CHAPITRE III
PROMESSES DE JÉSt S-CHKIST.
Jésus-Christ promet de ressusciter son corps, de donner le succès à son Evangile, de convenir les gentils par sa mort, de punir les Juifs, de faire les apôtres pêcheurs d'hommes , de leur envoyer le Saint-Esprit, de leur donner la sagesse, ta force et le courage, le don des miracles, de ne jamais les abandonner. — Jésus Christ exécute ses promesses. — L'exécution nest possible qu'à Dieu. Donc Jésus-Clirisl est Dieu.
Article I. — Promesses de Jésus-Christ.
I. Jésus-Christ promet de ressusciter son corps. Dans le temple, étaient des vendeurs de bœufs, de moutons, de colombes. Il y avait aussi des changeurs assis à leurs bureaux. Jésus-Christ fit un fouet, les chassa tous du temple, en leur disant : Ne faites point de la maison de mon Père une maison de trafic. Par quel miracle vous montrez» vous, lui demandèrent les Juifs, <juc vous
(8) Pari, ii, col. 243 et teq.
du
avez droit de faire de telles choses? Détruisez ce temple, leur répond Jésus, et je le rétablirai en trois jours. Ce qu'il entendait du -temple de son corps, comme le remarque l'évangéliste. (Joan. n, 16, 18, 19, 21.) C'est promettre bien clairement de rendre la vie a son corps, après que les Juifs la lui auraient ravie. 11 ne promet pas avec moins de clarté de ressusciter ses élus au dernier jour. (Joan. vi, 39, 48, 44.)
II. Jésus-Christ promet de donner le succès a son Evangile. I) déclare à un sénateur des Juifs qu'il est venu sauver le monde. Dieu, dit il, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. (joan. ni, 17.) En une autre occasion, il dit expressément : Le Fils de V homme est venu sauver ce qui était perdu. (Matth. xviu, 11.) Il assure la Samaritaine que le temps était venu que le culte de la Divinité ne serait plus fixé à Jérusalem: Femme, croyez-moi, le temps va venir que vous n'adorerez plus le Père, ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem. (Joan. iv, 21.)
Certain de l'événement, il compare la prédication de l'Evangile au bon grain qu'un père de famille sème dans son champ et qui ne laisse fias de venir à maturité, quoique son ennemi ait la malice d'y semer de l'ivraie pendant la nuit. Voici comme il interprète la comparaison. .Celui qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme. Le champ est le monde. Le bon grain , ce sont les enfants du royaume. Et l'ivraie, ce sont les enfants de l'iniquité. L'ennemi qui la semée, c'est le diable. (Matth. xui, 24- seq.) Jésus- Christ pouvait-il dire plus clairement que le monde est à lui , que l'Evangile y sera prêché par son ordre , et que malgré la
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malice du démon, jointe aux efforts du siècle dont il est le prince, il sauvera dans toutes les nations ceux qu'il lui plaira de choisir ?
III. Jésus-Christ promet de convertir les gentils par sa mort. 11 y avait dans le temple de Jérusalem un lieu destiné pour les gentils qui, attirés parla grandeurdes merveilles et de la majesté du nom du Dieu d'Israël, venaient l'adorer, et lui offrir des sacrifices. Quelques gentils étant donc venus à Jérusalem, désirèrent de voir Jésus- Christ. Ils s'adressèrent à Philippe. Cet apôtre, avec André, en avertit Jésus-ChrLst. L'heure est venue, leur répondit Jésus, que le Fils de l'homme doit être glorifié. En vérité, en vérité, je vous le dis : si le grain de froment en tombant dans la terre ne meurt pas, il demeure seul : mais après qu'il est mort, il porte beaucoup de fruit. (Joan. xu, 23, 24-.) Comme s'il disait en termes plus clairs : ma gloire va bientôt être grande parmi les gentils : mais leur foi dépend de ma mort. Il en est de moi comme du grain de froment, qui ne se multiplie qu'étant mis dans la terre, et qui ne devient fécond qu'en mourant. Jo ne serai grand parmi les nations, que lorsque j'aurai été misa mort.
Le monde, continue Jésus, va être jugé; le Prince du monde va être chassé dehors. Et pour moi, quand j'aurai été élevé de la terre,
je tirerai tout à moi. (lbid., 31, 32.) Ce qu'il dit, ajoute Tévangéliste, pour marquer de uelle mort il doit mourrir. N'est-ce pas re : c'est par ma mort sur la croix que je vaincrai le monde, et que je triompherai de celui qui s'y fait adorer depuis tant de siècles. J'étendrai mes mains vers les extrémités do la terre, et j'attirerai à moi tous les peuples.
