‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 2 sur 133 · MANFRED. ACTE T,’ SC^NE I · texte numérisé non relu

MANFRED. ACTE T,’ SC^NE I

m6lhée, l’éclair dé mon être, enOn, est aussi brillant, aussi perçant et d’une p^orlée aussi grande que le vôtre, et il ne le cédera pas au vôtre, quoique emprisonné dans son argile. Répondez, ou vous apprendrez h me connaître!

Le génie. Nous répondrons comme nous avons répondu; les propres paroles contiennent notre réponse.

Manf. Que voulez-vous dire? '

Le génie. Si,' comme lu le dis, ton essence est semblable h la nôtre, nous avons répondu en te disant que ce que les mortels appellent la mort n’a rien de commun avec nous.

Manf. C’est donc en vain que je vous ai évoqués du sein de vos royaumes? Vous ne pouvez ni ne voulez venir à mon aide?

Le génie. Parle, ce que nous possédons est h toi-, nçus te * l’offrons; réfléchis avant de nous congédier; demande-notis encore — l’empire, la puissance, la force, et de longs’jours.

Manf. Maudits ! qu’ai-je affaire de longs jours? les miens n’ont déjà que trop duré : — arrière! partez! • '

Le génie. Réfléchis encore; pendant que nous sommes ici, nous ne demandons pas mieux que de te servir; n’y at-il aucun autre don que nous puissions rendre digne de t’ôtre offert?

Manf. Non, aucun : pourtant, arrêtez, — un moment encore; avant que nous nous séparions, je désirerais vous voir face h, face. J’entends vos voix, leur son est mélancolique et doux comme la musique sur les eaux , et je vois distinctement une grande étoile brillante et immobile. Montrez-vous à moi tels que vous êtes, un seul, ou tous, sous vos formes accoutumées.

Le génie.^Nous n’avons point de forme au-delh des éléments dont nous sommes l’àme et le principe; mais choisisen une : — c’est sous celle-lh que nous paraîtrons.

Manf, Je n’ai pas de choix k faire ; nulle forme sur la "terre ne m’est hideuse ou belle. Que le plus puissant d’entre vous revête celle qu’il j ugera convenable ; — allons !

Le septième génie {paraissant sous la forme d'une belle femme). Regarde!

51anf. O Dieu! s’il en est ainsi, et si lu n’es pas l’illusion

6 OEUvr.rs de lord byros.

d'un cerveau en démence, je puis élre encore le plus heureux des hommes. Je te presserai dans mes bras, et nous serons encore... [L’apparition s’évanouit). Mon cœur est écrasé!

Manfred tombe sans mouvement. — On entend une voix qui chante ce qui suit :

A l’heure où la lune brille sur les vagues, le ver-luisant dans le gazon, le météore sur les tombeaux, le feu follet sur les marécages; à l’heure où les étoiles Oient, où l’écho répète la voix du hibou, où les feuilles se taisent dans l’ombre silencieuse de la colline, alors mon âme planera sur la tienne avec un pouvoir et avec un signe.

Au sein du plus profond sommeil, ton esprit ne dormira pas; il y a des ombres qui ne s’évanouiront pas; il y a des pensées que tu ne peux bannir; en vertu d’un pouvoir que tu ignores , tu ne peux jamais être seul ; tu es enveloppé comme dans un linceul, lu es emprisonne dans un nuage, et tu seras h jamais enfermé dans l’esprit de cette incantation.

Quoique tu ne me voies point passer à les côtés, tes yeux me reconnaîtront pour un objet qui, bien qu’invisible, a été et doit être encore près de loi ; et lorsque, agité par celte terreur secrète, tu tourneras la tôle, tu t’étonneras de ne pas me voir, comme ton ombre, sur tes pas ; et ce pouvoir qui se fera sentir à toi, lu seras condamné à dissimuler sa présence.

Un rhylhme et des accents magiques t’ont baptisé d’une malédiction, et un génie de l’air t’a enlacé dans un piège; il y a dans le vent une voix qui le défendra de le réjouir, et la nuit te refusera le repos de son ûrmamenl; le jour aura un soleil qui te fera désirer sa fm.

De les larmes mensongères j’ai distillé une essence qui a le pouvoir de tuer; j’ai tiré de ton cœur un san’g noir puisé à sa plus noire source; j’ai dérobé le serpent qui était sur ton sourire, où il roulait ses anneaux comme dans un buisson ; j’ai pris sur les lèvres le charme qui donnait h toutes ces choses leurs effets les plus malfaisants; après avoir fait l’essai de tous les poisons, j’ai trouvé que le plus énergique était le tien.

Par ton cœur froid et ton sourire de serpent, par l’ablme sans fond de la fourberie, par les yeux si remplis d’un sem-

blanl de verlu, par l’hypocrisie de Ion âme toujours fermée, par la perfection de tes artifices, qui ont été jusqu’à faire croire que tu avais un cœur humain, par les délices que te font éprouver les douleurs d’autrui, par ta confraternité avec Caïn, je te condamne et t’oblige à être toi-même ton enfer!

Et sur ta tête je verse le vase de malédiction qui te dévoue à cette épreuve; ta destinée sera de ne pouvoir ni dormir ni mourir; tu verras sans cesse la mort auprès de toi pour la désirer et la craindre ; voilà que déjà autour de loi le charme opère, et une chaîne silencieuse pèse sur toi ; contre ton cœur et ton cerveau tout ensemble l’arrêt fatal est prononcé; — maintenant flélris-loi !

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