‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 123 sur 133 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Un jardin.

WERNER entre.

Je n’ai pu dormir! — et maintenant l’iieure approche; tout est prêt. Idenstein a tenu sa parole: la voilure nous attend hors du bourg, sur la lisière de la forêt. Maintenant les étoiles commencent à pâlir dans le ciel. C’est pour la dernière fois que je vois ces horribles murailles. Oh ! jamais , jamais je ne les oublierai ! je suis venu ici pauvre, mais non déshonoré , et je pars avec une tache , si ce n’est sur mon nom, du moins dans le cœur ; j’emporte un ver rongeur et immortel que ni la splendeur qui m’attend, ni mes droits recouvrés, ni les terres et la souveraineté de Siégeudorf ne pourront assoupir un seul moment. Il faut que je trouve quelque moyen de restitution qui soulage en partie raoc àme; mais comment sans m’exposer h être découvert ? — Il le faut cependant, et dès que je serai en sûreté, je veu-x y réfléchir. Le délire de ma misère m’a entraîné à celle infamie ; le repentir peut l’expier : je ne veux rien avoir de Stralenlieim sur la conscience, quoiqu’il cherche à me dépouiller de tout, à me ravir ma fortune, ma liberté, ma vie! — Et cependant il dort aussi paisible peut-être que l’enfance; il dort sous de 'pompeux rideaux , sur des oreillers de soie, tel qu’aulrefois moi-même lorsque... — Écoutons ! quel est ce bruit ? encore ! Les branches des arbres s’agitent, et quelques pierres se sont détachées de cette terrasse.

[Ulric saute en bas de la terrassé).

Ulric! ah ! toujours le bienvenu ! trois fois le bienvenu en ce moment! Ta tendresse liliale...

Ulr. Arrêtez ! avant de m’approcher, dites-moi...

Wern. D’où vient l’air étrange que je te vois?

OEUVRES DE LOr.D DYRON.

Llr. Esl-ce mon père que je contemple, ou...

>Vern. Quoi ?

Ulr. Un assassin?

\Vern. Insensé ou insolent!

Ulr. Répondez-moi, mon père, si vous tenez à votre vie ou è la mienne.

Wern. a quoi dois-je répondre?

Ulr. Êtes-vous ou n’êtes-vous pas l’assassin de Stralcn- /icim ?

Wern. Je n’ai jamais assassiné personne. Que veux-tu dire?

Ulr. N’avcz-vous pas cette nuit, comme la nuit précédente, pénétré dans le passage secret? N’êtes-vous pas entré de nouveau dans lacliambredeStralenheim?et... (Ulric s'arrête.)

Wern. Poursuis!

Ulr. N’est-il pas mort de votre main?

AVern. Grand Dieu !

Ulr. Vous êtes donc innocent! mon père est innocent! embrassez-raoi ! Oui, — votre son de voix, votre air! — oui, oui ! — tout me le dit; mais dites-le vous-méme !

AVern. Si jamais une telle pensée est venue, de propos délibéré, s’offrir à mon esprit ou h mon cœur ; si , lorsqu’elle m’est apparue un moment à travers l’irritation de mon âme découragée, je ne l’ai pas repoussée au fond de l’enfer, que le ciel soit pour jamais ravi à mes regards et à mes espérances !

Ulr. Mais Stralenheim est moi4!

Wern. C’est horrible! c’est hideux! c’est affreux! Mais qu’ai-je de commun avec ce crime?

Ulr. Aucune serrure n’est forcée; on ne voit aucune trace de violence, si ce n’est sur le corps de la victime. Une partie de scs gens a été avertie ; mais, comme l’intendant est absent, j’ai pris sur moi le soin d’aller prévenir la police. Nul doute qu’on n’ait pénétré secrètement dans sa chambre. Pardonnez-moi si la nature...

Wern. O mon fils! quels maux inconnus, œuvre d’une sombre fatalité, s’accumulent comme des nuages sur notre maison !

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