‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 120 sur 133 · WERNCR. ACTE III, SCÈNE · texte numérisé non relu

WERNCR. ACTE III, SCÈNE

ÜLR. Moi! haïr mon père!

Wern. Hélas! mon père m’a haï; pourquoi pas mon llis?

ÜLR. Voire père ne vous connaissait pas comme je vous connais.

Wern. Il y ades scorpions dans les paroles ! Tu me connais ! dans mon état actuel tu ne peux me connaître ; je ne suis pas moi-même; cependant ne me hais pas, je le serai bientôt.

ÜLR. J’attendrai; cependant soyez persuadé que tout ce qu’un fils peut faire pour ses parents, je le ferai pour les miens.

Wern. Je le vois et je le sens. Hélas! je sens en outre — que tu me méprises.

ÜLR. Pourquoi vous mépriserais-je ?

Wern. Dois-je renouveler mon humiliation?

ÜLR. Non; j’y ai mûrement pensé, ainsi qu’à vous; mais n’en parlons plus, ou du moins pour le moment. Votre erreur a doublé tous les périls de notre maison, en guerre secrète avec celle de Stralenheim : nous ne devons songer qu’à tromper sa vengeance. Je vous ai indiqué un moyen.

W'ern. Le seul, et je l’embrasse avec la même joie que m’a causée le retour d’un ûls qui ne s’est montré à moi que pour devenir mon sauveur.

ÜLR. Vous serez sauvé; que cela suffise. Si une fois nous étions dans nos domaines, la présence de Stralenheim nous troublerait-elle dans la jouissance de nos droits ?

Wern. Assurément, dans 1a situation où nous sommes, quoique l’avantage puisse rester, comme il est d’usage, au premier possesseur, surtout s’il fonde son droit sur les liens du sang.

ÜLR. Du sang ! c’est un mot qui a plusieurs significations ; dans les veines et hors des veines, ce n’est pas la môme chose, — et cela doit être, quand ceux qui sont du même sang deviennent ennemis comme les frères thébains ; lorsqu’une partie du sang est mauvaise, quelques onces répandues à propos purifient le reste.

Wern. Je ne le comprends pas.

ÜLR. C’est possible; — peut-être convient-il qu’il en soit ainsi; — et cependant, — mais, préparez-vous; il faut que ma mère et vous, vous parliez celle nuit môme. Voici venir l’in- T. m. 3î

CEUVUrS LE LORD BYRON.

tendant : sondez-le avec la bague ; ce trésor plongera dans son âme vénale comme la sonde dans l’Océan, et en rapportera du limon et de la fange, et nous servira toutefois à avertir notre navire du voisinage des écueils. La cargaison est riche; il faut lever l’ancre sans tarder! Adieu ! le temps presse; cependant donnez-moi votre main, mon père! ^

Wer5. Laisse-moi t’embrasser.

Ulr. On peut nous voir ; maîtrisez vos émotions jusqu’au dernier instant. Tenez-vous à distance de moi comme d’un ennemi.

^YER?^. Maudit soit celui qui nous oblige à étouffer les meilleurs et les plus doux sentiments de notre cœur, et dans un pareil moment encore!

ÜLR. Oui, maudissez : — cela vous soulagera. Voici l’intendant.

IDENSTEIN entre.

Monsieur Idenstein , où en êtes-vous ? avez-vous saisi le coquin?

Idenst. Non, ma foi.

Ulr. Parbleu ! il y en a bien d’autres ; vous aurez une autre fois une chasse plus heureuse. Où est le baron?

Idenst. Il est retourné dans son appartement; et puisque j’y pense, je vous dirai qu’il vous demande avec l’impatience d’un noble.

Ulr. Les grands seigneurs veulent qu’on leur réponde b, l’instant, comme le coursier bondissant au coup d’éperon : il est fort heureux aussi qu’ils aient des chevaux; car s’ils n’en avaient pas, U nous faudrait, je le crains, traîner leur char, comme des rois traînaient celui de Sésostris.

Idenst. Quel était ce Sésostris?

Ulr. Un ancien Bohémien, — un empereur d’Égypte.

Idenst. Un Égyptien, ou un Bohémien, c’est même choses car on leur donne indifféremment ces deux noms: et ce Sésostris en était un?