IV. Promesse de punir les Juifs. Jésus- Christ dit souvent aux Juifs qu'ils seront exclus du royaume, et que les gentils y seront admis. Après avoir loué la foi du Centenier : Je vous déclare, leur dit-il, que plusieurs viendront d'Orient et d'Occident, et auront place dans le royaume des deux, avec Abraham, Jsaac et Jacob. Mais que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. (Matth. vin, 11.) La même menace se trouve répétée ailleurs. (Luc. xm, 28; Matth. xxi, 1.) La même chose est exprimée par la parabole des noces qu'un roi fait à son fils; et par celle des vignerons ingrats et injustes. Les Juifs comprenaient si bien le sens de ces paraboles qu'ils entraient en fureur contre Jésus-Christ. (Matth. xxi, 34.)
Il se compare lui-même à un homme d'une haute naissance, qui va dans un pays éloigné prendre possession d'un royaume, et qui reçoit en chemin une députation de ses anciens sujets, pour lui déclarer qu'ils ne veulent plus l'avoir pour roi; mais qui à son retour fait punir de mort les rebelles. Il ne faut que des yeux pour voir les Juifs dans les rebelles; la conquête des gentils dans le nouveau royaume en un pays éloigné et le roi dans Jésus-Christ. (Luc. xix, 20 seq.) L'occasion où il parle, explique tout. L est, dit Tévangéliste, sur ce qu'il était proche de Jérusalem ; et que ceux qui étaient attentifs à ce qu'il disait, s'imaginaient que le règne de Dieu devait paraître bientôt, (lbid., 11.) Ce sera donc Jésus-Christ luimême qui se vengera de ses sujets rebelles; la vengeance sera exécutée par ses ordres et en sa présence, lien parle comme si elle était arrivée, tantelle est certaine dans sesdécret.s.
V. Jésus-Christ promet à ses apôtres de les faire pêcheurs d'hommes. Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André son frère, qui jetaient leurs filets dans lu mer; car ils étaient pécheurs. Suivez-moi, leur dit-il, et je vous ferai devenir pécheurs d'hommes. (Matth. iv, 19; Marc, i, 17; Luc. v, 10.)
VI. Jésus-Christ promet à ses apôtres de leur envoyer Je Saint-Esprit. Lorsque le Consolateur, l'Esprit de vérité qui procède du Père, que je vous enverrai de la part de mon Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. (Joan. xv, 26.) Si je m'en vais, je vous l'enverrai. Quand cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. Jl recevra de ce qui est à moi. (Joan. xvi , 7, 13» 14; Luc. xxiv, 49.)
VII. Jésus-Christ promet à ses apôtres de leur donner la sagesse. Après leur avpir prédit qu'ils seront amenés par force devant les rois et les gouverneurs , à cause de son
nom : Gravez, leur dit-il, cette pensée dans ■vos cœurs, de ne point préméditer ce que vous devet répondre: car je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront résister, et qifils ne pourront contredire. (Luc. xxi, 12,
VIII. Jésus-Christ promet à ses apôtres de leur donner la force et le courage. L'Esprit de vérité, qui procède du Père , rendra témoignage de moi. Et vous en rendrez aussi témoignage. (Joan. xv,26, 27.) Vous aurez à souffrir bien des afflictions dans le monde : mais soyez pleins de confiance , j'ai vaincu le monde. (Joan. xvi, 33.) J'enverrai sur vous le don de mon Père, qui vous a été promis : demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous ayez été revêtus de la force d'en haut. (Luc. xxiv , 4-9.) Vous recevrez la vertu du Saint- Esprit qui descendra sur vous , et vous me rendrez témoignage dans Jérusalem , et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la (erre. (Act. i , 8.)
IX. Jésus-Christ promet le don des miracles'à ceux qui croiront en lui. H avait donné à ses apôtres et à soixante et douze de ses disciples, le pouvoir de guérir en son nom les malades et de chasser les démons. II promet avant son ascension à ceux qui croiront à l'Evangile , qu'ils chasseront les démons en son nom, qu'ils parleront de nouvelles langues , qu'ils prendront les serpents, et que s'ils boivent quelque breuvage mortel , il ne leur fera point de mal, qu'ils imposeront les mains sur tes malades , et ils seront guéris. (Marc, xvi , 17 , 18.)
