviii, 18. ) A son arrivée, les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s'ouvriront. Le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets éclatera en cantiques de louanges. (Isa. xxxv, 5, 6.J

A l'ouverture des Evangiles se présentent des prophéties claires et circonstanciées faites par Jésus-Christ. Comparez ce qu'il prédit du siège et de la prise de Jérusalem, de la destruction du temple (Matth. xxiv, 5 seq.), avec l'histoire que nous a laissée Josèphede la guerre des Juifs; et refusez, si vous osez, à Jésus-ChrUt la qualité de prophète. Mais Jésus-Christ est un prophète législateur, qui, par son autorité propre, impose des lois à toute la terre ; autant supérieur à Moïse que le Fils de Dieu est audessus d'un serviteur de Dieu. (Matth. v, 6, 7.) Les peuples l'entendant et voyant ses œuvres, ne pouvaient retenir leurs louanges, un grand prophète, disaient-ils, a paru au milieu de nous. ( Ilebr. ni, 5, 6 ; Luc. vu, 16.)

Lisez son histoire, c'est un récit de miracles, et de miracles propres au Messie.

Aussi rappelle-t-il sans cesse les Juifs à celte preuve ; il n'en administre point d'autre aux députés de Jean-Baptiste. Ecoulons saint Luc (vu, 18 seq.) : Les disciples de Jean lui ayant rapporte' toutes ces choses, c'est-àdire le hruil que faisaient les miracles de Jésus-Christ dans toute la Judée, et dans tout le pays d'alentour, il en appela deux, et les envoya à Jésus pour lui dire : Etes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? Ces hommes étant venus trouver Jésus, ils lui dirent : Jean-Baptiste nous a envoyés à vous pour vous demander si vous êtes celui qui doit venir, ou si nous devons en attendre un autre ? Jésus à l'heure même délivra plusieurs personnes des maladies et des plaies dont elles étaient affligées, et des malins esprits qui les possédaient, et il rendit la vue à plusieurs aveugles : leur répondant ensuite ; il leur dit : Allez rapporter à Jean ce que vous venez d'entendre et de voir : que les aveugles voient, que les boiteux marchent, que les lépreux sont guéris, que les sourds entendent, que les morts ressuscitent, que l'Evangile est annoncé aux pauvres. Comme s'il leur avait dit : A ces traits, Jean reconnaîtra celui que promettent les prophètes.

Remarquez, mon cher Eusèhe, que les prodiges opérés par Jésus-Christ portent tous le caractère de Sauveur. Ils ne sont que pour le bien de l'homme. La bonté et la miséricorde s'y montrent à découvert; la puissance y est en quelque sorte moins visible. Jésus allant de tous côtés, de lieu en lieu, tous ses pas étaient marqués de bienfaits

(Matth. ix, 35); il guérissait toutes les langueurs et toutes les maladies, tous ceux qui étaient sous la puissance du diable. ( Avt. x, 38.) En sorte que les peuples s'écriaient, dans l'admiration extraordinaire où ils étaient : Il abien fait toutes choses ; il a fait entendre les sourds et fait parler les muets. (Marc, vu, 37.)

VI. Ne semble-t-il pas que Zacharie (c. ix) en exhortant les filles de ttion à la joie, à la vue de leur roi juste et sauveur qui vient à elles, monté sur une ânesse, et sur le poulain d'une ânesse (Matth. xxi,7, 8, 9), ne semblet-il pas qu'il voit de ses yeux l'entrée triomphante de Jésus-Christ à Jérusalem ; qu'il regarde les disciples de Jésus-Christ lui amener l'ânesse et l'ânon, les couvrir de leurs vêtements, le faire monter dessus, une grande multitude de peuple étendre leurs vêtements le long du chemin, les autres couper des branches d'arbres et les jeter par où il passe? Ne semble-t-il pas que le prophète entend ceux qui précèdent Jésus et ceux qui le suivent, criant : Hosanna, salut et gloire au fils de David : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : Uosanna, salut et gloire lui soit au plus haut des deux. (Ibid.)

