‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 67 sur 163 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CAUSE DE l/AVEUGLEMENT DES JUIFS.

Disposilioits des Juifs à l'avènement de Jésus- Christ. — Attente d'un Messie conquérant. — Inutilité d'un tel Messie. — Besoins réels de l'homme. — Etrange aveuglement dos Juifs. — Si Jésus-Chiist n'est qu'une simple créature, il n'est pas le Messie promis par les prophètes.

I. Dans le temps que Jésus-Christ se montra eu Judée, les Juifs étaient dans les dispositions qui leur sont reprochées dans Isaie : Ce peuple s'approche de moi de bou-

(G) V(tj. liait, ii, col. 250.

che, dit le Seigneur, et me glorifie des lèvres : mais son cœur est éloiqné*de moi , et le culte qu'il me rend ne consiste que dans l'observance des institutions et des traditions humaines. [Isa. xxix, 13.) Ils étaient en partie redevables de ces funestes dispositions aux pharisiens; hommes superbes qui, par des dehors affectés de religion, s'étaient insinués dans l'esprit du peuple, avaient dérobé son estime, s'étaient rendus maîtres des consciences. Ils s'érigèrent bientôt en réformateurs de la loi, ils l'altérèrent et substituèrent à sa place leurs imaginations, sous le spécieux nom de traditions. Les institutions humaines furent respectées , la loi fut oubliée; mais surtout l'âme et l'essence de la loi, la justice intérieure qui règle et réforme le cœur par l'amour des biens éternels.

'• 11. La religion ne consista donc plus que dans des pratiques frivoles et superstitieuses. Le Pharisien orgueilleux se croyait auteur de sa propre justice et arbitre do son sort. Il ne paraissait dans le temple que pour y étaler ses vertus aux yeux de Dieu et pour se glorifier en sa présence de sa fastueuse sainteté. Quel intérêt peut prendre l'orgueil à un Sauveur, à un médecin intérieur? Entêtés de leurs propres forces, enflés de leurs propres justices, les Juifs se persuadent qu'ils sont en droit d'attendre du ciel des récompenses dignes de leurs mérites ; et comme ils n'ont de goût que pour la gloire et pour les richesses, ils prétendant qu'elles leur sont dues.

III. L'empire du monde va donc être donné au peuple religieux; les nations idolâtres vont être ses esclaves. Us sont tributaires des Romains, et asservis sous la puissance d'Hérode. Plus ils se sentent pressés du joug des gentils, plus leur haine redouble contre eux; plus leur désir de se venger s'enflamme. Us savent que les temps du Messie s'approchent. Ce sera lui qui les vengera de leurs ennemis; il sera un conquérant qui leur soumettra la terre. Telle est l'idée qu'ils se forment du Messie. Us n'en veulent plus qui ne soit guerrier et redoutable aux puissances qui les captivent. Ils n'ont donc plus d'yeux ni d'oreilles pour les prophéties qui parlent si expressément des humiliations du Messie; ils n'en ont que pour celles qui annoncent ses triomphes.

IV. Le Messie se montre, mais dans un état absolument opposé aux idées pharisaïques. Tout ce qu'il y a de salutaire dans sa personne les offense. La pauvreté de Jésus- Christ les blesse, son humilité les choque, sa patience les irrite. Il ne leur procure ni la liberté, ni les richesses, ni la vengeance de leurs ennemis. Il ne vient établir qu'un règne spirituel qui ne change rien dans leur république et qui n'offre rien aux passions qui les dominent. Ce règno n'est pour eux qu'une chimère. Les leçons de Jésus-Christ tendent toutes a leur découvrir leurs misères et la corruption de leur cœur : ces leçons les révoltent. Us ne peuvent, sans entrer en fureur, entendre un homme qui

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