X. Jésus-Christ promet à ses apôtres qu'il sera toujours avec eux jusqu'à la consommation des siècles. (Matth. xxvin, 20.) Voyons si Jésus-Christ a rempli sa promesse.
Article II. — Exécution des promesses de Jésus- Christ.
I. Résurrection de Jésus-Christ. Les Juifs en clouant Jésus-Christ à une croix , accomplirent la'prédiction qu'il avait faite de leur crua\ité. Ils l'y voient donc attaché. Ils repaissent leurs yeux de ce tragique spectacle. Ils insultent à sa patience. Toi, lui disent-ils d'un ton moqueur, qui détruis le tempie de Dieu , et q.ui le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même ? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. (Matth. xxvn, kO.) Quel discours insensé! Jésus- Christ a donné en preuve de sa filiation divine qu'il rétablirait le temple de Dieu, c'est-à-dire son corps , le troisième jour d'après qu'il aurait été détruit. La preuve no peut donc avoir lieu qu'après la destruction du tera pie.* Donc , si Jésus-Christ est vraiment le Filsde Dieu , il est nécessaire qu'il ne descende pas de la croix , mais qu'il y expire. Il y expire en effet, le temple est détruit. Que les Juifs examinent à présent, si la promesse de le rétablir était vaine.
Les princes des prêtres et les Pharisiens en corps se rendent chez Pilale, Seigneur, lui disent-ils , nous nous sommes eouvenus
que cet imposteur a dit , lorsqu'il était encore en vie: je ressusciterai trois jours après ma mort. (Ibid., 63.) Pilate leur abandonne le soin de convaincre l'imposteur. Us s'assurent du sépulcre, ils en scellent la pierre, ils y mettent des gardes. (Ibid., 66.) Tant de précautions suggérées par la crainte , par l'envie et par la haine, ne servent qu'à constater la vérité de la promesse. Jésus-Christ rétablit son temple. Le troisième jour il sort du tombeau, se fait voir à ses frères, et nous donne le gage le plus sûr que nous puissions désirer, de la promesse qu'il a faite aux élus, de les ressusciter glorieusement au dernier jour.
II. Succès de l'Evangile. Avec quelle promptitude l'Evangile, ce grain salutaire, est-il semé dans le champ de Jésus-Christ , qui est le monde 1 Tous ces divers peuples venus à Jérusalem de tous les pays qui sont sous le ciel, pour la fête de la "Pentecôte , entendent, chacun dans leur langue, les apôtres parler des merveilles de Dieu et des grandeurs de Jésus-Christ. A leur retour ils répandent par tout l'univers la nouvelle de la résurrection. Bientôt après la Synagogue en fureur persécute les apôtres et disperse les disciples qu'ils ont acquis à Jésus- Christ. Ceux-ci, dans leur exil, portent avec eux la foi qui est leur crime , et la publient de toutes parte. Samarie écoute Philippe. Antioche voit prendre à ses citoyens le glorieux nom de Chrétien. Les apôtres ne peuvent plus contenir leur zèle : ils se partagent les nations pour en faire la conquête: ils n'ont pas encore achevé leur course, et saint Paul dit aux Romains que leur foi était annoncée dans tout le monde. (Rom. i , 8.) Il dit aux Colossiens que l'Evangile était oui de toute créature qui était sous le ciel , qu'il était prêché , qu'il fructifiait , qu'il croissait par tout l'univers. (Col. i , 5, 6, 23.)
Ici il est inutile d'avoir recours à l'histoire. L'effet parle. El saint Paul avait raison d'appliquer aux apôtres ce passage du Psalmisle : Leur voix s'est fait entendre par toute la terre , et leur parole a été portée jusqu'aux extrémités du monde. (Psal. xx , 12.) Sous leurs disciples, il n'y avait presque plus de pays si reculé et si inconnu , où l'Evangile n'eût pénétré. Cent ans après Jésus- Christ , saint Justin comptait déjà parmi les fidèles beaucoup de nations sauvages, et jusqu'à ces peuples vagabonds qui erraient ça et' là sur des chariots, sans avoir do demeure fixe Ce n'était point une vaine exagération, c'était un fait constant et notoire, qu'il avançait en présence des' empereurs, à la face de tout l'univers.
