‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 85 sur 163 · SOI · texte numérisé non relu

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habitant une lumière inaccessible , que nul des hommes n'a vu , ni ne peut voir. A lui est r honneur et l'empire dans V éternité. [I Cor. vin , k; Galat. m, 20; / Tim. ri, 5; / Tim. i, 17; ITim. vi , 15, 16.)

II. Ce Dieu, si grand et si parfaitement un, n'est pas solitaire , s'il est permis de s'exprimer ainsi. Dans son unité, il est Père, Fils et Saint-Esprit. Ces trois personnes se montrent au baptême de Jésus-Christ. Jésus ayant été baptisé sortit aussitôt horsde l'eau, et en même temps les deux lui furent ouverts: il vit l'Esprit de Dieu , le Saint-Esprit descendre en forme corporelle, comme une colombe , et venir sur lui. Et au même instant (m entendit cette voix du ciel : C'est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. (Matth ni, 16, 17 ; Marc. I, 10; Luc. ni, 22.) Celte voix est manifestement celle du souverain Etre. Ce Fils est manifestement le Fils éternel de Dieu. Quel autre pourrait être l'objet de ses complaisances? Quel est cet Esprit saint , cet Esprit de Dieu , qui se repose sur son Fils bien-aimé , sinon un esprit égal à ce Fils, distingué du Fils, comme le Fils l'est du Père ? Cet esprit se montrant sous une forme visible , n'est ni un don ou une grâce , ni un attribut. Les perfections de l'Etre suprême , et les opérations de sa puissance dans les âmes , peuvent-elles ê'.re représentées sous une forme visible?

III. Jésus-Christ, pour consoler ses apôtres de son absence , leur fait, avant sa Passion, ces magnifiques promesses : Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur , afin qu'il demeure éternellement avec vous ; l'Esprit de vérité , que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit point. Mais , pour vous, vous le connaîtrez , parce qu'il demeurera avec vous et qu'il sera dans vous. Le Consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, sera celui qui vous enseignera toutes choses , et qui vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. (Joan. \iv , 16, 17 , 26.) Et encore: lorsque le Consolateur, l'Esprit de vérité, qui procède du Père , que je vous enverrai de la part de mon Père , sera venu, il rendra témoignage de moi. Il vous enseignera toutevérilé. [Joan. xv, 26.) Selon le grec : « Il vous conduira, il vous fera entrer dans toutes les vérités. » Car il ne parlera pas de lui-même , mais il dira tout ce qu'il aura entendu , et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera , parce qu'il recevra de ce qui est à moi , cl il vous l'annoncera. Tout ce qu'a mon Père est à moi : c'est pourquoi jie.vûU8 dis qu'il recevra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera. [Joan. xvi,13, », 15.)

Dans ces promesses réitérées , on voit un Père qui certainement est le Dieu souverain. On voit un Fils égal au Père, puisqu'il a tout ce que possède le Père. Du Père procède un Esprit, cet Esprit e>l donc distingué du Père. Ce même Esprit reçoit du Fils, il en est donc aussi distingué. Il reçoit du Fils , parce que tout ce qui est au Père est au Fils; cet esprit procède donc du Fils

comme du Père. Il est ce pend TOI égal au Père et au Fils: car il est le Consolateur ; il demeure éternellement avec les apôtres; il est dans eux ; le monde ne peut le recevoir , a cause , sans doute , de. son aveuglement et de ses péchés dont il le convaincra; il est le prix des mérites de Jésus-Christ, puisqu'il doit être envoyé en son nom; il enseignera aux apôtres toutes choses [lbid., 8); il retracera dans leur cœur tout ce que Jésus-Christ leur avait dit; il est V Esprit de vérité, qui enseigne toutes vérités, qui annonce les choses avenir: caractères propres à la divinité, incommunicables à la créature. Ces expressions ; il sera envoyé , il ne dira que ce quil aura entendu, il recevra > ne peuvent donc s'entendre que de sa procession éternelle du Père et du Fils. Le Fils reçoit tout du Père, parce que le Père lui communique sa nature d'une manière ineffable. De même le Saint- Esprit reçoit tout du Père et du Fils, parce que le Père et le Fils sont le principe dont il tire son essence.

N'entendre par cet esprit qu'un don,' une grâce, un attribut, ce n'est pas expliquer la parole de Dieu, c'est l'altérer et la corrompre. L'esprit de vérité, qui enseigne tonte vérité, n'est pas une simple connaissance de notre âme, ou un amour de la vérité, il en est la cause. Les perfections divines ne procèdent pas du Père ; elles ne reçoivent rien du Fils, elles ne sont pas envoyées.

IV. Voici les derniers ordres que Jésus- Christ donne à ses apôtres: Allez donc, leur dit-il, et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père , et du Fils , et du, Saint-Esprit. [Matth. xxviu, 19.) Trois personnes sont encore ici clairement exprimées. Le Saint-Esprit est nommé aussi distinctement que le Père et le Fils ; il e>t donc aussi distingué du Père et du Fils , que le Père et le Fils le sont entre eux. Ces trois Personnes ne sont cependant qu'un seul Dieu : car un. même et seul nom est invoqué, ce qui suppose une seule et même autorité, une seule et môme grandeur. De [tins, recevoir le baptême , c'est se dévouerai! culte du Dieu suprême ; c'est donc se dévouer au culte du Saint-Esprit , comme du Fils et du Père. Or le même culte ne doit être rendu qu'à la même majesté.

V. Terminons cet article par un trait do saint Jean. Voici ce qu'il dit du témoignage rendu à Jésus-Christ dans le ciel : Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel , le Père, le Verbe et le Saint-Esprit, et ces trois sont une même chose. (1 Joan. v, 7.) La trinitô des personnes dans l'unité d'une même essence peut-elle être exprimée plus clairement? L'apôtre parle tout de suite d'un autre témoignage rendu sur la terre à Jésus-Christ, par l'esprit , par l'eau et par le sang [lbid , 8) : mais dans le texte original, il ne dit pas do ces trois choses qu'elles sont une même chose, mais seulement qu'elles sont pour une même chose, qu'elles conspirent au même témoignage, qu'elles attestent la môme vérité. Il est vrai que le verset 7. no se trouve pas dans des manuscrits très-an-

OEUVRES COMI'LETES DE LE FRANÇOIS.

nions. Mais il'est constant que, dès le second siècle, l'Eglise d'Afrique, autrefois si nombreuse et si florissante , le lisait dans ceux qu'elle possédait, elles exemplaires où est l'omission, ne sont point d'une antiquité si reculée. (T-:rtlll. ; S. Cypii.) Continuons d'être attentifs.

Article 11. — Divinité du Père, du Fils et du Saint- Esprit. — Foi de lu société chrétienne.