Ulr. On me l’a dit; mais il faut que je vous quitte. Intendant, votre serviteur ! (A Werner d'un ton leste.) Werner, si c’est là votre nom, bonsoir! [Vlric sort.)

Idenst. üri joli homme, bien élevé, et s’exprimant fort bien. Il sait se mettre h sa place; avez-vous vu, Monsieur, comme il a rendu à chacun ce qui lui est dû?

Werk. Je m’en suis aperçu, et j’applaudis à son discernement et au vôtre.

Idenst. C’est bien, — c’est très bien. Vous aussi, vous connaissez votre rang; et pourtant, je ne sais trop si je le connais bien, moi.

WcRN. {montrant la bague.) Ceci pourrait-il vous aider dans cette connaissance?

Idenst. Comment! — quoi? — Hé! une pierre précieuse !

Wern. Elle est k vous, à une condition.

Idenst. A moi? — parlez.

Wern. A condition que vous me permettrez de la racheter plus lard trois fois sa valeur : c’est une bague de famille.

Idenst. Une famille ! — la vôtre! Une pierre précieuse! la surprise m’ôle la respiration!

Wern. Il faut aussi que vous me fournissiez, une heure avant le point du jour, les moyens de quitter ce lieu.

Idenst. Est-ce vraiment une pierre fine? laissez-moi la regarder.... C’est un diamant, ma foi, par tout ce qu’il y a de glorieux !

Wern. Allons, je me confie à vous; vous avez deviné, sans doute, que ma naissance est au-dessus de ce qu’annonce mon extérieur actuel.

Idenst. Je ne puis dire que je l’aie deviné, quoique cette bague en soit une assez bonne preuve; voila le véritable indice d’un noble sang. "

Wern. J’ai d’importantes raisons pour désirer garder l’incognito en poursuivant mon voyage.

Idenst. Vous ôtes donc l’homme que cherche Stralcnhcim ?

Wern. Je ne le suis pas; mais si l’on me prenait pour lui, il pourrait en résulter de graves embarras pour moi en en moment, et pour le baron plus tard. C’est afln d’éviter ce double inconvénient que je veux tenir mon départ secret.

Idenst. Que vous soyez ou ne soyez pas l’homme en question, cela ne me regarde pas; d’ailleurs je n’obtiendrai ja-

îiOO CCUVRES DE LORD 6TR0N.

mais la moitié de ce que vous m’offrez en servant ce noble orgueilleux et avaricieux, qui voudrait soulever tout le pays pour rattraper quelques ducats, et n'a jamais offert de récompense précise; — mais, ce diamant! que je le voie encore!

Wern. Regardez-le à votre aise ! à la pointe du jour il sera à vous.

Idenst. O adorable brillant ! préférable à la pierre philosophale! pierre de touche de la philosophie elle-même; œil élincelant de la mine ! étoile de l’àme ! pôle magnétique vers lequel se tournent tous les cœurs comme des aiguilles aimantées! esprit rayonnant de la terre! placé sur le diadème des rois, tu attires plus d’hommages que n’en obtient la Majesté accablée sous le poids d’une couronne douloureuse à la tête qui la porte comme aux millions de cœurs qui saignent pour lui donner du lustre! Seras-tu bien à moi? Il me semble déjà que je suis un petit roi, un alchimiste fortuné, — un sage magicien qui a lié le diable par un pacte, sans lui vendre son âme. Mais venez, Werner, ou de quelque nom qu’il faille vous appeler....

Wern. Continuez à m’appeler Werner; vous me connaîtrez plus tard sous un plus noble titre.

Idenst. Je crois en toi ! sous ton humble vêtement, tu es l’Esprit dont j’ai longtemps rêvé. — Mais viens, je te servirai, tu seras aussi libre que l'air, en dépit des eaux. Partons; je te prouverai que je suis honnête — (ô cher diamant!}; je le fournirai, Werner, de tels moyens de fuite, que si tu étais un limaçon, les oiseaux ne t’atteindraient pas. — Oh! permets que je le regarde encore! J’ai à Hambourg un mien beau-frère très connaisseur en pierres fines. Combien de carats peut-il bien peser? — Viens, Werner, je vais le donner des ailes.

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