III. Conversion des gentils parla mort de Jésus-Christ. Les peuples viennent de se soumettre à l'Evangile. Jésus-Christ s'était engagé tle les attirer à lui, lorsqu'il aurait été attaché à une croix. Est-if donc vrai quo l'auteur do la conversion des gentils , le vainqueur île l'idolâtrie soit Jésus-Christ crucifié? 11 n'est pas possible d'en douter. C'est du scandale même de la croix ; c'est de la folio qui parait à prêcher un Dieu
crucifié , que les apôtres font dépendre le succès de leur prédication. Jésus-Christ m'a
envoyé, dit saint Paul, pour prêcher l'Evangile , et le prêcher sans y employer la sagesse de la parole , pour ne pas anéantir la croix de Jésus-Christ. Caria parole de la croix est une folie pour ceux qui se perdent; mais pour ceux qui se sauvent , c'est-à-dire, pour nous, elle est la vertu et la puissance de Dieu. C'est pourquoi il est écrit (Isa. xxix , 14) : Je détruirai la sagesse des sages et je rejetterai la science des savants. Que sont devenus les sages ? que sont devenus les docteurs de la loi ? que sont devenus ces esprits curieux des sciences de ce siècle ? Dieu ria-t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde? Car Dieu voyant que le monde avec la sagesse humaine , ne l'avait point connu dans les ouvrages de la sagesse divine , il lui a plu de sauver par la folie delà prédication, ceux gui croiraient en lui. Les Juifs demandent des miracles , et les gentils cherchent la sagesse. Et pour nous, nous prêchons Jésus- Christ crucifié, qui est un scandale aux Juifs, et une folie aux gentils , mais qui est la force de Dieu et la sagesse de Dieu à ceux qui sont appelés , soit juifs ou gentils. Parce que ce qui paraît en Dieu une folie , est plus sage que la sagesse de tous les hommes, et que ce qui parait en Dieu une faiblesse, est plus fort que la force de tous les hommes. (I Cor. i, 1 7 seq.) Les philosophes avec leurs discours pompeux , avec leur style sublime , avec leurs raisonnements si artificieusement arrangés, Platon avec son éloquence qu'on a crue divine, avaient-ils renversé un seul autel où les plus monstrueuses divinités étaient adorées? Ces philosophes , tous les sages du siècle sacrifiaient eux-mêmes au mensonge. De la croix seule de Jésus-Christ sort une vertu qui ébranle toutes les idoles, et celles qu'on adore sur les autels et celles que chacun sert dans son cœur.
A peine les païens ont entendu le nom de Jésus-Christ crucifié, qu'ils courent en foule brûler ou réduire en poudre leurs divinités de bois et de pierre. Ils n'adorent plus que le Dieu vivant. Ils ont horreur de leurs désirs corrompus. Ils mènent une vie angélique. La vérité les éclaire. La charité les embrase. Ils ne soupirent qu'après les biens éternels. Les princes ne voient plus de solide grandeur que dans la croix. Les riches se font pauvres pour acquérir les richesses incorruptibles : les pauvres se réjouissent de leur pauvreté. Les filles consacrent leur virginité à Jésus-Christ, et ne veulent plus d'autre époux. Les enfants abandonnent la maison de leurs pères pour aller vivre dans les déserts. Tous vont au martyre pour le nom de Jésus-Christ.
IV. Punition des Juifs. Un premier discours de saint Pierre convertit dans Jérusalem trois mille de ses habitants. A ceux-ci se joignent cinq mille dans un second discours du môme apôtre. Les prêtres même en grand nombre se soumettent au joug de }a foi. L'apôtre saint Jacques représente à saint Paul combien de milliers de Juifs sont
fidèles. (Act. xxi, 20.) Qui ne croirait 5 la vue de si heureux commencements , que la nation entière entraînée par les miracles des apôtres et par l'évidence des prophéties va reconnaître Jésus-Christ pour son libérateur? L'endurcissement des Juifs est prédit. Jésus-Christ s'en est réservé un certain nombre; il abandonne le reste, et l'immole à sa justice. Ce puissant roi n'est pas plutôt maître d'un nouveau royaume dans un pays éloigné , qu'il se venge des rebelles qui n'ont pas voulu qu'il régnât sur eux.
L'ordre est donné à ses armées. Jérusalem est renversée de fond en comble. Le temple est consumé par les flammes. En vain Tile fait les derniers efforts pour conserver cet édifice auguste : un arrêt irrévocable est prononcé; il n'y restera pas pierre sur pierre La colère de Dieu est si marquée, sa main si présente au général romain , qu'il avoue qu'il n'est pas le vainqueur, mais un faible instrument de la vengeance divine. Il en est si convaincu qu'il refuse les congratulations des peuples voisins, et les couronnes qu'ils lui envoient pour honorer ses victoires.