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Elle resta des jours entiers dans le m^me étal; quoique froide, elle n'avait rien de livide, et ses lèvres avaient conservé leur vermillon ; son cœur ne battait pas, et cependant la mort semblait encore absente ; nul signe hideux n'annonçait qu'elle fût réellement morte; la corruption ne vint pas détruire l'espérance dans tous les cœors; h regarder ses traits si doux on puisait de nontelles pensées de fie, car ils semblaient pldns d'Ame;— elle en avait tant, que la terre ne pouyait s'en approprier la totalité.
La passion dominante s*y retrouvait encore, comme dans le marbre taillé par un hàbïle ciseau, mais avec cette immobilité que le marbre imprime & la beauté de Vénus éternellement belle, aux étemelles douleurs du Laocoon ou à réternelle agcmie du Gladiateur. L'énergique imitation de la vie forme toute la gloire de ces cbefe-d'œuvre; cependant on voit que ce n'est pas là de la vie, car ils sont toiyours les luC-mcs.
DON JUAN. CHANT IV. iCl
Elle s'éveilla k la fin , mais non comme ceux qui ont dormi : c'était plutôt le réveil des morts, car la vie lui semblait une nouvelle chose, une sensation étrange qu'elle éprou* vait malgré elle. Les objets frappaient sa vue sans réveiller aueun souvenir, et cependant un poids douloureux pesait sur son cœur, qui, fidèle à son premier battement, lui ramenait le sentiment de la douleur sans sa cause : car les furies avaient cessé un moment de i'agilei;.
Elle promenait un œil vague sur les visages, et ne reconnaissait point les objets; elle voyait qu'on la veillait sans demander pourquoi, et ne faisait aucune attention à ceux qui étaient assis k son chevet; elle n'avait pas perdu la parole, bien qu'elle ne parlât pas; nul soupir ne venait soulager sa pensée. Un silence morne et une vive causerie Auront vainement essayés par ceux qui la servaient : sa respiration indiquait seule qu'elle avait quitté la tombe.
Ses femmes lui demandaient ses ordres : elle ne les remarquait même pas; son père veillait près d'elle : elle détournait de lui ses regards; elle ne reconnaissait ni les individus ni les lieux qui lui avaient él6 le plus chers; on la promenait de chambre en cliambre , mais elle ne se rappelait rien ; elle se prêtait à tout avec douceur, mais sa mémoire était absente ; enGn, ses yeux, qu*on voulait rappeler aux pensées d'autrefois, s'animèrent soudain d'uneeffrayante ' expression.
LXT.
Et alors une esclave lui parla d'une harpe. Le harpiste vint et accorda son instrument. Aux premières vibrations irrégulières et perçantes, elle fixa un instant sur lui ses yeux élincelants ; puis elle se retourna vers la muraille, comme pour écarter des pensées douloureuses qui revenaient assiéger son cœur; et lui, d'une voix plaintive et lente, il commença un chant insulaire, un chant des anciens Grecs, avant que la tyrannie eût grandi.
t. IV. It
I6S GEDVAES DE LQRD BTROM.
Aussitôt ses doigts maigres et pâles battirent la mesure contre le mnr. 11 changea de sujet, et chanta Tamoar. A ce
nom redoutable tous ses souvenirs se réveillèrent; soudain brilla devant clic le rcve de ce qu'elle avait été, de ce qu'elle était encore, si c'est Otre que d'exister ainsi ; les nuaircs qui assombrissaient son cerveau se iondiri iit en un torrent de tarmes, couune les vapeurs des montagnes se résolvent en pluie.
Lxyu.
^ Courte consolation! yain soulagement î— La pensée rer Tint trop tôt, et abrita son cerveau jusqu'au délire. Klle se leva coiinne si elle n'eût jamais été malade, et fondit sur tous ceux qu'elle rencontra comme sur des ennemis; mais nul ne Tenleudit articuler une parole ou un cri, quoique son paroxysme approchât de sa lin. — Sa démence dédaignait la fureur, lors même (ivCm la ixapj^aiiy dans resy;>oir de la sauver.
Cependant elle montrait parfois une lueur de raison. Rien ne put lui faire regarder la ligure de son père, bien qu'elle lixât des regards intenses sur tous les autres objets, sans pouvoir jamais s'en rappeler aucun. Elle refusait la nourriture et le vêtement : tous les moyens employés à cet égard avaient été inutiles. M la changement de lieux» ni le lunps, ni las soins, ni tasesonnde l'art, ne pouvaient pmenrer le sommeil à ses sens:— die semblait aToir perdu pour leqjeurs 1a faculté de dormir*
Elle languit ainsi douze jours et douze nuits. Enfin, sans un gémissement, sans un soupir, sans un regard qui indiquât l'agonie finale, elle rendit l'àme. Ceux qui étaient le plus près d'elle ne s'en aperçurent qu'au moment oik le voile terne et son^bre qui courrait son gracieux visage étendit son ombre Titreuse sur ses yeux — si beaux, si noirs ! — Oh ! briller d*un tel lustre, et puis s'éteindre!
DOK JUAN. CHANT fV.
Clv mdunit, mois mm pas ssule : elle peHail en die un Kcenè prmdpe de vie, ma emÊai du- péché; ciéaUire hiiMH cente et belte qui edi pu Batttne>im jour, mais qui tennina m courte exisrence avant d'avoir vu Ni lumière , et , sans avoir connu la vie, descendit dans la tombe où gisent, flélris du même souffle, la lii^e et le boulon; et les rosées du ciel tombent vainement sur celte fleur saiguaûle et sur ce fruit mallieureux de l'amour. '
Lxxr.
Aînsr elle vécut, — ainsi elle mourut... La douleur ni la honlld' ne satuaient plus ralteindire. Elle u'étail pas ftdte pouriraftaer h (tarers la longue sueceasion ées^ amiées et des mois ce poidb dfes douleurs intimes qffùn: Toîir porter h des oonirs pRis froids jusque ce que Iv TièilliesBe creuse leur tdmfte. Ellb'flit courte, mais ravissante, la carrière de ses jours cl de ses plaisirs, — qui n'eussent pu se concilier avec une longue destinée ! Kt elle dort si Lieu sur le rivage dé la mer, où elle aimait tant à venir !
Lxxir.
Celte île est maintenant déserte et stérile, ses maisons détruites , ses habitants dispersés ; il n'y reste que la tombe d'Hfeïdée et celle de sim père, et rien d'extérieur n'y parie d'argile humaine : vous ne pourriez reconnatlre l'endroit où repose une créature si belle; nulle pierre n'apprend, nulle voix ne raconter ce qui fht; nul* maHÉte i^as ftmèbr» quer le bruissement des vagues ne résonne-en Phonneur de Ih beauté desCydades.
Mais plus d'ime vierge de la Grèce soupire son nom dans un cbant d'amour ; au foyer de plus d'un insulaire, l'histoire de son père abrège la longueur des nuits. Us avaient,, lui la valeur,.e]le la beauté en partage. Si elle aima imprudemment, elle paya sa faute de sa vie. — De manière ovt d'aulre, de telles erreurs se payent chèrement. Que nuln'es» père éviter ce danger, car l'amour, tôt ou tard, est son propre vengeur.
OCi;VRES DR rORD BYRON.