IV. I
s OCUVnF.S IL LOr.D byron.
vous devriez brûler à l'instant tout ce que j'ai écrit, et tous les misérable;; CUudiens du jour, excepté Scott et Crabbc.
V'^ février 1819. — Je n'ai pas encore commencé à recopier le second chant, qui est achevé, et cela, par suite de la paresse qui m'est naturelle, et du découragement gu'a produit chez moi le déluge d'eau et de lait dans lequel on a noyé le premier chant. Je leur dis tout cela, comme à voii?, afin que de votre côté vous le leur répétiez; car je n'ai rien sous la main. S'ils m'avaient dit que la poésie était mïUvaite, je me serais rendu ; mais ils conviennent du contraire, cl ne me chicanent que sur la moralité. C'est la première fois que j'cnlends ce mot sortir de la bouche d'un honnête homme ; ordinairement ce sont les fripons qui 'en servent pour masquer leurs projets. Je maintiens que Don Juan est le plus moral de tous les poèmes, et que si le lecteur ne peut pas en découvrir la moralité, c'est sa faute et non pas la mienne.
6 avril 1819. — Vous ne ft-rez pas des cantiques de mes chants ; le poème réussira s'il est spirituel {lively) ; s'il est slupide, il échouera; mais je ne consentirai h aucune de vos mutilations, que je donne au diable. Si cela vous convient, publiez-le anonymement, cela ?pra peutêtre le meilleur parti ; mais je m'ouvrirai mon ctiemin i)ravemeut envers et contra tous, comme un porc-épic.
12 aoiU 1SI9. — Vous avez raison, GilTord a raison, Crabbe a raison, Hobhou?e a raison, vous avez tous raison, et mol seul ki tort. Mais, je vous en prie, lai>sez-moi cette satisfaction ; coupez-moi dans le tronc et sur les branches^Alémembrez-moi dans le Qunrtcrlij fie- View, dispersez au loin disjecli membra poeiœ, comme ceux de la femme du lévite; donnez-moi en spectacle aux hommes et aux anges; mais ne me demandez pas de faire des modilications, car je ne puis pas : je suis obstiné et paresseux, voilà toute la vérité. Vous me demandez le plan de Donwj Jolunuj; je n'ai pas de plan, je n'ai [)as eu de plan, je vais où j'ai des matériaux. Mais si, comme Tony Lumpkin, « l'on me tourmente de la sorte lorsque je suis en veine, » Je poème sera mauvais et je reviendrai au genre sérieux. S'il ne . réussit point, je laisserai le sujet où il en est, attendu les égards que l'on doit au public; mais si je le continue, ce sera à ma manière. "Vous pouvez aussi bien faire jouer à Hanilet ou à Diggory le rôle d'un lou dans une camisole serrée, qu'empêcher ma boulTonnerie, El mon goût me porte à être bouffon ,• leurs gestes et mes pensées seront absurdes ou à faire pitié, et ridiculement gênés. Eh quoi ! mais l àme de pareilles compositions est dans leur licence même, OU du moins dans la liberU de celle licence, si l'on veut» et non pa»
BON lUAN. — ATAMT-MOm. 3
dans Taboa. C'est comme le jugement du jury et de la paîrip. ou comme Vhabeas corpus^ une très belle chose, mais surtout dans la réversion; personne ne veut Ctre jugé, pour avoir le plaisir de prouver qu'il possède ce privilège. Mais trêve à ces réflexion?. Vous attachez trop d'importance à un^uvrage qui n'a aucune prétention - à être un ouvrage sérieux. Me supposez-vous d'autres intentions que d'avoir voulu m'aiiuiser et amuser les autres, — écrire une satire badine avec au?si peu de poésie que possible? voilà quel a été mon but. — Quant à l'indécence, lisez, je vous prie, dans Doswelly ce que Johnson, le pesant moraliste, dit de Prior et de Paulo Purgante'.
24 août 1819. — Gardez l'anonyme, et voyons venir. Si tout cela devenait sérieux et que vous vous trouvassiez vous-mômc dans le bcurbier, avouez que je suis l' auteur ; je ne reculerai jamais, et si vous faites cette déclaration, je pourrai toujours vous ri pondre, comme Guatimozin à son ministre : « Cliacun a ses charbons. » Je désire avoir été mieux inspiré, mais, dans ce moment-ci, je suis en defaon du inonde ; mes nerfs sont épuisés, et, je commence à le erafndre, J« fluls an bout de raison.
Le» autres particularités qui peuvent fournir des éolalrciseements , «or ee poime seront données en notes. On ne peut se faire une idée de l'animiâTersioa et de la colère que souleva de toutes parts Tapparition des deux premiers chants, lis furent publiés à Loodi'es eo juillet 1819, sans nom d'auteur ni d'éditeur, en un mince in-quarto. A l'instant même, la presse périodique regorgea des judicia docUH rtim, nec non aliorum.
Nous troii\ons dans les conversations que M. Kennedy eut avec lord liyron à Ccphalonie, quelques semaines avant la mort du potite, les paroles suivantes : « Je ne puis concevoir, dit lord Byron, pourquoi I on a toujours voulu identifier mon caractère et mes opinions avec celles des personnages imaginaires qu'e^ ma qualité de poêle J'avais droit et liberté de créer. »
« — L'on n'aura certainement pas égard à votre réclamation, » lui dis-je. « L'on est trop disposé à croire que vous vous êtes peint ▼0U9-même dans Childe-Harold , Lara , le Giaour et Don Juan , et que ces caractères ne sont que les acteurs cliargés ^'exprimer vos eentiments personnels. »
«— La vérité, d répliqua-t-il, « l'on me traite avec une grando injustice, et l'on n'a jamais agi de cette façon envers aucun poêle; môme dans Don Juan, j'ai été méconnu complètement. Je preuds nu homme vicieux, sans principes; je le conduis à travers les rangs do celte société, dont les dehors briliauU cachent dvd vices secrets; et
4 OEI VRES DE LORD BYRO>'.
certainement j'ai affaibli la vérité et adouci les teintes de mes tibleaox. »
• — Cela peut être vrai ; mailla question est de savoir quels ont ^té votre bat et vos motifs pour ne' peindre que des scènes de vice et de démence. » ^
« ~Ç'a été d'arracher le manteau sous lequel la société, à force . de mensonges et de dehors, dérobe la vue de ses vices, ^tfl^ontrer le mdnde tel qu'il est. » *