I. Divinité du Père. Les discours de Jésus- Christ qui nous ont appris son origine, ne laissent aucun doute sur la divinité du Père. Ce seul trait est décisif: Mon Père... la vie éternelle consiste à vous connaître^ vous qui êtes le seul Dieu véritable. (Joan. xvn, 3.) Nous savons , dit saint Paul, que les idoles ne sont rien dans le monde , et qu'il n'y a nul autre Dieu que le seul Dieu. Car encore qu'il y en ait qui soient appelés dieux, soit dans le ciel ou sur la terre, et qu'ainsi il y ait plusieurs dieux et plusieurs seigneurs; il n'y a néanmoins pour nous qu'un seul Dieu , qui est le Père , de qui toutes choses, tirent leur être , et qui nous a faits pour lui. (/Cor. vin, 5,6.)

lL.Divinité du Fils. Jésus-Christ nous a donné de sa divinité un trop grand nombre de. preuves , pour que notre foi ait besoin d'être soutenue par de nouveaux arguments. Cependant il ne peut que nous être avantageux d'entendre ses apôtres. Comme c'est dans leurs écrits que nous avons puisé ses discours, i! me semble qu'il n'est point de moyen plus naturel de nous assurer que nous eu avons pris le véritable sens, que d'examiner l'idée que les apôtres s'étaient foroiée de sa personne, sur ses propres discours. S'ils lui dorment, sans limitation, le nom de Dieu et de Seigneur, s'ils reconnaissent en lui les attributs et les perfections qui ne conviennent qu'à Dieu, s'ils lui attribuent les ouvrages dont Dieu seul est l'auteur , s'ils lui rendent, et s'ils nous apprennent à lui rendre l'hommage qui n'est dû qu'à Dieu, ne sera-t-il pas manifeste que nous avons bien pris le sens des discours de Jésus-Christ, que notre foi est la même que celle des apôtres, que tous ceux qui, dans notre siècle, de même que dans les précédents, se diseDt Chrétiens , en ne regardant Jésus-Christ que comme un Dieu par figure et par représentation, sont dans l'erreur la plus grossière, la plus injurieuse au Fils de Dieu , la plus indigne du nom chrétien?

111. Saint Jean ne no.us présente les humiliations auxquelles Jésus-Christ a voulu se réduire pour notre amour, qu'après nous avoir mis sous les yeux ses grandeurs éternelles. Voici comme il commence l'Evangile qu'il nous a laissé : Au commencement était le Verbe , et le Verbe était avec Dieu , et le Verbe était Dieu. Il était dès le commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a clé fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie , et la rie c(ait la lumière des hommes. Il était dans

le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a point connu.

(Joan. i , 1 , 2 , 3 , h , 10.) Vous voyez que saint Jean dit non-seulement que le Verbe était avant qu'il y eût des créatures , ilaIs qu'il donne au Verbe le nom de Dieu, et que tout ce qu'il ajoute à ce nom consacré dans les Ecritures des Juifs, depuis la version des Septante pour exprimer l'essence de l'Etre suprême, bien loin d'en restreindre la signification, n'en fait que mieux sentir la force et l'énergie : car quel caractère plus propre à la Divinité que celui d'être le créaleurde toutes choses, la vie même , la lumière des esprits ?

Si je vous disais avec les ariens de nos iours, connus sous le nom de sociniens , que le saint apôtre entend par le commencement dont il parle, non l'éternité, mais le commencement de la prédication de l'Evangile : qu'il appelle Jésus-Christ le Verbe, non pour exprimer son essence, mais par figure, du nom de la parole de Dieu , qu'il a «fait connaître aux hommes; qu'il dit du Verbe qu'il était avec Dieu, non pour exprimer son existence éternelle en Dieu, ou plutôt son unité avec son Père dans une même essence, mais pour faire entendre qu'il était connu de Dieu ; qu'il lui donne le nom de Dieu, non dans un sens propre , mais par métaphore , parce qu'il représentait Dieu;. qu'il l'appelle la vie et la lumière , non comiue s'il en était la source , mais parce qu'il est l'instrument dont Dieu s'est servi pour publier l'Evangile : qu'il lui attribue d'avoir fait toutes choses, et d'avoir fait le mondey non pour lui en attribuer la création, mais parce qu'il a renouvelé le mande par sa doctrine. Si j'expliquais ainsi le texte de saint Jean , ne me regarderiez-vous pas comme un impie qui fait semblant d'admettre les Ecritures, pour avoir le plaisir de les interprétera ma fantaisie? Vous me demanderiez sans doute avec indignation si , depuis que l'Evangile est entre les mains des hommes» il s'en est trouvé un seul qui , avant les nouveaux ariens, ait entendu le texte en question, dans un sens si forcé, si bizarre, si contraire aux vues du saint évangéliste ?

Si cet évangéliste en nous disant: lu commencement était le Verbe, a voulu simplement nous apprendre que Jésus-Christ était au commencement de l'Evangile, quelle rare instruction nous donne-t-il? Qui a jamais pu ignorer que Jésus-Christ était avant qu'il prêchât? S'il n'appelle Jésus-Christ le Verbe que par figure, parce qu'il a fait connaître la parole de Dieu , comment donne-t-il ail- ,'ours ce nom pour un nom inetfable que nul <iutre que Jésus-Christ ne connaît? Serait-il difficile d'entendre une figure si simple? Serait-elle tellement propre à Jésus-Christ, qu'elle ne pût être appliquée aux prophètes et aux apôtres qui ont fait connaître aux hommes la parole de Dieu? S'il ne dit que le Verbe était avec Dieu, que parce qu'il était connu de Dieu , il ne dit rien du Verbe qui ne puisse être dit de tout autre homme; car quel homme n'est connu de Dieu? Mais n'ad-

PREUVES DE LA RELIGION f)E JESUS-CHRIST. — PART. IV.

