III
Ils m'accusent, — mot*, — l'auteur du présent poëme, de
— je ne sais trop quoi, — d'une teiida.rice h ravaler elk tourner en dérision les facultés de l'homme, ses vertus, que sais-je enfin? Ils me reprochent tout cela en termes passablement durs. Bon Dieu ! je ne les comprends pas ! Je n'en dis pas plus que n'en ont dit Dante, Salomon, Gervantès,
Swift, Machiavel, Larochefoucault, Fénelon, Luther, Pla* ton, Tillotson, Wesley et Rousseau, qui savaient que cette vie ne vaut pas ^ patate. Ce n'est ni leur faute ni la mienne s'il en est ainsi ; — pour ma part, je ne prétends être ni un €alon ni un Diogène. — Nous vivons et nous mourons ; mais lequel des deux vaut le mieux ? c'est ce que vous ne savez pas plus que moi
Socrate disait que «c tout ce que nois savons, c'est que
Î50 GEUVRES DE LOfiB IITRO!!.
nous ne savons rien; » belle science, vraiment, qui rabaisse au niveau d'un âne tous les sages présents, passés et futurs! Jîewton (celte intelligence proverbiale), hélas ! déclarait, après toutes ses grandes découvertes récentes, qu'il ne se considérait que < comme un enfant ramassant des coquillages au bord du grand océan delà Vérité. »
c Tout est Taaiié» i dit l'Ecclésiaste; la ^opart des prédicateun en disent autant» ou le prouYent par leur nkanière de pratiqua le Térilable christianisme; enfin, c'est une ?érité
que tous connaissent, ou ne tarderont pas h connaître; et
dans ce vide universel avoué par les saints, les philosophes, les prédicateurs et les poêles, moi seul je ne pourrai, sans m'exposer à des querelles, proclamer le néant de la vie!
vu.
Chiens, ou hommes ! — car c'est vous faire trop d'honneur que de vous appeler chiens, vous ne les valez pas, — libre à vous de lire ou de ne pas lire Touvrage où j'essaie de tous £aiie voir ce que tous êtes en toute chose. I>e même que les hurlements des loups n'empêchent pas la lune de poursuivre > son cours, de même ma muse radieuse ne voilera pas pour vous un seul de ses rayons. Hurlez donc votre inutile rage, pendant que sur vos voies ténébreuses luira sa hunière ai'gentée!
« Les farouches amours^ et les perfides guerres », je ne sais si je cite fidèlement; — n'importe, c'est à peu près le sens, j'en suis sûr; je chanle les unes et les autres, et je vais de ce pas canonner une ville qui soutint un fameux siège par terre et par mer' contre SouvarolT, en anglais Suwarow, qui aimait le sang conune un alderman aime la moelle.
BU
La toteieise a nom IsmaSl ; elle est située sur la rive gauche du bras gauche du Danube* ; la ville, bâtie h Foriéntale, était une forteresse du premier rang, et doit Fêlre. encore. Il moins que dey^s on ne Tait démantelée, ce qui est un jeu
de oonquénoU; eUecst àpeuprès k quatre-vingts tentes de la merj e( elle a tioU aiilU toises de tour^
Ob a oom^ dans oes f ortificatioiis un faubourg sUué à la gauche de la ville, sur une hauteur qui la domine; auteur de
celle élévalion, un Grec a fait placer les palissades perpendi" culairenient sur le parapet, de manière à entraver la ioa des assiégés, et k pivoriser celui des assiégeaiUs.
Cette circonstance pourra donner une idée des grands talents de ce nouveau Vauban ; maïs les fossés en bas étaient (MN^onds comme TOcéan, et les remparts pius hauts que vous ne veudciet vous voir pendre ; louteibis» on avait négUg6 pins d'une précantîoo (ocosea^ Jotous pik;» ee jarf^ d'ingénieur) : il n'y avait ni ouvrage avancé» ni chemin eouvert» pour vous dire au moisis : « On ne passe pas. i
Mais un bastion de pitare, ouvert par une gorge très étroite, et des murs aussi épais que tteaucoup de crânes de ma connaissance ; deux batteries armées de pied en cap, comme notre saint Georges, l'une cascmatée, et l'autre a barbette, défendaient d'une manière formidable la rive du Danube; du côté droit de la ville était un cavalier de quarante pieds d'élévation, garni de vingt-deux pièces de canon.
liais da oM 4a fleuve, la ville étailabseluBieni ouverte^ les Turcs ne cragnai pas que les Busses pussent jamais avoir une flottflle étm le Banube; ils restèsenl dans oette persuar skm jiisqa'Mi moneal «à ils ikiBent envahis^ époque hlaqueUe il ^Isîltiiep tard pemr se mviser ; mais eoDune il n'éiail guère possible de passer le Danube à gué, ils fegardèrent la iloltille moscovite, en se cimtealaul de crier a Allah! » et «iksMiiialil»
Les Russes étaient prêts à donner Tassant; mais, ô déesses de la guerre et de la gloire! comment faire pour écrire le nom da tousces Cosagitea qui seraient iounor tels si Ton pou-
259 CEOVRES DE LOBD BYEOM.
?ait raconter leurs actions? Hélas! que manqaaît-il à leur renommée? Achille lui-même n'étail ni plus terrible ni plus couvert de sang que des milliers d'hommes de cette nation récemment policée, dont les noms n'auraf^tbesdn— que
de pouvoir être prononcés.
