Les pestes, les famines ne furent ja
mais plus fréquentes, selon les historiens. Tout l'univers, c'est-à-dire l'empire romain, calme et paisible, s'ébranle tout d'un coup, et s'agite sous les dernières années de Néron. Les Gaules, les Espagnes, tous les royaumes s'émeuvent. Quatre empereurs s'élèvent presque en même temps contre le légitime, et les uns contre les autres. L'Eglise de Jésus-Christ toujours affligée depuis son commencement, voit la persécution s'allumer contre elle plus violente que jamais. Néron, le persécuteur du genre humain, a juré sa perte. Saiut Pierre et saint Paul sont les victimes de sa fureur insensée.
Pour abréger, ouvrons, mon cher E'\sèbe, YJJisloire de Josèphe. ( De bello Judaico.) Elle ne peut nous être suspecte; elle est d'un Juif, et présent à tout clans la guene qu'il raconte. Cette histoire ne paraît écrite que pour être un monument éternel de la vérité des prophéties de Jésus-Christ et de Daniel. Là s'offre une multitude d'imposteurs qui attirent le peuple au désert par de vains prestiges et des secrets de magie, et par des promesses chimériques d'une prompte et miraculeuse délivrance. Les illusions sont communes dans tout l'empire romain. Là, sont vus des prodiges qui' annoncent les plus grands malheurs; l'autel et le temple entourés de lumières pendant la nuit; la porte orientale du temple, qui était d'airain, et si pesante, que vingt hommes avaient peine à la fermer, ouverte d'ellemême ; dans tout le pays, des chariots et des troupes armées en l'air, traversant les rues, environnant la ville ; le temple ébranlé et plein de bruit; une voix s'y faisant entendre, et disant : Sortons d'ici.
La guerre commence. Cestius Gallus , gouverneur de Syrie, refuse aux Juifs de retirer Florus. Les Juifs prennent les armes. La division se met entre eux. Les différentes factions s'entretuent. Jérusalem est pleine de carnage. En Syrie et en Egypte, on verse le sang des Juifs. Les Juifs à leur tour n'épargnent pas le sang de leurs ennemis. Cestius croit qu'il est de son devoir de sortir de son repos. Il arrive devant Jérusalem à la tête d'une armée. Les conjonctures ne peuvent être plus favorables. 11 serre la ville de près. Elle est prise, s'il donne l'assaut. Mais il méconnaît ses avantages : il se retire; il est battu
Plusieurs Juifs profitent de sa retraite pour se sauver de Jérusalem, comme on se sauve d'un vaisseau qui coule à fond. Les Chrétiens sont de ce nombre, selon la tradition des auteurs ecclésiastiques ; et se réfugient à la petite ville de Pella. Ils ont vu l'abomination de la désolation dressée dans le lieu saint, c'est-à-dire les armées romaines autour de Jérusalem : car les enseignes romaines étaient chargées d'idoles que l'Ecriture appelle abomination; et toute la terre de Palestine, surtout autour de Jérusalem, était regardée comme sainte.
Après la retraite des Chrétiens, qui suspendaient, pour ainsi dire, la colère divine; les malheurs des Juifs n'ont plus de bornes.
Ils s'immolent mutuellement à leur fureur barbare. Tout plie sous la valeur des légions romaines commandées par Vespasien.
Les villes sont prises, pillées, brûlées. Jérusalem voit tant de maux ; elle attend un sort pareil, elle nage dans le sang de ses citoyens. Tite approche de ses murs; il campe déjà à quelques stades ; il y surprend toute la nation que la fête de Pâques a attirée; il la renferme par une effroyable circonvallation. Les vivres sont épuisés. Les mères dévorent le fruit de leurs entrailles. La peste et la faim consument tout. Jérusalem n'est plus qu'un tombeau.