mirez-vous pas le singulier langage que l'on prête ici à saint Jean : qui a jamais dit,qui dira jamais qu'une personne est avec quelqu'un pour faire entendre qu'elle en est connue? Si en disant : le Verbe était Dieu, il n'entend qu'un Dieu par métaphore, par représentation , que peut-il entendre en disant : le Verbe était avec Dieu ? Le même terme Dieu est employé sans limitation dans les deux phrases : s'il ne signi-fie point l'Etre suprême dans la seconde , pourquoi le signifierait il dans la première? Adoptez la méthode des nouveaux interprètes,, vous livrez tous les écrits en proie à l'imagination du lecteur qui y trouvera tout ce qu'il lui plaira. N'êles-vous |>as également révolté de l'interprétation que l'on donne à ces paroles, toutes choses ont été faites par lui, le monde a été fait par lui; en les entendant du renouvellement du monde par sa doctrine? De quels termes plus forts voudrait-on que saint Jean se fût servi pour attribuer au Verbe la création de l'univers ? Peut-on sérieusement limiter des expressions si fortes aux effets de la prédication de l'Evangile dont saint Jean n'a pas encore dit un seul mot? Sont-elles même faites ces expressions pour signifier les effets de la prédication de l'Evangile? Quand Jésus-Christ aurait publié et fait recevoir l'Evangile par tout le monde, pourrait-on dire qu'il a fait toutes choses et que le monde a été fait par lui? Est-ce une même chose que de faire le monde, et de faire connaître Dieu dans le monde? 11 est si peu question ici du renouvellement du monde, qu'il n'est question que de sa perversité , de son in-» gratitude, de son aveuglement et de ses ténèbres, qui lui ont fait méconnaître son auteur : Le monde, dit saint Jean, a été fait par lui, et le monde ne fa point connu. Il est venu chez soi, et les siens ne Vont point reçu. Est-ce que le renouvellement du inonde par l'Evangile pourrait être séparé de la connaissance de Jésus-Christ , de la docilité à sa voix, de l'obéissance à ses lois ? Je vous ai montré ailleurs de quoi étaient capables les ennemis de la divinité de Jésus-Christ; il me semble après ce que vous venez d'entendre, que vous n'avez plus rien ft désirer pour vous former une juste idée de ces anti chrétiens. Je serai plus court dans la suite de peur de vous fatiguer.

Ce n'est pas seulement dans l'histoire de Jésus-Christ, que saint Jean lui| donne le nom de Dieu, c'est aussi dans ses Epîtres : Nous savons, dit-il, que le Fils de{ Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence, afin que nous connaissions le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus- Christ. C'est lui qui est le vrai Dieu et la\vic éternelle. (I Joan. v, 20.) Ne seinblc-4-il pas «pie le disciple bien-aimé ait voulu prévenir toutes les fausses explications des ariens? Il faut ici opter : il faut ou refusera Dieu le Père le titre de Dieu suprême, ou l'accorder à son Fils. Saint Jean appelle ce Fils le vrai Dieu, de môme que son l'ère : car il est manifeste que c'est du Fils qu'il dit : c'est lui qui

est le vrai Dieu et la vie éternelle: le pronom démonstratif ne permet pas d'en douter; ce pronom ne peut désigner que le Fils dont il est parlé immédiatement auparavant, et qui est le sujet du discours. II serait même déraisonnable de rapporter Jes paroles dont il s'agit à Dieu le Père, qui a été déjà nommé le Véritable; car il en résulterait cette proposition : le véritable Dieu est le véritable Dieu. Mais peut-il y avoir la plus petite difficulté sur ce texte ? Saint Jean ne fait que répéter ici ce qu'il a dit de la manière la plus claire dans les versets précédents ? Celui qui croit au Fils de Dieu a en soi-même le témoignage de Dieu : celui qui ne croit pas au Fils de Diou ne croit pas à la parole de Dieu, et il fait Dieu menteur, parce qu'il ne croit pas au témoignage que Dieu a rendu de son Fils. Et ce témoignage est, que Dieu notés a donné la vie éternelle, et que c'est en son Fils que se trouve celte vie. Celui qui a le Fils, a la vie: celui qui n'a point le Fils de Dieu, n'a point la vie. Je vous écris ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. {Joan. x, 10-13.) Croit-on au nom d'une créature? La vie éternelle se trouvet-elle dans une créature? Ou pour dire quelque chose de plus fort avec le même apôtre, une créature est-elle la vie éternelle? (I Joan. i, 2.)

Après le disciple bien-aimé, écoutons l'apôtre des gentils. Saint Luc raconte que le grand Apôtre étant à Milet assembla les évêques et les prêtres de celte Eglise, avec (eux d'Ephèse qu'il avait fait venir, et qu'il leur tint un discours également tendre et louchant. Prenez garde à vous-mêmes, leur dit-il, et à tout le troupeau sur lequel le Saint- Fsprit vous a établis évêques, pour gouverner l'Eglise de Dieu,qu il a acquise par sonpropre sang. (Act. xx, 28.) Est-ce Dieu le Père qui a acquis l'Eglise par son propre sang, en mourant pour elle? non certainement. C'est son Fils. C'est donc son Fils que saint Paul appelle Dieu. Mais, direz-vous avec les ariens, quoique le Père n'ait pas versé son sang pour l'Eglise, comme tout ce qui est à Jésus-Christ appartient à son Père, saint Paul peut fort bien l'avoir eu en vue. Je n'ai qu'un mot a vous répliquer. Si en parlant du sang des martyrs qui a servi à confirmer l'Evangile, je vous disais : Dieu a confirmé l'Evangile par son propre sang; mon langage ne vous paraîtrait- il pas intolérable? Tel est le langage qu'il plaît aux ariens de prêter à un saint Paul : car le sang des martyrs n'appartient pas moins à Dieu, que celui de Jésus-Christ.

Le môme saint Paul, dans son Epître aux Hébreux, pour airermirleur foi ébranlée par les persécutions, s'applique a leur donner des notions justes de Jésus-Christ. Il le compare d'abord avec les anges, ensuite avec Moïse. Il le relève infiniment au-dessus des anges par cet endroit du psaume xevi, 7, dont il lui fait l'application : Anges du Seigneur, adorez le tous, (ffebr. t, 6.) C'est donc Jésus -Chris! qui est l'objet do ce psau-

me or, il ne s'agit dans le psaume que au Dieu suprême, de Jehovah, ce nom que Dieu se donne lui-même pour se caractériser, si je puis m'exprimcr ainsi. Saint Paul [lbid., 10) ne voit encore que Jésus- Christ dans le psaume ci, où il n'est question que de Dieu créateur, de Jehovah, l'Etre des êtres, û'El le Dieu fort. Si je ne craignais de vous fatigua, d'un trop grand nombre de citations; il me serait aisé de rassembler bien d'autres endroits des psaumes et des prophètes, où il s'agit manifestement du grand Dieu connu ei adoré par la nation juive, et où saint Paul, de même que saint Pierre et saint Jeun ont vu Jésus-Christ.

Lisez le cha;>. vm d'haie, f 13; lisez ensuite YEpîlrc aux Romains, chap. ix, f 33, et la 1" Epitre de saint Pierre, chap. h, f 7, 8 ; lisez Jérémie, chap. xxm, f 5, et saint Paul, I Cor., chap. i, ^30; lisez Joël, chap. ii, y 32, et saint Pierre et saint Paul, Âct , chap. i, f 17; Rom., chap. x,f 13. Lisez le psaume lxvii, f 19, et saint Paul, Ephes., chap. iv, t 8, 9, 10; lisez haïe, chap. vi. f 1, 2, 3; et saint Jean, chap. xn, f 41; lisez Zacharie, chap. xn, f 10; et le même saint Jean, chap. xix, y 36 ; Apoc, chap. i, f 7; avec saint Pierre, Act., chap. n, y 33; vous serez forcé ou de soutenir que la nation juive n'a eu aucun terme dans ses Ecritures, pour exprimer le nom de l'Etre souverain, ou d'avouer que Jésus-Christ est ce grand Dieu, selon les apôtres.

