‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 35 sur 133 · UARINO FALIERO. ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

UARINO FALIERO. ACTE V, SCÈNE I

accusations et vos défenses n’exposaient que la vie des autres; pour ce qui est du reste, tout Tenise connaît son doge par ses grandes actions et les insultes du sénat.

Ben. Avez- vous eu des conférences avec lui ?

ISR. Bert. Je suis fatigué de vos questions plus encore que de vos tortures ; je vous prie de passer à la sentence.

Ben. Elle ne tardera pas. — Et vous, Philippe Calendaro, qu’avez-vous à objecter à votre condamnation ?

Cal. Je n’ai jamais été un grand parleur, et maintenant je n’ai pas grand’chose h dire qui en vaille la peine.

Ben. Une nouvelle application à la torture pourrait changer votre ton.

Cal. C’est vrai ; elle a déjà produit sur moi cet effet; mais elle ne changera pas mes paroles, ou si elle le faisait...

Ben. Eh bien?

Cal. Des aveux obtenus sur le chevalet auront-ils quelque valeur aux yeux de la loi?

Ben. Assurément.

Cal. Quel que soit Iç coupable signalé par moi ?

Ben. Sans aucun doute, nous le mettrons en jugement.

Cal. Et sa vie dépendra de ce témoignage?

Ben. Pourvu que vos aveux soient complets et explicites, il aura h défendre sa vie à notre tribunal.

Cal. En ce cas, président, prends garde à toi! car je jure par l’éternité qui s’ouvre béante devant moi que c’est toi, et toi seul, que je dénoncerai, si on me fait subir une seconde fois la torture.

Un Memb. de la J. Seigneur président, il serait peut-être convenable de procéder au jugement; il n'y a plus rien h tirer de ces hommes.

Ben. Malheureux ! préparez-vous à une mort immédiate. La nature de votre forfait, nos lois, le péril de l’État, — ne vous laissent pas une heure de répit. — Gardes ! conduisezles sur le balcon aux colonnes rouges, où le doge se place le jeudi gras ** pour assister au combat des taureaux ; là, qu’il en soit fait justice, et que leurs corps suspendus restent sur le lieu de l’exécution, exposés aux regards du peu*

OCtVItES DE LOr.D BÏRO!».

pic assemblé! — et que le ciel ail pitié de leurs âmes.

La Junte. Ainsi soit-il !

Isa. Bert. Adieu, seigneurs! c’est pour la dernière fois que nous nous trouvons ensemble.

Ben. Et de peur qu’ils ne tentent de soulever la multitude irritée, — gardes, qu’ils soient conduits bâillonnés au lieu de l’exécution. — Qu’on les emmène!

Cal. Quoi ! ne pourrons-nous pas même dire adieu à un ami bien cher, ou adresser une dernière parole h notre confesseur ?

Ben. Un prêtre vous attend dans la pièce voisine; quant h vos amis, cette entrevue leur serait pénible, et ne vous serait d’aucune utilité.

Cal. Je savais bien qu’on nous bâillonnait pendant notre vie, tous ceux du moins qui n’avaient pas le courage de dire librement leurs pensées au péril de leurs jours; néanmoins, je croyais que, dans nos derniers moments, la liberté de la parole, cette chétive faveur accordée aux mourants, ne nous serait pas refusée; mais puisque...

IsR. Bert Laisse-les faire comme ils l’entendent, brave Calendaro ! Que nous importent quelques paroles de plus ou de moins? Mourons sans recevoir d’eux la moindre marque de faveur; notre sang ne s’en élèvera contre eux qu’avec plus de force, et témoignera contre leurs atrocités plus que ne pourrait le faire un volume prononcé ou écrit de nos dernières paroles. Notre voix les fait trembler; —ils redoutent jusqu’à notre silence. — Qu’ils vivent en proie h leurs terreurs ! — Abandonnons-les à leurs pensées, et que les nôtres ne s’adressent plus qu’au ciel! — Marchez, nous sommes prêts.

Cal. Israël, si tu m’avais voulu croire, tout ceci ne serait pas arrivé, et ce pâle scélérat, ce lâche Bertram aurait...

IsR. Bert. Tais-toi, Calendaro! A quoi bon penser à cela maintenant?

Bert. Hélas ! j’aurais désiré vous voir mourir en paix avec moi. Ce rôle pénible, je ne l’avais point cherché ; il m’a été imposé. Dites-moi que vous me pardonnez ! Ah ! je ne me

Page 1