‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 68 sur 163 · JESUS-CHRIST. - PART. III. 4Q · texte numérisé non relu

JESUS-CHRIST. - PART. III. 4Q

traite leurs lumières de ténèbres, et leur sainteté d'hypocrisie.

Cependant cet homme se fait suivre. Ses miracles multipliés donnent du poids à ses discours. Le crédit du Pharisien tombe insensiblement. Le peuple est ébranlé; il admire ; tant de prodiges l'étonnent. Les uns courent à Jésus-Christ pour recouvrer la santé ; les autres, déjà guéris, s'attachent à lui par reconnaissance. Le nombre de ses disciples s'accroît. I! va être reconnu pour le Messie et les pharisiens pour des fourbes. La calomnie, le blasphème, tout est mis en œuvre pour perdre l'innocent. Sa mort est résolue. Le peuple trop docile revient à des maîtres qui l'amusent d'espérances flatteur ses. Jésus-Christ est abandonné; il est crucifié. L'orgueil et la cupidité triomphent, se croient délivrés d'un ennemi dangereux, se font un mérite du plus horrible de tous les crimes. Mais elles n'ont servi qu'à l'accomplissement des prophéties. Elles ont aveuglé le Juif, elles attireront sur sa tête des châtiments qui ne finiront qu'avec elles.

V. Vous me demanderez peut-être si les discours des prophètes n'ont point aidé l'orgueil et la cupidité des Juifs à leur faire méconnaître le Messie?

11 est vrai que depuis que la promesse du Messie fut fixée dans la maison de David, Dieu commença de révéler d'une manière plus claire qu'il serait roi et que son règno serait éternel. (II Reg. i, 12, 24.) Il est vrai que, depuis ce temps-là, les prophètes l'annoncèrent toujours comme un roi à qui tout devait être soumis. Mais leurs expressions étaient manifestement figurées; elles cachaient des grandeurs bien plus réelles que les grandeurs périssables des rois de la terre. Le seul Juif charnel pouvait s'y méprendre. Des termes propres et naturels mêlés par les prophètes dans leurs discours, déterminaient clairement le sens des figures. Il saute aux yeux que les prophètes parlent d'un règne éternel, intérieur, spirituel, invisible sur les esprits et sur les cœurs par l'amour do la justice ; d'un règne parfait en tout genre, si le Juif le veut, mais après que le Messie sera assis à la droite do Dieu, selon la prédiction du Prophète-Roi (Psal. cix, 1], lorsque ses ennemis auront été réduits à lui servir de marchepied, qu'il aura anéanti tout empire, toute domination, toute puissance et que toutes choses lui seroni assujetties. (/ Cor. xv, 24.)

VI. De quel usage serait un Messie tel que le Juif se le ligure? Pourrait-il nous rendre meilleurs? Des hommes aussi spirituels que les prophètes eussent-ils désiré si ardemment sa venue? Un Messie avec l'appareil du diadème, avec l'éclat de l'or et de l'argent , environné de nombreuses armées, traînant à son char des rois subjugués, n'est propre qu'à fomenter notre orgueil et notre amour pour les richesse:, qu'à embraser nos passions; en un mot, qu'à augmenter nos misères et notre corruption, au lieu do nous guérir. Nous avons besoin de justice et d'innocence, de con-

solation et de courage. Un conquérant ne peut ôtre qu'insensible à de tels besoins,

VII. Mon bien, mon unique bien, c'est Dieu et non l'or et l'argent. C'est ce bien que je cherche; tous mes désirs se portent vers lui. Je ne connais d'ennemi que ce qui m'en détourne. Ma concupiscence, mes passions sont ces ennemis qui, do toutes parts, m'assaillent, me pressent , m'accablent. Je crie après un libérateur qui paraisse méprisable, le dernier des hommes , un homme de douleurs, qui suit ce que c'est que souffrir ; qui ne paraisse digne que de mépris; mais qui prenne véritablement sur soi-même mes langueurs; qui se charge de mes douleurs; qui soit frappé de Dieu et humilié , percé de plaies pour mes iniquités; qui soit brisé pour mes crimes; sur lequel tombe le châtiment qui doit me procurer la paix, et qui me guérisse par ses meurtrissures. Je m'étais égaré comme une brebis errante ; je m'étais détourné pour suivre ma propre voie. Que le Seigneur le charge de mon iniquité ; qu'il exige de lui avec rigueur ce que je dois, et que lui se rende ma caution ; qu'il n'onvre point la bouche ; qu'il soit mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger; qu'il meure, quoiqu'il n'ait point commis d'iniauité, et que le mensonge n'ait jamais été dans sa bouche. Après qu'il aura livré son âme pour être une hostie pour le péché ; qu'il me voie au nombre de sa postérité; qu'il accomplisse en moi la volonté de Dieu; qu'il me justifie par sa doctrine; qu'il triomphe de mes ennemis. (Isa. lui, passim.) C'est là le libérateur dont j'ai besoin. Isaïo me le montre. Je le trouve en Jésus-Christ.