VII. Le Messie établira une alliance nouvelle avec la maison d'Israël et la maison de Juda, qui ne sera pas semblable à l'ancienne faite avec leurs pères. Voici, dit le Seigneur, quelle sera l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël : uprès certains jours , je mettrai ma loi dans leur inté rieur : je l'écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Il ne sera plus nécessaire alors d'enseigner son prochain et son frère, et de lui dire, con naissez le Seigneur, car tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu'au plus grand; parce que je leur pardonnerai leurs iniquités, et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés. [Jer. xxxi, 33 seq. )

Jésus-Christ l'établit cette alliance plus parfaite que l'ancienne. Prenant le calice, dit saint Matthieu ( xxvi, 27, 28), il rendit grâces, et il le leur donna en disant : Buvezen tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qxd est répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés. Il n'est plus ici question d'une alliance continuée par le sang des victimes muettes et sans raison, qui ne connaissent ni la justice de Dieu, ni les péchés des hommes. Celle-ci est cimentée par le sang d 'un Pontife saint, innocent, saps tache, séparé des pécheurs, et plus élevé que les deux (Hebr. vu, 26 ) : qui se charge des iniquités de tous les pécheurs pour mourir en leur nom. Elle est cimentée par un sang qui pénètre jusqu'à la conscience, jusqu'à ses plus secrètes profondeurs, et la purifie des œuvres mortes pour lui faire rendre un vrai culte au Dieu vivant. (Hebr. ix, ik.)

Pouvons-nous, mon cher Eusèhe, douter de la vérité de cette alliance, de sa vertu, de ses fruits, en un mot, de l'accomplissement delà prédiction de Jérémie; quand cinquante jours après la mort de Jésus-Christ,

nous voyons Dieu lui-même descendre du ciel, écrire sa loi dans le cœur de l'homme, ou plutôt être lui-même la loi vivante du cœur, en le remplissant d'une charité céleste et en lui faisant trouver sa consolation et sa paix dans son devoir ; quand nous voyons avec quelle ardeur et que! zèle les prémices de Jucla et d'Israël se consacrent à Dieu ; avec quelle perfection ils accomplissent ses volontés, sans qu'ils aient d'autres motifs que son amour?

A la prédication de saint Pierre et des apôtres, des milliers de Juifs quittent et vendent leurs biens ; en portent le prix aux pieds de ceux qui leur ont fait connaître Jésus-Christ; veulent tous être également pauvres ; dépendre également du soin de la Providence, n'avoir rien de propre et de particulier ; n'être tous qu'un cœur et qu'une âme, ne s'occuper que de l'attente des biens futurs, ne vivre que de prières et d'actions de grâces. (Act. h, 4. )

Je me croirais aveugle, si à ces prodiges, je méconnaissais l'esprit de grâce et de liberté qui enseigne l'homme intérieurement et qui le porte plus loin par l'amour, que ne peuvent faire les hommes par leurs exhortations et par leurs conseils. Les apôtres s'étaient contentés de dire aux Juifs qui leur demandaientce qu'ils devaient faire, de se préparer par la pénitence au baptême pour obtenir la rémission de leurs péchés, et pour recevoir le don du Saint-Esprit, sans leur parler de quitter leurs biens, et de se consacrer uniquement au culte de Dieu : mais le Maître intérieur qui les instruit en les rendant dociles à la parole des apôtres et en leur inspirant la pénitence, ajoute aux préceptes les conseils, et les rend capables de tout, en leur communiquant son onction et sa force. ['Act. u, 37, 38. ) Quelles marques plus sensibles et plus sûres pourrais-je désirer que l'alliance nouvelle asuccédé à l'ancienne? La loi intérieure est ici gravée dans les cœurs en caractères plus évidents que la lui ancienne ne l'était sur la pierre

