‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 6 sur 98 · TH · texte numérisé non relu

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Que sur m fronts les laurieis caeiiant Timpudence, et peut-élre aussi un reste de loogeur vertueuse ! — Gardezles : — je ne veux ni de vos palmes ni de vos fruits ; — »«t qoant à la gloire que vous voudriez accaparer ici4>as» k carrière est ouverte à tous, et quiconque possède le feu itr cré peut la parcourir. Scott, Rogers, Campbell, Moore et Crabbe, débattront avec vous celte question dans la postérité.

Pour moi» dont la muse va simplement à pied, je n'irai pas vous attaquer sur votre cheval ailé. Puisse votre destinée vous aoeorder, quand ii lui plaira» la gloife que vous enviez et le takm qui vous manque ! Rappelez-vous qu'un poâle ne perd rien pour rendre ^ine justice au mérite de ses confrères» et que se plaindre de l'injustice du présent n'est pas un titre assuré aux éloges de l'avenir.

Celui qui lègue ses lauriers à la postérité (et c'est un héritage qu'elle s'empresse rarement de revendiquer ) en est presque toujours assez médiocrement pourvu, et son témoignage à cet égard lui est j^us nuisible qu'utile. Si Ton voit et ik qiràque phénomène glmeux surgir, eomme Titan, de l'immersion de l'Océan, la plus grande partie des appelante va — fiieusaitoù! car lui seul peut le savoir.

Sî, dans les jours mauvais, Millon, poursuivi par la calomnie, en appelait au temps pour le venger; si le temps, prenant en main sa vengeance, a dévoué à l'exécration ses persécuteuis, el fait du nom de Hilton l'équivalent de 8»>. blime, c'est que, lui, il ne s'était pas renié lui-même dans ses diants; il n'avait pas iàit de soA talent unerime; aprèsavoir flétri le père, il n'avait pas encensé le fils ; mais, ennemi dee tyrans, il était mort comme il avait vécu.

DON JUA.N.— PÉDICÀCB. 7

Ah ! si le vieil aveugle, — sortimtde sa tombe, comme Sa* muel, venait de nouveau, par ses prophéties, glacer le sang , des rois, ou s'il pouvait revivre, blanchi par les années et le malheur, avec ses yeux éteints et ses Ûlles sans cœur, — épuisé, — pâle' —indigent, adorerait-il un sultan ? obéirait^ il k Teunuque inlellecluel Casllcrcagh ?

xti.

Scélérat patelin, au sang glacé, au doucereux visage, il a trempé ses mains jeunes et délicates dans le sang de l'Irlande! Puis,' sa soif de carnage. réclamant un plus vaste théâtre, il est venu s'abreuver aux rives d'Albion ! Le plus vulgaire des instruments que la tyrannie pût choisir, il a tout juste assez de talent pour allonger la chaîné que d'autres ont rivée, et pour présenter le poison qu'une autre maiu prépara.

Orateur, il a pour toute éloquence un fatras si ineffablement» si légitimement stupide, que ses plus grossiers flatteurs n'osent la louer, et qu'elle n'excite même pas le sourire de ses ennemis, c'est-lHiire de tous les peuples. Pas une étincelle ne jaillit par mégarde de l'incessant travail de cette meule d'ixion, qui tourne et retourne toujours, offrant au monde le tableau de tourmcnlii sans lia et d'un iiiOuvemeAt perpétuel.

Ouvrier maladroit, même dans son dégoûtant métier, il a beau rapetasser et raccommoder, toujours son travail laisse quelque lacune dont ees maîtres s'effraient : des états à mettre sous le joug, des pensées h comprimer, une conspiration ou un congiès k «Mrganiséri «- lergeant des chaînes au genre humain, il confectionne l'esclavage, remet à neuf les vieux fers. La haine de Dieu et des hommes forme son salaire.

Si Ton doit juger de la malièrc par l'intelligence, énervé jusqu'à la moelle, cet éUe inerte et neutre n'a que deux ob-

8 asmriiES de lord byron.

jets en vue : servir et ployer. !ï s'imagine que la chaîne qu'il porte peut s'adapler uiCine à des hommes Ses maîtres Dora- Lreu\ cal en lui un nouvel Eutropc* : — aveu^^Mc au niérilc comme îi la liberlO, ;i la sagesse comme ii l'esprit; ne craignant rien,— par la raisonqu'il n'y a poialde seulimeni dans la glace. 11 n'est pas jusqu'à son courage que la stagnation n'ait lait passer à Téiat de vice,

xvu . ...... .