Voici comme s'exprime saint Paul dans la comparaison qu'il fait de Jésus-Christ avec Moïse : Considérez Jésus-Christ, V Apôtre et le Pontife de la religion que nous professons; lequel est fidèle à celui qui Va établi, comme Moïse lui a été fidèle en toute sa maison. Car il a été jugé digne d'une gloire d'autant plus grande que celte de Moïse, que celui qui a bâti la maison est plus estimable que la maison même. En effet, il n'y a point de maison qui ne soit bâtie par quelqu'un. Or, celui qui a bâti toutes choses, est Dieu. (Hebr. v. 1, 2, 3, 4.) Vous voyez que celui qui a bâti la maison, et qui a fait toutes choses, est Dieu : or, selon saint Paul, c'est Jésus-Christ qui a bâti la maison; Jésus-Christ est donc Dieu; non un Dieu subalterne, par figure et par représentation, mais le Dieu souverain, puisqu' il a fait toutes choses.

Qu'est-ce que le mystère de l'Incarnation, selon cet Apôtre ? Ce mystère de la piété est grand. C'est (dans le texte original) Dieu manifesté en chair, justifié par l'esprit, vu des anges, prêché aux nations, cru dans le monde, élevé en gloire. (I l'im., ni, 16.) Vous ne pouvez disconvenir qu'il ne soit ici question de Jésus-Christ. Direz-vous que peutêtre saint Paul, eh l'appelant Dieu, ne lui donne pas ce nom dans un sens propre? Vos soupçons ne portent sur rien. Vous est-il même possible de les allier avec les expressions de l'Apôtre? Saint Paul trouve un grand mys'lère dans ce Dieu manifesté en chair. (Ibid.) Où serait ce grand mystère, s'il ne s'agit pas du vrai Djeu ? Il n'y a point de milieu entre le Créateur et la créature : or,

je vous prie de médire si vous regardez comme un grand mystère, la manifestation en chair, d'une créature quelle,qu'elle puisse être? Qu'une créature se manifeste en chair, ou sous telle autre forme qu'il vous plaira d'imaginer, tout cela me paraît fort égal : il n'y a que la manifestation en chair du Créateur, qui forme un mystère sous la grandeur duquel mon esprit succombe , parce que la distance entre le Créateur et la créature est infime.

Si vos soupçons ne sont pas entièrement dissipés, lisez ces autres textes de saint Paul : La grâce de Dieu Sauveur a paru à tous les hommes; et elle nous apprend qu'ayant renoncé à l'impiété et aux passions mondaines, nous dr:ons vivre dans le siècle présent, avec tempérance, avec justice et avec piété ; dans l'attente du bonheur que nous espérons et de l'avènement glorieux de Jésus-Christ le grand Dieu et not^e Sauveur, qui s'est livré lui-même pour nous. (Tit. H, 11-14.) Et dans son Epître aux Romains où il s'agit des avantages et des privilèges des Israélites : ils ont eu, dit l'Apôtre, les patriarches pour pères, et de qui est selon la chair le Christ, qui est Dieu au-dessus de tout, béni dans tous les siècles. Amen. (Rom. ix, 5.)

Il est manifeste que saint Paul parle du Fils de Dieu; c'est lui qui a paru, c'est lui dont nous attendons l'avènement , c'est lui qui s'est livré pour nous,. c'est lui qui est sorti selon la chair des Israélites. Si vous étiez encore tenté de ne pas reconnaître le Fils de Dieu pour le Dieu souverain, je vous demanderais quels termes vous voudriez que saint Paul eût employés pour vous en donner celte idée? Il ne paraît pas qu'il en ait connu de plus forls et de plus énergiques. Il ne se contente pas de l'appeler Dieu : il l'appelle le grand Dieu, le Dieu sur toutes choses, le Dieu béni dans tous les siècles ; et il ajoute Amen, comme un dernier sceau de vérité; il n'a point d'autres couleurs, si je puis parler ainsi , pour peindre Dieu le Père. (Ephes. iv, 6 ; Rom. i, 25; // Cor. xi, 31 .) N'ayez point recours, avec les sectateurs de Socin, à une exclamation qui fasse lomb r sur le Père ces mots : Dieu au-dessus de toutes choses, béni à jamais; en sorte qu'après ces paroles, dont est le Christ, commence cette autre phrase : Que le Dieu qui est sur toutes choses soit béni dans les siècles! Tout s'oppose à ce misérable subterfuge : la liaison, dans le texte grec, des derniers mots avec les premiers , formée par l'article et le participe, qui ne peut être rendu que par les termes qui est Dieu; les manuscrits et les versions, l'arrangement des mots ; car il n'y pas dans le texte : béni Dieu, sur quoi on pourrait peut être fonder la prétendue exclamation en suppléant le verbe substantif, mais il y a : Dieu béni dans tous les siècles.

Nous avons vu ailleurs la confession de foi que saint Thomas fit à Jésus-Christ ressuscité, en lui disant : Mon Seigneur et mon Dieu. (Joan. xx, 28.) C'est voir ce qui n'est point, que de prétendre voir dans ces paroles

une exclamation qui revienne à ce sens :

0 mon Seigneur et' mon Dieu , que vous êtes admirable d'avoir ainsi rendu- la vie à mon maître! Nul vestige de cette prétendue exclamation ni dans le texte original , ni dans la version latine. C'est à Jésus-Christ que Thomas répond; c'est à Jésus-Christ qu'il dit : Mon Seigneur et mon Dieu. Jésus- Christ reçoit et approuve sa confession. 11 loue d'avance ceux qui dans la suite croiront ce que croit son disciple.

Finissons cet article par les paroles de Zacharie à son fils, qui vient de nailre : Et vous petit enfant, vous serez appelé le prophète du Très-Haut ; car vous marcherez devant le Seigneur, pour lui préparer les voies ; pour donner à son peuple la connaissance du salut, afin qu'il obtienne la rémission de ses péchés, par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, par lesquels ÏOrient d'en haut nous est venu visiter. (Luc. i, 7 seq. ) N'est-ce pas devant Jésus-Christ que doit marcher Jean-Baptiste ? N'est-ce pas à Jésus-Christ qu'il doit préparer le chemin ? Jésus-Christ est donc le Seigneur, le Très- Haut, notre Dieu, l'Orient d'en haut. Il est inutile désormais d'entendre les apôtres, pour apprendre d'eux quelles perfections conviennent à Jésus-Christ. Dès qu'ils lui donnent les noms consacrés dans le langage des patriarches et des prophètes, pour exprimer l'Etre suprême, peut-il être douteux qu'ils ne reconnaissent toutes les perfections dans sa personne? Mais écoutons ces grands maîtres enseignés par l'esprit de vérité , pour apprendre à connaître Dieu.