VIII. Vous ne me plaisez plus, dit le Dieu des armées aux pontifes juifs, et je neveux plus recevoir de vos mains aucune oblation; car depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, mon nom est grand parmi les nations, et dans tous les lieux on m'offre la bonne odeur d'un sacrifice et une oblation pure ; parce que mon nom est grand parmi les nations ; parce que je suis le grand Roi, et que mon nom est craint parmi les peuples. ( Mal. i, 10, 11.) Il n'est pas douteux que ce ne soit le Messie qui sera auteur de ce sacrifice des nations, comme nous l'avons remarqué : car il sera prêtre, selon l'ordre de Melchisédeek (Psal. cix, 4), et il choisira parmi les nations des prêtres et des lévites. (Jsa. lxvi, 21. ) Tout est accompli par Jésus- Christ.

Il est prêtre, selon l'ordre de Melehisédech. Il n'est point établi par la loi d'une succession charnelle, comme les prêtres, selon l'ordre d'Aaron ; mais par la puissance de sa vie immortelle. 11 est établi par un ser-

ment immuable ; et comme il demeure éternellement, il possède un sacerdoce éternel, pouvant sauver pour toujours ceux qui s'approchent de Dieu par son entremise. ( Hebr. vu, 16 seq.) Ce Pontife éternel n'offre pas des boucs et des taureaux incapables de sainteté, et conséquemment incapables de plaire à Dieu ; mais un sacrifice qui a autant de proportion avec celui de Melchisédech (Gen. xiv, 18), qu'il peut y en avoir entre la vérité et la figure. C'est son corps et son sang qu'il offre en sacrifice sous les symboles du pain et du vin. (Matlh. xxvi, 26, 27.) 11 rend ses apôtres ministres du même sacrifice avec le pouvoir de se choisir des successeurs parmi les nations. ( / Cor. xi, 24, 25.)

Le sacrifice de Jésus-Christ est unique, mais universel. Les sacrifices de l'ancienne loi ont disparu. Le tabernacle, l'autel, le temple de Jérusalem destiné à l'immolation des animaux, à la gloire du Dieu vivant, ne sont plus. Le sacerdoce d'Aaron a été rejeté. La réalité a fait évanouir les ombres. Le nouveau sacrifice a tout aboli. Le monde, d'une de ses extrémités h l'autre, n'est plus qu'un temple. De toutes parts, sont des prêtres et des autels. Les nations, dans tous les lieux, offrent une victime pure; et par cette action qui enferme l'adoration suprême, elles reconnaissent Dieu pour l'unique Dieu. L'Hostie immolée est sainte par elle-même, digne de la sainteté et de la majesté du grand Dieu, la preuve la plus évidente que son nom est terrible, qu'il est le grand Roi, qu'il est craint par tous les peuples.

IX. Le Messie n'est montré aux prophètes que comme la justice, le Saint des saitits, la race juste, le Juste. (Dan. ix, 7 ; Jer. xxm, 5; Zachar. ix,9.) A qui ces titres appartiennent-ils, sinon à celui qui, seul, a pu dire, vivant au milieu des hommes, et à la vue de tout le monde, sans crainte d'être démenti : Qui de vous me reprendra de péché? (Joan. vm, 46.) Lt encore : Je suis la lumière du monde. (Jbid. 12. ) Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père. (Joan. îv, 34.) Celui qui m'a envoyé est avec moi, et ne me laisse pas seul ; parce que je fais toujours ce qui lui plaît. (Joan. vm, 39.) La conformité entre la vie de Jésus-Christ et celle du Messie annoncé par les prophètes, ne peut être plus entière. Jésus - Christ meurt encoro comme doit mourir le Messie.

Article III. — Mort de Jésus-Christ conforme à celle du Messie.