De quel côté porter mes regarda pfm IM)int voir âes entraves, car jamais il ne me les fera Mfiftfir? «- ft^li^^ ton âme romaine, un moment réveillée, est retombée abattue sous le mensonge que ce mannequin politique asoufHé sur toi^! Le bruit de tes chaînes et les iéceiilcs blessures de l'Irlande trou\eront une voix, et parleront pour moi. — Il çe>le encore a l'Europe des esclaves, — des alliés, — des rois^ — , des armées^ ei Southey pour chanter tout cela en pitoyables vers.

xvu.

En attendant, —baronnet lauréat,— jeté dédie ce poëme, en langage simple et sans art. Si je ne prêche pas en vers

adulateurs, c'est que, vois-tu, j'ai gardé mon uni for me j'ai encore k faire mon éducation politique; et puis l'apostasie est tellement h. la mode, que conserver sa foi est une lâche véritablement herculéenne. K'est-il pas vl?ài, montorv» mon ultra-Julien"? • Veniae, iê a^fmbn 4SiS.

J'ai besoin d'un héros, besoin fort extraordinaire dans un temps où chaque année, chaque mois, nous en produit un ig^opveau, jusqu'au moment où, son charlatanisme ayant rempli les gazettes, le siècle s'aperçoit que ce n'est pas le héros véritable. Je me soucie fort peu de ces gens-llt... Je

MN JUAN. CHAXT I. 0

prendrai donc notre vieil ami don Juan. Nous Payons tous TU, dans la pantomime» envoyé au diable un peu avant que

son temps ne idl venu.

lî. '

Vernon^', le Loucher Cumberland Wolfe", Hawke*', le prince Ferdinand Granby Burgoyne Keppel Uowe ont fait parler d'eux dans leur temps^ soit en bien, soit en mal, et ont servi d'enseigne comme aujourd'hui Wellesley Cliacun d'eux déGle% s^n tour» comme les monarques 4e 9anquo, tous suiviMits dè là gloire» tous enfants d'une même mère La Fràlirce aussi a eu Bonaparte et Dumounez, doul le souvenir est cousigaé dans ïq Moniteur et le Courrier, ' - • . • ' - .' '

Barnave, Brissot, Conddrcet, Mirabeau, Pétîon, Cloolz, Danton, Marat» La Fayette, ont été des Français célèbre*;, comme chacun smt. Il en est d'autres encore dont on a gardé le souvenir : Joubert» Hoche» Marceau» Lannes» Desaix» Horeau» auxquels on pourrait joindre un grand nombre d'autres guerriers très remarquables dans leur temps, okais dont les noms ne s'adaplenl nullement à mes vers.

Il fut un lénips où Nelson ('•lait pour la Grande-Bretagne le dieu de la guerre j U devrait l'être encore, mais le cours des choses a changé : on ne- parie plus de. Trafalgar ; ce nom est paisiblement relégué dans- l'urne de notre héros. C'est maintenant l'armée qui est populaire» ce qui n'arrange guère les marins. D'ailleurs le prince a une prédilection spéciale pour le service de terre, sans plus^ se souvenir 4e Duncan, Nelson, llowe et Jervis.

De braves guerriers vivaient avant Agamemnon ; il y en a eu d'autres depuis, il s'est trouvé des hommes vaillants et sages comme lui, sans lui ressembler en tout; mais ils n'ont point brillé dans les pages du poète» et c'est pourquoi on lès a oubliés. —-Je ne fais le procès à personne» mais» dans le siècle actuel» je ne trouve aucim héros qui convienne k mon

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poëme (je YM» dire à mon nouveau poëme). Ainsi donc, comme je l'ai dit» je prendrai mon ami don Juau.

La plupart des poêles épiques se jcUenl dès l'abord in médias res; Horace en fait la grande roule de l'épopée. Puis, quand ceUfOUS convient, votre héros raconte ce qui a pré* eédé; il vous fait ce récit par voie d'épisode, après dinar, eommodénienl asaia auprès de sa mattresse, dans quel^ cbannaDl séjour, tel qu'un palais, un jardin, le paradis, oa une gioUe, qui sert de taverne k rbeureux coqpla.

vu.

C'est la mélhode ordinaire, mais ce n'est pas la mienne. J'ai pour habiludc de commencer [)ar le commencement : la régularité de mon plan m'inlerdil toute divagation, comme une faute capitale ; et dût mon premier vers me coûter une heure à fder» je débuterai par vous due quelque chose du père de don Juan, et aussi de sa mère, si vous le voulez bina.

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