IV. Dieu est l'Etre immuable : Je, suis le Seigneur, je ne change point, dit-il lui-même nar la bouche de Malachie (ni, 6). Il est l'Eternel qui vil éternellement (Deut, xxxn, 40 j, et qui seul possède l'immortalité. (I Tim. vi, 1G.) Il est le bonheur de l'homme , et la vie éternelle consiste à le connaître. (Joan. xvu, 3.) Il est le scrutateur des cœurs (/ Iieg. xvi, 7.J, il en voit le fond, il les sonde (Psal. vu, 10 ), il pénètre toutes les pensées des esprits. (1 Parai xxvm, 9.) II est le premier, et il est le dernier. (Isa. xLiy, 6, 8.) Il est le Sauveur; nul autre protecteur que lui ; nul autre Sauveur que lui (ha. xi.iii. 11 ); c'est lui qui efface les iniquités. (Ibid., 25.) Il est le Tout-Puissant (G en. xvu,

1 ; lixod. xv, 3; Isa xl, 12), Celui qui est. (Exod. m, 14.) Il est le Créateur, en présence de qui l'univers n'est qu'un vide et un néant. (Psal. xxxvi. G.) Il est le Roi de gloire. (Psal. xxiii, 7 scq.) Il est le Juge souverain qui juge l'univers dans la justice et les peuples dans la vérité. (Psal. xcv, 13.) Il est le lioi des rois, et le Seigneur des seigneurs. (I Tim. vi, 15.) Il est la Majesté suprèrnequi seule doit être adorée. (Exod.xx,1-!.)

Telles sont les perfections qui entrent dans l'idée que les apôtres nous tracent de Jésus-Christ, dans lequel toute la plénitude de la Divinité habite substantiellement {Col. il. 9)1 qui a la forme et la nature de Dieu; <ini lui est égal (Philip, il, G); qui est son image (II Cor. iv, h), la splendeur de sa

gloire, le caractère de sa substance. (Hebr. i, 3. ) Les deux périront... Il est toujours le même (Hebr i, 12 ); il était hier, il est aujourd'hui, et il sera le même dans tous les siècles. (Hebr. xui, 8. ) Ses jours nont ni commencement, ni fin , il demeure éternellement. (Hebr. vu, 3, 21.) H est la vie et la vie éternelle. (I Joan i, 2; v, 20.) // connaît toutes choses , il sonde les reins et les cœurs. (Joan. h, 17; Psal.yu, 10; Apoc. H, 23.) Il est l'Alpha et l Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. (Apoc. i, 8 ; 7, 1 1 , 13 , 17; xn, 13.) Il est le Sauveur (Isa. xliii, 11 ); il est le Tout Puissant (Isa. xl, 12); il est le Roi de gloire (Psal. xxm, 7 seq. ); le Créa- Icurqui aaffermila terre sur ses fondements Al est le souverain Juge devant le tribunal duquel nous paraîtrons tous. Il est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. Il est la majesté suprême, au nom' de laquelle toute grandeur doit s'abaisser, et tout genou doit fléchir sur la terre et au ciel. (fit. n , 14; Act. iv, 12 ; Apoc. i , 8; I Cor. n, 8; Hebr. i, 10 ; Rom. xiv, 10; II Cor. y, 10; Apoc. xvu, 14; xix, 16; Hebr. i, G; Philip, n, 20.)

V. Jésus-Christ est Dieu, il possède toutes les perfections de Dieu ; donc il est le principe de tous les ouvrages de Dieu : la conséquence est naturelle. Les apôtres nous dispensent de la tirer : si Dieu a tout créé (Gcn. î, 1), si tout est de lui, et par lui et en lui (Rom. xi, 36), s'il donne la vie, le mouvement et l'être (Act. xvu, 28), s'il remettes péchés (Isa. xliii, 25), s'il donnela grâce et la gloire (Psal. lxxxiii, 12) ; Jésus-Christ a fait les siècles (Hebr. i, 2), il a créé les choses visibles et les invisibles, les deux et la terre, tout est par lui et pour lui, toutes choses subsistent en lui, il soutient tout par sa parole toute-puissante (I Cor. viu,6; Coloss. i, 16, 17; Hebr. i, 10 , 3, 5 ); il agit incessamment comme son Père, il fait tout ce que son Père fait (Joan. y, 17, 19), il remet les péchés, il donne la grâce, il donne la gloire. (Luc y, 21 ; Act. xm, 38; Rom. i, 7; xvi, 20, 24 ; 1 Cor. i, 16 ; xvi, 23 ; Joan. xx, 31.)

Les ariens ne sauraient nier que les apôtres attribuent à Jésus-Christ les ouvrages qui ne peuvent être les effets que. d'une puissance infini • • : mais ils répondent' que ces ouvrages ne sont attribués à Jésus-Christ que comme à un instrument, que la cause principale, qui est le Dieu souverain, a bien voulu employer. Quelle réponse 1 Distinguer ici une cause principale et un instrument, n'est-ce pas chercher les ténèbres pour se dérober h la lumière? Y a-t-il un seul mot dans les livres du Nouveau Testament, sur lequel on puisse appuyer la prétendue distinction? Y a-t-il même un mot qui insinue seulement qu'elle ait été connue des apôtres? Usent-ils, ces grands hommes qui ont si bien connu Dieu et Jésus-Christ, d'expressions différentes, quand ils attribuent la création et la conservation de l'univers à Dieu le Père et quand ils l'attribuent à son Fils? Ne disent-ils pas également du Fils comme du Père : tout est

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par lui et pour lui ; il a fait les siècles, tout subsiste par lui, il soutient tout par sa puissance? Si vous- ne découvrez dans ces expressions qu'un instrument, je vous délie de prouver par les Ecritures, que Dieu le Père est la cause principale du monde.

Soupçonner les apôtres de ne regarder Jésus-Christ que comme un instrument des ouvrages de Dieu, c'est vouloir les faire passer pour des écrivains inconséquents : car, après avoir donné à Jésus-Christ les noms et les perfections de Dieu, pourraientils, sans une contradiction manifeste, lui refuser les ouvrages de Dieu, ou ne les lui accorder que comme à un instrument? Je dis plus, c'est les charger d'une absurdité visible; car si Jésus-Christ n'est qu'un instrument de la création, il est créé lui-même: il faut donc que cet instrument, pour que les discours des apôtres, qui lui attribuent d'avoir tout créé et fait les siècles, soient vrais et exacts, qu'il soit l'auteur de sa durée, qu'il se soit créé lui-même ? Quelle absurdité plus révoltante 1

