‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 17 sur 133 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MARINO FALIERO, doge, et BERTUCCIO FALIERO, son neveu.

Bert. Fal. n est impossible que justice ne vous soit pas rendue.

Le Doge. Oui, comme me l’ont rendue les Avogadori®, qui ont renvoyé ma plainte aux Quarante, afin que le coupable fût jugé par ses pairs, par son propre tribunal.

Bert. Fal. Ses pairs n’oseront pas le protéger : un pareil acte ferait rejaillir le mépns sur toute autorité.

Le Doge. Ne connais-tu pas Venise? ne connais-tu pas tes Quarante? Mais nous verrons bientôt.

Bert. Fal. [A Fincenzo, qui entre). Eh bien! — quoi de nouveau?

MARINO PALtERO. XCtÊ I, SCÈNE II. 47

ViNC. le suis chargé d^annoncer k voire altesse que la cour a prononcé son arrêt, et qu’aussitÔt que les formes légales seront accomplies, la sentence sera envoyée au doge. En même tem ps, tes Quarante saluent le prince de la république, et le prient d’agréer l’hommage de leurs respects.

Lê Doge. Oui, ^ ils sont on ne peut plus respectueux et toujours humbles. La sentence est prononcée, dites-vous?

ViNC. Oui, altesse. Le président y apposait le sceau lorsque j*ai été appelé, afin que, sans perdre de temps, il en fût donné avis au chef de la république , ainsi qu’au plaignant , tous deux réunis dans la même personne.

Bert. Fal. D’après ce que vous avez vu, avez-vous pu deviner la nature de leur décision ?

Vmc. Non, seigneur... Vous connaissez les habitudes de discrétion des tribunaux de Venise.

Bert. Fal. C’est vrai ; mais, pour uû observateur intelU* gent et des yeux attentifs, il y a toujours moyen do deviner quelque diose... Ce sera un chuchotement, ou un murmure, ou un air de gravité plus ou moins grande répandu Sûr le tribunal. Les Quarante ne sont que des hommes, après tout> — des hommes estimables, sages, justes et circonspects, je l’accorde, et discrets comme la tombe à laquelle ils condamnent le coupable; mais, avec tout cela, dans leurs traits, dans ceux des plus jeunes du moins, un regard scrutateur, un regard comme le vôtre, par exemple, Vincenzo, aurait pu lire la sentence avant qu’elle fût prononcée.

ViNC. Seigneur, j’ai sur-le-champ quitté la salle, sans‘avoir le temps de remarquer ce qui se passait, même extérieurement, parmi les juges. D’ailleurs, mon poste auprès de l’accusé, Michel Sténo, m’obligeait... —

Le Doge [brusquement]. Et quelle était sa contenance, h /uf? Diles-nous cela.

ViNC. Calme, mais non abattu, il attendait avec résignation l’arrêt, quel qu’il pût être. — Mais voici qu’on l’apporte à votre altesse pour qu’elle en prenne lecture. (Entre le secré^ taire des Quarante.)

Le Slcult. Le haut tribunal des Quarante envoie ses sa-

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lutations et ses respects au doge Faliero, premier magistrat de Venise, et prie son altesse de vouloir bien lire et approuver la sentence prononcée contre Michel Sténo, né patricien, rois en accusation pour des faits exprimés, ainsi que la peine, dans l’écrit que je vous présente.

Le Doge. Retirez-vous , et attendez hors de cet appartement. [Le secrétaire et Vincenzo sortent.) Prends ce papier; mes yeux troublés ne peuvent en distinguer les caractères.

Bert. Fal. Patience, mon cher oncle! pourquoi tremblez-vous ainsi ? N’en doutez pas, tout sera comme vous le souhaitez.

Le Doge. Lis.

Bert. Fal. « Décrété en conseil , à l’unanimité, que Michel Sténo, coupable, de son propre aveu, d’avoir, dans la dernière nuit du carnaval, gravé sur le trône ducal les paroles suivantes — »

Le Doge. Voudrais-tu les répéter? voudrais-tu les répéter, — toi, un Faliero? Voudrais-tu appuyer sur l’éclatant déshonneur de notre maison, avilie dans son chef, — ce chef, le prince de Venise, la première des cités! — Passe h la sentence.

Bert. Fal. Pardonnez-moi, seigneur. J’obéis, t Condamne Michel Sténo à un mois de détention. •

Le Doge. Poursuis.

Bert. Fal. Seigneur, c’est tout.

Le Doge. Que dis-tu ? — c’est tout! Est-ce que je rêve? — C’est faux ! — Donne-moi ce papier. — [H lui arrache lepa~ fier et lit.) — « Le conseil condamne Michel Sténo... » — Mon neveu, ton bras !

Bert. Fal. Revenez k vous, soyez calme; ce transport est sans motif raisonnable; je vais aller chercher du secours.

Le Doge. Arrête! — ne bouge pas, — c’est passé.

Bert. Fal. Je dois convenir avec vous que la peine est trop légère, comparée à l’offense; — ce n’est pas une conduite honorable de la part des Quarante, de punir d’un châtiment aussi faible un acte qui était un outrage infâme pour vous, et même pour eux, k qui vous commandez. Mais la

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