Toutefois, j'en citerai quelques-uns, ne fût-ce que pour ajouter k rharmonie do mes vers. Lh étaient Slrongenoff, Strokonoff, Meknop, Serge Low, Arsniew de la Grèce moderne, Tschilsshakoff, RoguenotT, Chokenoff, et autres, dont les noms contiennent chacun douze consonnes; j'en trou* veraîs encore bien d'autres si je voulais fouiller plus avant dans les Gazettes; mais il parait que la Gloire (cette capricieuse catin) a de roreiUe en même tempe qu'eUe a une trompette,
Et ne peut faire entrer dans le vers ces syllabes discordantes, qui sont des noms h Moscou ; il s'en trouvait néanmoins d'aussi dignes de mémoire que jamais vierge le fui du carillon nuptial; sons mélodieux appropriés aux péroraisons que fait Londonderry pour gagner du temps. De tous ces noms fmissant en a ischskin, ousckia, iil&kchy, ouski, » je ne citerai que Rousamouski,
Scherematofl, ChrematoO , Koklophti, Koclobski, Kourakin et Mouskin Pouslûn, tous hommes d'action et n'ayant point leurs pareils pour tenir téte à un ennemi et lui passer un sabre au travers du corps; tous ayant peu de soucis de Mahomet et du mufti, et, si le parchemin renchérissait, prête h faire senrir leur peau, faute de mieux, à remplacer cèlle de leurs timbales.
Il y avait aussi des étrangers de grand renom, de divers pays, et tous volontaires; gens qui ne combatlaient ni pour leur pairie, ni pour leur roi, mais pour devenir un jour brigadiers, comme aussi pour se procurer le divertissement du sac d'une ville, passe-temps fort agréable pour des jeunes
gens de leur âge. Parmi eux se trouvaient plusieurs Anglais vaillaols, dont seize s'appelaient Tiiomson et dix > neuf Smith.
n y avait lack Thamson et Bill Thomaoo; —le reste des Thomson aTaient nom Jemmy \ d'après le grand poêle;
j'ignore s'ils avaient armoiries on cimier; mais, avec un tel
parrain, on peuL s'en passer. Parmi les Smilh, on complaît trois Pierre; mais le meilleur de tous pour porter et parer un coup vigoureusement, était ce Smilh si renommé depuis a dans les quartiers d'Halifax » alors il i^rvait les Tartares.
Les antres étaient des Jack, des 601» des Will et dies Bill ^; mais quand j'aurai ajouté que Talné des Jack Smith était né dans les montagnes du Cumberland, et que son père était un
honnête forgeron, j'aurai dit tout ce que je sais d'un nom qui occupe trois lignes dans la dépêche relative a la prise de Schmacksmithy village moldave, où il mourut, immortel dans un bulletin.
le Tondrais bien savoir (quoique Mars soit un dieu dont je iàis grand cas) si le nom d'un homme» dans un bulletin» peut compenser une balle dans le corps. J'espère qu'on ne me fera pas un crime de cette question ; car, bien que je ne sois
qu'un simple nigaud, il me semble qu'un certain Shakspeare met la môme pensée dans la l)Ouclie d'un des personnages de ces pièces dont tant de gens raflblent» et dont les cilalions fournissent de l'esprit ^ tant d'autres.
xxu*
n y avait aussi des Fran^, hnswB, jeunes et gaisi mais j'ai trop de patriotisme pour citer leurs noms gaulois k propof d'une journée ^rieuse; j'aimeiais mieux dire dix men* songes qu'un mot de vérité; — la vérité, en ce cas, est tra^
hison ; c'est trahir son pays, et comme traîtres sont abhorrés ceux qui, en anglais, parlent des Français autrement que
251 œnVRES DE LORD BYRON.
pour démontrer comme quoi la paix doit faire de John BuQ renaeint des Français.
Les Rosses s'élaient proposé deux buts par la construction de deux batteries sur 111e qui avoisioe Ismafil : le premier» de bombarder la place el d^en abattre les édifices publics el partieuUers» sans se soucier des paams diables dont on
causerait la mort. Il est vrai de dire que la configuration de
la ville devait suggérer cette idée : comme elle était bâtie en amphithéâtre» chaque maison présenlaii k la bombe un admirable but.
Le second objet était de i)roiiter de ce moment de consternation générale pour attaquer la flottille turque, qui était, près de là, paisiblement à l'ancre; mais un troisième motif, el vraisemblablement le plus plausible, était d'effra^fcr les Turcs et de les engager à capituler^ idée qui passe qudquelus par la tète des guerriers, k moins qu'ils ne soieot comme des boule-dogues et des cbiens terriers»
Une habitude blâmable, qui n'est que trop commune, celle de mépriser son ennemi, fut cause de la mort de Tchitchitzkoff et de Smith, l'un de ces dix-neuf « SmiLh » valeureux dont nous avons parlé tout h l'heure mais ce nom est ajouté h tant de Sirs el de Uadams, qu'on serait tenté de croire que le premier qui le porta fut iddamiui-même.
La bâte qu'on mit à établir les batteries russes rendit leur construction imparfaite; ainsi la même cause qui fait qu'un vers n'a pas le nombre voulu de pieds, eu qui rembrunit la figure de Longman et de lohn Hurray quand la vente d'un livre nouveau ne mareie pas aussi n^idemait que le désire* faient ceux qui l'ont publié, peut aussi retarder pour quelque temps ©e que l'histoire appelle tantôt c meurtre, » et tasUyc « gloire. »