Mais que veulent dire les ennemis du Fils de Dieu quand ils parient d'instrument pour la création et la conservation de l'univers? S'entendent-ils eux-mêmes? Un instrument suppose la matière sur laquelle il agit: La création suppose-t-elle une matière préexistante ? L'agent qui fait sortir les êtres du néant, n'agit que par sa volonté : peut-elle avoir des bornes, la volonté qui produit des êtres parce qu'elle veut? De plus, la production du monde est-elle du ressort d'une intelligence limitée? Est - il une autre sagesse qu'une sagesse intinie, qui soit capable de connaître toutes les parcelles de matière, qui entrent dans la composition des corps dont le monde est l'assemblage, et d'y établir et entretenir l'ordre qu'on y voit régner? Les ennemis de Jésus-Christ rejettent sa divinité, parce qu'elle est un mystère pour leur faible raison, qui la règle et la mesure de leur foi ; et dans leur instrument de la création, ils nous présentent un mystère plus incompréhensible que celui qu'ils rejettent: car un instrument créé d'une puissance cependant et d'une sagesse infinie, quel mystère, ou plutôt quelle chimère I

Remarquez en passant, le travers des ennemis de la religion de Jésus-Christ. Les uns prennent le parti de tout nier, jusqu'à Dieu même, et mettent à la place de Dieu, nue matière éternelle mille fois plus inconcevable que le Dieu qu'ils nient, et qu'ils ne nient que parce qu'ils ne peuvent en comprendre la nature. Les autres admettent un Dieu, non celui que Jésus-Christ nous a fait connaître, mais un Dieu qu'ils se font à leur fantaisie, et qui est mille fois plus inintelligible que celui qu'ils refusent de reconnaître, précisément parce qu'ils ne peuvent en comprendre toutes les perfections. Les autres enfin avouent la révélation faite par Jésus-Christ; mais par des explications arbitraires, il en écartent tous les mystères qu'ils ne conçoivent pas; et leurs explications sont plus inioujpié-

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hensibles que les mystères qu'ils désa vouent, précisément parce qu'ils ne peuvent les comprendre. En voilà trop sur la distinction frivole des ariens. L'Etre suprême n'a pas besoin d'instrument pour opérer ses ouvrages. Si Jésus-Christ est donc l'auteur de la création et de la conservation de l'univers, c'est qu'il fait tout ce que fait l'Etre suprême, c'est qu'il est un avec lui en puissance, en sagesse, en essence. C'est là l'idée que les apôtres en ont eue, et qu'ils nous en ont donnée, en lui rendant et nous apprenant à lui rendre l'hommage qui n'est dû qu'au Dieu souverain.

VI. S'il est un hommage qui soit dû au souverain Etre, et qui ne soit dû qu'à lui seul, c'est assurément l'adoration, c'est la foi, l'espérance, la charité, la prière, c'est de jurer en son nom, c'est de sacrifier tout, la vie même pour son nom. [Exod. xx, 2; Deut. vi, 4, 13; Matth. îv, 10; Isa. xly, 22, 23; Apoc. xix, 10; Hebr. xi, 6; Psal. lxi, 8, et xc, 9; Deut. vi, 5; Matth. xxn, 37; Joël. il, 32; Exod. xxm, 13; Deut. vi, 13.)

Or nous devons à Jésus-Christ les mêmes honneurs qu'à son Père. Il est ordonné aux anges et aux hommes de l'adorer. Nous dedevons croire en lui. 11 est l'auteur et le consommateur de la foi. Il est notre espérance, Nous devons l'aimer comme son Père, en sorte que rien ne soit capable de nous séparer de son amour, ni la vie, ni la mort, etc. Tout est promis à l'invocation de son nom. Tout est promis à la perte de la vie pour son nom. (Joan, ni, 22; Uebr.\,'ù; Philip, ii, S; Rom. xiv, H', Joan. xiv, 21; Hebr. xn, 2; / Tira, i, 1; Joan. xiv. 23; Rom. vin, 35; Rom. x, 13; Matth. x, 39.}

Ne me dites point que Dieu peut se relâcher, pour ainsi dire, en faveur d'une de ses créatures, et lui accorder les honneurs et les distinctions, qui ne conviennent essentiellement qu'à sa majesté suprême.

Apprenez de Dieu à penser plus dignement de lui : Je suis le Seigneur, dit-il luimême dans Isaïe (xi.u, 8), c'est là le nom qui m'est propre : je ne donnerai point ma gloire à un autre, ni les hommages qui me sont dus à des idoles. 11 est aussi impossible qu'une créature devienne l'objet de l'adoration» qu'il l'est qu'elle devienne Dieu. Qu'est-ce qu'adorer? C'est reconnaître un être pour notre principe et notre fin, et nous assujettir à lui sous ces rapports par les sentiments du plus profond respect, de la plus vive reconnaissance, d'un amour sans réserve.

Il nous est donc aussi impossible d'adorer une créature, qu'il nous est impossible de la regarder comme notre principe et notre fin. Et si l'on pouvait supposer que Dieu nous prescrivît d'adorer une créature, notre obéissance ne se réduirait jamais qu'à une adoration purement extérieure que notr* esprit et notre cœur désavoueraient; parce qu'eu même temps que nous ferions des gesles et des grimaces, nous serions-intimement convaincus que cette créature n'étant ni notre principe ni notre fin, serait indigne des sentiments qui constituant l'adoration.

PREUVES DE LA RELIGION DE JESUS CHRIST.. - PART. iV.

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Cela est vrai, répliquerez-vous, de l'adoration suprême ; mais il est une adoration subalterne, selon les nouveaux ariens, que le Dieu souverain peut décerner à une de ses créatures.

Qu'entendez-vous par une adoration subalterne? L'expression est nouvelle pour moi. Vous entendez, sans doute, un culte proportionné à quelque divinité subalterne. Les apôtres n'ont point connu de divinité de cette espèce; les martyrs ne l'ont; point confessée devant les tyrans, les Chrétiens n'en ont jamais oui parler; ils ne croient qu'un seul Dieu créateur du ciel et de la terre. L'Evangile a renversé toutes les idoles; voulez-vous les relever, en introduisant dans la religion des divinités de différents ordres, à l'imitation des païens? Qu'est-ce donc que ce culte nouveau dont vous parlez? Est-ce un culte semblable à celui que les Chrétiens rendent aux esprits des justes, citoyens de la Jérusalem céleste (Hebr. xn, 22), et qu'ils font consister à honorer les dons de Dieu dans ses saints, à respecter leurs dépouilles comme les temples du Saint- Esprit, à s'en retracer le pieux souvenir par des images, à imiter leurs vertus, à les prier de solliciter pour eux, par les mérites de Jésus-Christ, au pied du trône de la grâce ?