I. Les prophètes voient le Messie trahi par un ami, vendu pour trente pièces d'argent, abandonné de ses disciples, accusé par de faux témoins. Ils le voient s'offrir lui-même à la mort, se rendre caution [tour les hommes, ne pas ouvrir la bouche pour sa défense, être mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger, et demeurer dans le silence, comme un agneau qui est muet devant celui qui le tond, mis au nombre des scélérats, portant les péchés de plusieurs, et

priant pour les violateurs de la loi. ( Psal. xl: Zarh.xi\\ Isa un.)

II. Ils le voient les mains et les pieds percés, son corps étendu de telle sorte, qu'on pourrait compter tous ses os, ses vêtements partagés, sa robe jetée au sort, dans cet état d'abandon et de douleur, moqué de ses ennemis qui marquent par le mouvement de leurs lèvres, le mépris qu'ils font de lui, qui en secouant la tête disent : Il a mis sa confiance dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre, qu'il le sauve, puisqu'il a mis en lui son affection. (Psal. xxi.) Ils voient son sépulcre avec les impies, et son tombeau avec un homme riche, la garde de son sépulcre donné aux impies, (/sa. lui.)

III. Je lis à présent l'histoire de Jésus- Christ, et si je n'étais instruit ; je douterais si les prophètes n'ont pas écrit d'après les évangélistes. En effet, Judas lscariote livre Jésus-Christ entre les mains des princes des prêtres, pour trente pièces d'argent. Ce disciple perfide trahit son Maître par un baiser. Une troupe de gens armés d'épées et de bâtons, saisissent Jésus : ses disciples l'abandonnent et prennent tous la fuite. Plusieurs faux témoins se présentent, deux déposent contre l'innocent ; et l'innocent condamné sur une fausse déposition, s'abandonne à la fureur jalouse des prêtres, afin de nous délivrer de l'anathème, de nous réconcilier avec Dieu, de nous ramener de nos égarements, d'acquitter à la rigueur nos dettes, dont il s'est rendu caution. ( Matth. xxvi, ik, 15, '4-9,5*6, 60.) Il se donne volontairement pour victime d'expiation de nos iniquités. ( II Cor. xv, 3. ) 11 se laisse dépouiller de tout, et conduire à la mort dans le silence comme une brebis, comme un agneau , sans résistance et sans plainte. (Act. vm, 31.)

IV. Il est cloué à un gibet, placé entre deux voleurs. (Marc, xv, 27.) 11 porte nos péchés sur la croix ; afin qu'étant morts au péché, nous vivions à la justice, et que nous sovons guéris par ses meurtrissures et par ses plaies. (I Pelr. n, 24.) 11 prie son Père pour ses ennemis. 'il/on Père, pardonnez- leur, car ils ne savent ce qu ils font. (Luc. xxv,33; Joan. xix, 23.) Les soldats partagent entre eux ses vêtements, et jettent au sort sa tunique, parce qu'elle est sans couture. 11 est l'objet des insultes des passants. Ceux qui passaient par là, dit saint Matthieu, (xxvii, 39 seq.) le blasphémaient en branlant la tête, et lui disant : Toi qui détruis le temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. Les princes des prêtres se mocquaient de lui, avec les scribes et les sénateurs, en disant : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même : s'il est le roi d" Israël, qu il descende présentement de la croix, et nous le croirons. Il met sa confiance en Dieu ; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant, puisqu'il a dit : Je suis le Fils de Dieu.

V. Enfin selon les deux sens dont le texte d'isaie est susceptible» le corps de

Jésus-Christ est mis dans un sépulcre situé en un lieu destiné à supplicier les criminels; et ce sépulcreappartenait à un homme riche. La garde en est confiée à des impies, dès l'instant qu'il y est mis; et son corps mort est donné à un homme riche, à Joseph d'Arimathie. (Ibid., 57, 58, 65, 66.)

Article IV. — Suites de la mort de Jésus-Christ, conformes aux suites de la mort du Messie.