VIII. En yain le Juif dit : Jésus-Christ n'a pas dompté les nations par la force des armes, il ne nous a pas donné leurs dépouilles, il ne donne point de richesses, il a succombé, il a été tué. C'est en cela que Jésus-Christ m'est aimable; c'est à ces traits que je le reconnais pour le vrai Messie promis par les prophètes. L'orgueil seul et la cupidité peuvent le méconnaître. Il faut que ces vices obscurcissent étrangement l'esprit pour ne laisser voir aux Juifs, dans leurs écritures, qu'un Messie roi, qu'un conquérant. Les prophètes en donnent une idée îjien plus noble : et si Jésus-Christ n'est qu'un homme, il n'est pas le Messie annoncé }>ar ces hommes divins.

IX. David voit le Messie dans les lumières des saints, et devant l'aurore sortant éternellement du sein de Dieu, Pontife éternel, et sans successeur, ne succédant aussi à personne, créé extraordinairement , non selon l'ordre d'Aaron, mais selon l'ordre de Melchisédech. il le voit assis à la droite de Dieu, regardant du plus haut des cieux ses ennemis abattus. Il est étonné d'un si grand spectacle. Ravi de la gloire'du Messie, il l'appelle son Seigneur. (Psal.cix.)Lo prophète Michée, en le voyant naître à Bethléem, découvre en lui une autre naissance par laquelle il soit, de toute éternité, du sein de Dieu. (Mich. v.) Isaïe, en voyant la virginité de sa mère, voit sortir de ce sein vjrgioal un Emmanuel , un

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admirable qu'il xl, xxxv.) Son Seigneur notre l'annonce sous

Dieu avec nous, un enfant appelle Dieu. (Isa. vu, ix, nom, selon Jérémie, est le justice. (Jer. xxin.) Daniel l'idée de la justice éternelle, du Saint des saints. [Dan. ix.) Malachie, en le voyant entrer dans le tcinple, voit entrer le Seigneur lui-même en personne dans son temple.

(Malach. m.)

X.Le Messie ne peut donc être une simple créature. L'idée qu'en donnent les prophètes est inalliable avec l'imperfection et la dépendance, apanages inséparables de l'être créé. Ce que nous avons vu , mon cher Eusèbe, de 1 accomplissement de leurs prédictions en Jésus-Christ peut être un préjugé invincible qu'il est le Messie ; c'est même une démonstration contre le Juif grossier qui n'en a qu'une opinion basse, formée sur ses passions, mais ne suffit en aucune sorte pour remplir toute l'étendue des prophéties. Elles ont manifestement un Dieu pour objet. Leur vérité dépend donc de la divinité de Jésus-Christ. Aussi les Juifs et les gentils qui ont reconnu Jésus-Christ pour îe Messie promis par les prophètes , l'ont adoré comme le Fils de Dieu. Leur religion roule sur ce point, qui dès là même, est de Ja dernière conséquence. Examinons-le donc avec toute l'attention dont nous sommes capables : c'est le moyen d'abréger, ou plutôt de terminer nos recherches ; parce que s'il est vrai que Jésus-Christ est Dieu, nous n'aurons plus qu'à l'écouter.

Dans la lecture de son histoire, nous avons vu une multitude de prodiges, de prophéties, de promesses. Nous avons coulé légèrement sur ces faits, parce que nous ne cherchions qu'à nous assurer de leur réalité. Reprenons ces faits, et voyons s'ils ne sont pas 'des preuves de la divinité du Sauveur.

SECTION IV

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