Il est bien question ni de ce culte, ni de votre adoration subalterne. Les apôtres adorent le Fils de Dieu, comme ils adorent son Père. Ils ne les divisent pas dans le culte qu'ils font profession de leur rendre, parce qu'ils ne les croient pas divisés dans leur essence. Le Père et le Fils sont, aux yeux de leur foi, un seul et même Dieu en deux Personnes, à qui par conséquent est dû un seul et même hommage. S'ils fléchissent le genou, et s'ils déclarent que tout genou doit fléchir au nom du Fils (Philip. V, 8), c'est qu'ils le regardent comme le Dieud 'Abraham qui emploie les mêmes termes pour faire entendre le culte qu'il exige de sa créature: Tournez les yeux vers moi , peuples de toute la terre, et vous serez sauvés, parce que je suis Dieu, et qu il n'y en a point d autre. J ai juré par moi-même, cette parole de justice est sortie de ma bouche et elle ne sera point vaine : que tout genou fléchira devant moi. (Isa. xlv, 22, 23.) Quels termes en effet plus propres pour exprimer le saint tremblement, l'abattement, l'anéantissement où doit être la créature en présence du Créateur. S'ils l'adorent, et s'ils déclarent que les anges doivent l'adorer (Hebr. i, 6; Apoc. i, 8); c'est qu'ils le regardent avec son Père, comme le principe, la fin de toutes choses, comme celui par qui et pour qui tout est. (Coloss. i, 16.)

Ils croient en lui, comme ils croient en son Père : donc il est la vérité même (Joan. xiv. G; Joan. v, 6); car si l'on peut croire à une créature qui parle, lorsque l'on n'a aucun sujet de la soupçonner d'être trompée, ou de vouloir tromper; on ne croit qu'en Dieu, parce que lui seul ne peut ni tromper ni être trompé. Ils espèrent en lui, comme ils espèrent en son Père; donc il est la sou-

veraine miséricorde, la bonté essentielle, source de tous les biens: car ils ne pourraient espérer dans une créature, sans mériter la malédiction prononcée contre quiconque se confie en Vhomme. (Jer. iv, 50.) Ils l'aiment comme ils aimeut son Père; donc il est la souveraine perfection : car notre cœur est réservé à Dieu par le grand et le premier commandement. Ils le prient comme ils prient son Père, donc il est l'auteur de la grâce, la miséricorde dont nous devons tout attendre, la puissance dont nous pouvons tout recevoir: car une créature ne peut rien nous donner. Ils jurent en son nom comme ils jurent au nom de son Père (Rom. ix, 1) ; donc il est Dieu : car il est défendu d'appeler un autre nom en témoignage. (Deut. vi, 13.) Enfin ils sacrifient tout à sa gloire; donc il est le Seigneur dont le domaine est universel, et le juge de la terre, qui rendra au centuple les perles que l'on l'ait pour la gloire de son nom. C'est donc une vérité démontrée que les apôtres reconnaissent Jésus-Christ pour le Dieu suprême ; puisqu'ils lui donnent les mêmes noms et les mêmes perfections qu'à son Père, qu'ils lui attribuent les mêmes ouvrages et qu'ils lui rendent le même culte.

VIL Après des preuves si évidentes de la foi des apôtres, je craindrais de vous paraître me méfier de votre raison, si je m'arrêtais à discuter quelques-uns de leurs textes, où ils donnent Dieu le Père pour le seul Dieu, et où ils parlent de Jésus-Christ comme d'une créature. Il est aisé de les entendre. Vous n'avez pas besoin de mon secours, poursentir qu'il n'y a que des esprits pointilleux et de mauvaise foi qui puissent les objecter. Il est manifeste que dans les textes du premier génie, le Père est appelé le seul Dieu, non pour exclure son Fils qui n'est qu'un seul et même Dieu avec son Père (/ Cor. vm, 5), mais ce fatras de divinités chimériques, que le monde aveugle adorait, dans le siècle des apôtres, de même que lorsque le Fils est appelé le Seigneur, le Seigneur des seigneurs, le seul Seigneur (Apoc. xvii, 14; Il Cor. vm, 6), nom qui ne signifie pas moins que celui de Dieu, puisqu'il est consacré dans les versions grecques et latines du texte hébreu pour rendre le grand nom Jehovah; de même, dis-je, que lorsque le Fils est appelé /e seul Seigneur, ce n'est assurément pas pour exclure son Père, mais uniquement les Baalim, ou fausses divinités du paganisme. Ainsi il n'est pas moins insensé de prétendre que le Fils n'est pas Dieu, parce que son Père est appelé le seul Dieu, qu'il le serait de prétendre que le Père n'est pas le Seigneur, parce que le Fils est appelé le seul Seigneur.

Les textes du second genre sont encore moins susceptibles de difficultés. Jésus- Christ est Dieu et homme tout ensemble. Que peut-on donc inférer des endroits où il est parlé de lui comme d'une créature? Les discours des apôtres au sujet de sa divinité en sont-ils moins vrais? Il n'est pas moins absurde de prétendre (pic Jésus-Christ

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n'est pas Dieu, parce que les apôtres en parlent connue d'une créature; qu'il serait absurde de [détendre qu'il n'est pas homme, parce qu'ils en parlent comme d'un Dieu. Si Jésus-Christ n'était ipie Dieu, les apôtres aurait tort do lui attribuer des propriétés qui ne conviennent qu'à la créature. S'il n'était qu'homme, ils auraient inliniment plus tort de lui attribuer des perfections qui ne conviennent qu'à Dieu. Mais dès que Jésus-Christ est Dieu et homme, tout se concilie dans sa personne; et les discours des apôtres sont pleins de justesse et de raison. Nous serons plus courts sur la divinité du Saint-Esprit. Un simple exposé des •textes des apôtres suffira, sans répéter les remarques que nous venons de faire sur les noms, les attributs, les ouvrages de Dieu, et sur le culte qui n'est dû qu'à sa majesté.

VIII. Divinité du Saint-Esprit. Le Père est Dieu. Jésus-Christ est Dieu. Jésus-Christ associe le Saint-Esprit à son Père; et il se l'associe à lui-même. Le Saint-Esprit est donc Dieu. Mais prêtons l'oreille aux discours que Jésus-Christ va nous tenir par la bouche de ses disciples. Saint Pierre appelle Dieu le Saint-Esprit. Comment, dit-il à Anan-ie, Satan vous a-lil tenté de mentir au Saint- Esprit ?.... C'est à Dieu que vous avez menti, et non pas aux hommes. (Act. v, 3, 5.) Cette opposition entre Dieu et les hommes, marque clairement l'idée que saint Pierre avait du Saint-Esprit et de sa majesté. C'est lui qu'lsaie (vi, 9) voit avec le Père et le Fils dans sa gloire, entourés de Séraphins occupés à célébrer sa sainteté. C'est lui-même qui [tarie au prophète. Saint Paul est ici notre garant, dans son discours aux Juifs de Rome. C'est avec grande raison que le Saint-Esprit qui a parlé à nos pères par le prophète Isaïe, a dit (Ibid ) : Allez vers ce peuple, et lui dites: vous écouterez, et en écoutant vous n'entendrez point, etc. (Act. xxvm, 25, 26.) Car c'est le Seigneur, le Jéhovah, le Dieu des armées assis au milieu des Séraphins, qui donne ses ordres au prophète: ce trait de saint Paul ne peut souffrir de réplique. Il fournit une autre preuve qui n'est pas moins décisive. Isaïe et tous les prophètes se donnent pour les organes de Dieu , et saint Paul en est persuadé. Dieu ayant parlé, dit-il, à nos pères en divers temps, et en diverses manières, par les prophètes, etc. (Ilebr. i, 21.) Or, lo même apôtre vient de nous apprendre qu'lsaie n'était que l'organe du Saint-Esprit ; saint Pierre l'assure de tous les prophètes. Ce n'a point été par la volonté des hommes que les prophéties nous ont été anciennement apportées; mais ça été par le mouvement du Saint-Esprit que les saints hommes de Dieu ont parlé. (Il Petr. i, 2J ; Act. i, 10.) Il est donc évident que le Saint- Esprit est Dieu.