Enfin elle est prise. Le temple est brûlé. Il n'y reste pas pierre sur pierre. Jérusalem est renversée. Le Juif échappé à la barbarie des zélateurs, à la faim, à la peste, à l'épée du soldat, ne survit à tant d'horreurs, que pour servir au triomphe du vainqueur. Mais le temple, la gloire des Juifs, a péri sans ressource. L'empereur Julien ne tentera de le relever, que pour mettre le dernier sceau aux prédictions de Jésus-Christ. La terre vomira des tourbillons de feu pour consumer les architectes qui oseront approcher de son ancienne place.(A]vtM. Marcell. Hist. ; Socrat., Hist. eccles., lib. m, c.20; S. Chrysost., orat. 3, Contra Judœos. )
Article III. — Les prédictions de Jésus-Christ sont divines, et par conséquent des preumf de sa divinité, qui égalent la preuve des miracies.
I. Pour sentir de quelle force est la pieuve de la divinité de Jésus Christ, que fournissent les prophéties que nous venons d'entendre ; il suffit, mon cher Eusèbe, de penser. C'est un principe établi, que les prophéties faites au nom de Dieu et vérifiées par l'évévement sont divines (8). Les prédictions de Jésus^Christ de ce qui devait lui arriver, de ce qui devait arriver à ses disciples et aux Juifs, étaient au-dessus de toutes les conjectures humaines. II est clair d'un côté qu'elles sont faites au nom de Dieu, puisque Jésus-Christ rapporte sans cesse à Dieu son Père, tout ce qu'il dit, tout ce qu'il fait, comme à celui dans lequel il connaît tout, duquel il a tout appris et tout reçu. D'un autre côté, entre ces prédictions et l'événement, la conformité ne peut être plus parfaite- Donc elles sont divines. Donc, puisque Jésus- Christ se dit le Fils de Dieu, ses prophéties lui assurent ce titre, avec une force qui égale la preuve des miracles.
Il n'y aurait qu'un moyen d'infirmer cette preuve, ce serait de soutenir que les prédictions de Jésus-Christ ont clé insérées dans son histoire après l'événement. Mais ce que nous avons dit sur la sincérité des évangélites, détruit ce moyen sans ressource. De plus, la dernière prophétie touchant la ruine de Jérusalem, ne permet pas de recourir à un moyen si insensé. Car les évangélisies avaient écrit avant la ruine de cette ville; et il y avait déjà une infinité de Chrétiens répandus dans tout l'univers : la
prophétie n'eût donc pu être insérée dans les ouvrages des évangélistes, que du consentement des Chrétiens. Or la supposition d'un accord et d'un concert entre les Chrétiens de tout le monde, pour croire et pour faire croire le mensonge et la fausseté, est de toutes les suppositions la plus extravagante, comme nous l'avons fait voir.
II. Il nous serait aisé de grossir le recueil des prophéties faites par Jésus-Christ : l'Evangile en offre à chaque page. Quelle prédiction plus 'claire et tout à la fois plus étonnante que celle qui se lit dans saint Mathieu (vin, 11), de la conversion des nations? Quelle prédiction en même temps plus exactement vérifiée par l'effet? Quelle prédiction plus claire que celle qui se trouve dans le même évangéliste (Ibid., 12), de la réprobation des Juifs? L'accomplissement n'est-il pas encore subsistant et visible ? Quelle prédiction encore plus claire que celle que rapporte le même saint Matthieu (xxvi, 15) au sujet du parfum précieux que Marie, sœur de Lazare, répandit sur la tête de Jésus-Christ? Y avait-il quelque apparence alors que celte action serait publiée un jour, et quelle rendrait Marie célèbre par toute la terre? N'en voyons-nous pas l'accomplissement de nos yeux ?
Mais ce qui me frappe vivement dans l'histoire de Jésus Christ, c'est qu'il ne se contente pas de prédire l'avenir, à la manière des prophètes qui l'ont précédé. Souvent il s'engage de faire ce qu'il prédit : c'est-àdire, qu'il parle manifestement en Dieu. Ces sortes de prédictions sont dignes, ce me semble, d'une attention particulière. Nous leur donnerons le nom de promesses. Si elles ont pour objet des effets évidemment au-dessus de toute puissance créée, et qu'elles soient exécutées ; il ne nous sera plus permis de douter de la puissance infinie de Jésus-Christ, ni conséquemment de sa divinité. Arrêtons-nous à quelques-unes de ces promesses; car il n'est pas possible de- tout dire.