I. Le Messie doit faire sortir des captifs d'un profond abîme sans eau, en considération du sang qui a scellé l'alliance. (Zach. ix, 11.) Jésus-Christ, dit saint Paul, ayant désarmé les principautés et les puissances, il les a menées hautement en triomphe à ta face de tout le monde, après les avoir vaincus par sa croix. (Col. i, 15.) // descendit dans les parties les plus basses de la terre (Ephes. iv, 9) ; prêcha, c'est-à-dire annonça l'heureuse nouvelle de leur délivrance aux esprits qui étaient retenus en prison (IPetr. ni, 19, 4-, 6), et étant monté en haut, il mena captive une multitude de captifs. (Ephes. îv, 8.)

II. Le Messie doit ressusciter. Il dit luimême à Dieu: Vous ne laisserez point mon âme dans V enfer; et vous ne permettrez point que votre Saint éprouve la corruption. (Psal. xv, 10.) Il lui est promis dans Isaïe que s'il livre son âme pour être une hostie pour le péché, il verra une longue postérité; que la volonté de Dieu s'accomplira heureusement par son ministère, qu il verra le fruit de ce que son âme aura souffert-, et qu'il en sera rassasié; qu'il justifiera plusieurs par sa doctrine; et qu'îï portera sur soi-même leurs iniquités. Qu'on lui donnera pour partage une grande multitude de personnes; et qu'îï distribuera les dépouilles des forts, parce qu'il a livré son âme à la mort. (Isa. lui, 1 seq.) Le Messie, après le récit de sa mort, fait lui-même à Dieu cette promesse : J'annoncerai votre nom à mes frères : je vou* louerai au milieu d'une grande assemblée. (Psal. xxi, 23.)

III. Jésus-Christ est le Saint qui n'éprouve pas la corruption. Dès le troisième jour d'après sa mort, il sort du tombeau. Son premier soin est de consoler ceux à qui il s'était uni par une même nature en les appelant du nom tendre de frères, et en les assurant que son Dieu est leur Dieu, que son Père est leur Père. (Luc. i, 35; Act. il, 2&; Hebr. n, 11 seq.; Joan. xx, 17.) Parce qu'il a livré son âme pour être une hostie pour le péché, il entre dans sa gloire. [Luc. xxiv, 26.) Il est le dépositaire de tous les desseins de Dieu et le souverain arbitre de tous ses décrets. Toute puissance lui est donnée dans le ciel et dans la terre. Il jouit du succès de ses travaux et il en est comblé de joie. (Matth. xxvin, 18.) II est la source et le dispensateur de la doctrine salutaire et de la vraie justice. Son Evangile estla vertu de Dieu pour sauver tous ceux qui croient, et la justice de Dieu qui vient de la foi, y est révélée. (Rom. i, 16, 17.) '

IV. 11 a une longue et nombreuse postérité. Tous les peuples qui étaient dans la

mort de leurs péchés , en sortent par sa mort. 11 les fait revivre avec lui; il leur pardonne tous leurs péchés; il efface la cédule qui leur était contraire ; il abolit entièrement le décret de leur condamnation en l'attachant à sa croix. Il est leur tête et leur chef duquel ils reçoivent l'influence (Coloss. h, 13, 14, 19.) Il triomphe hautement des puissances des ténèbres, et enlève leurs dépouilles, (lbid., 15.) 11 apprend à ses frères à invoquer Dieu, à espérer en lui, à lui rendre grâces. (Matlh. xn, 19.) Et quoiqu ils ne soient qu'un petit nombre dans les premiers jours, cette Eglise naissante fait bientôt de grands progrès à Jérusalem, et de là elle se répand dans tout l'univers qui retentit de cantiques à la louange de l'Etre suprême.

V. Le Messie ressuscité montera en haut, et s'assiéra à la droite de Dieu. {Psal. lxvii, 19; cix, 1.) Et le Seigneur Jésus , dit saint Marc, fut élevé dans le ciel, où il est assis à la droite de Dieu. (Marc, xyi, 19.)

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