IX. // y a, dit saint Paul, diversité de dons spirituels: mais il n'y a qu'un même Esprit. Il y a diversité de ministères; mais il n'y a qu'un même Seigneur. Il y a diversité d'opérations surnaturelles ; mais il n'y a

itu'un même Dieu (fui o-père tout en tous. 1 Cor. xu, k, 5, 6, 12.) L'Apôtre entre dans e dénombrement de ces grâces, et il le finit ainsi : or, c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons, selon qu'il lui plaît. Il est manifeste que l'Apôtre appelle ici Seigneur et Dieu le Saint-Esprit : car il n'est question que de lui dans le commencement de ce chapitre. De plus, ces paroles, an seul et même Esprit opère toutes ces choses sont une simple répétition de ces autres, un même Dieu opère tout. Mais quand on appliquerait à Jésus-Christ le nom de Seigneur, et à son Père celui de Dieu, il serait toujours évident que le Saint-Esprit serait une même chose avec Dieu le Père, puisqu'il opère tout ce que Dieu opère.

X. C'est lui, en effet, qui opère tout et dans les disciples de Jésus-Christ, et dans ! humanité de Jésus-Christ, et dans les fidèles. 11 enseigne aux apôtres toute vérité. Il parle en eux devant les magistrats et les puissances ; à cette heure-là même il leur enseigne ce qu'il faut qu'ils disent. Il en dispose selon sa volonté suprême pour l'œuvre à laquelle il les appelle. Ils sont envoyés par lui. (Joan. xvi. 13; Matth. x, 20; Luc. xu, 12; Act. h, k; Act. xui,2, k.) Ils n'annoncent la parole de Dieu que dans les endroits où il le leur permet. C'est lui qui établit les évêques pour gouverner l'Eglise de Dieu. (Act. xvi, 7.) Il opère dans l'humanité de Jésus- Christ. Il est auteur de sa conception. Il la remplit. Il la consacre par son onction. Il la conduit. Il la meut. Il opère tout dans les hommes. (Luc. i, 35; Matth. i, 18; Luc. iv, 1, 18; Act. x, 38; Matth. iv, 1; Luc iv, l'i.) Outre les dons de sagesse, de science, do foi, de guérir les maladies, de faire des miracles, de prophétie, du discernement des esprits, de parler diverses langues, de l'interprétation des langues (J Cor. xu, 8, 9seq.), qu'il distribue à chacun selon qu'il lui plait, il purifie des péchés, comme l'enseigne saint Paul, après une longue énuméralion de crimes : C'est ce que quelques-uns de vous, dit-il aux Corinthiens, ont été autrefois : rttais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu. (I Cor. vi, 11.) Le Saint-Esprit sanctifie donc et justifie. C'est lui qui donne la grâce. Pierre parle à Corneille et à d'autres gentils, le Saint-Esprit descend sur eux ; et les fidèles circoncis sont frappés d étonnement de voir que la grâce du Saint-Esprit se répand aussi sur les gentils. L'amour de Dieu est répandu par lui daris nos cœurs. (Act. x, 44, ko; Rom. v,5.) Il nous rend enfants de Dieu; car, dit encore saint Paul aux Romains, tous ceux qui sontpousr ses par l'Esprit de Dieu, sont enfants de Dieu. Aussi vous n'avez point reçu l'esprit de servitude, pour vous conduire encore par fa crainte : mais vous avez reçu l'Esprit de l'adoption des enfants, par lequel nous crions: mon père, mon père. [Rom. vin, 1i, 15.) Il est le principe de la résurrection : que si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus-Christ

d'entre tes morts, habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous. (Jbid., 11.)

XI. Les œuvres propres à la Divinité sont donc les œuvres du Saint-Esprit. 11 est donc évident qu'il est l'Etre parfait. Infiniment intelligent, il pénètre tout, et même les profondeurs de Dieu. (// Cor. h, 10.) Il est l'Es' prit de vérité. (Joan. xvi, 13.) Infiniment puissant, il est la vertu du Très-Haut (Luc. i,35); la souveraine Majesté , dont les fidèles sont le temple : Ne savez-vous pas, dit saint Paul aux Corinthiens, que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous? Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit, qui réside en vous? D'où il tire cette conséquence: Si quelqu'un profane te temple de Dieu, Dieu le détruira. (I Cor. m, 16; vi, 19.) C'est donc une même chose d'être le temple du Saint-Esprit et le temple de Dieu.

XII. Dans le fond de noire âme, nous portions empreinte l'idée de l'Etre souverainement parfait : Moïse la retrace; Jésus-Christ la perfectionne et l'étend. Il nous enseigne que Dieu est Père d'un Fils, et qu'avec son Fils il est le principe d'une troisième personne qui est le Saint-Esprit; que ces trois Personnes ont une seule et même nature; sont un seul Dieu souverainement parfait, créateur de toutes choses. Il est manifeste que c'est là le sens naturel des discours de Jésus-Christ. C'est ainsi que la société chrétienne les a toujours entendus. Dans tous les temps elle a cru qu'on ne pouvait abandonner ce premier article de sa foi, sans retomber dans l'infidélité. Or, pourrions-nous souhaiter un interprète plus éclairé, plus sûr, plus infaillible? La société chrétienne a été instruite par les apôtres ; elle avait reçu de leur bouche, toutes les vérités qui sont l'objet de sa foi, avant qu'ils songeassent à les lui laisser par écrit. Pour craindre qu'elle se fût trompée dans l'intelligence de leurs écrits, il faudrait supposer ou qu'elle n'eût rien compris à leurs prédications, ou qu'elle eût oublié les vérités qu'elle en avait reçues de vive voix, ou qu'il n'y eût point de conformité entre leurs écrits et leurs prédications. Des suppositions si absurdes, ne peuvent être du goût que de ces hommes assez hardis, pour préférer les visions de leur imagination, à la foi et aux lumières d'une société établie par Jésus-Christ.

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