MARINO TALIERO. ACTE V, SCÈNE I
pardonnerai jamais à moi-même ! — Ne me regardez pas avec colère.
IsR. Bert. Je meurs, et je te pardonne.
Cal. Je meurs, et je te méprise! (Les gardes emmènent Israël Bertuccio et Philippe Calendaro.)
Ben. Maintenant que nous en avons fini avec ces criminels, il est temps que nous prononcions la sentence du plu.s grand coupable que présentent nos annales, du doge Faliero. Les preuves sont complètement acquises ; les circonstances et la nature de son crime exigent une procédure rapide ; la ferons-nous venir pour entendre son arrêt?
La Junte. Oui! oui!
Ben. Âvogadori, amenez le doge en présence du Conseil.
Un Meub. de la J. Et les autres, quand les fera-t-on comparaître ?
Ben. Quand nous aurons prononcé sur le sort de tous les chefs. Quelques-uns se sont enfuis à Chiozza, mais plusieurs milliers de soldats sont à leur poursuite; et les précautions prises sur la terre ferme ainsi que dans les lies, font espérer que pas un seul n’échappera pour aller en pays étranger exhaler contre le sénat' les calomnies de la trahison. [Entre le Doge prisonnier, accompagné de gardes, etc.)
Doge, car vous l’êtes encore, et légalement vous devez être considéré comme tel jusqu’au moment où on dépouillera de la loque ducale, celle tête qui n’a pu porter avec une dignité calme une couronne plus noble que les empires ne peuvent en conférer, mais qui a conspiré la ruine de vos pairs, de ceux qui vous ont fait ce que vous ôtes, et a voulu éteindre dans le sang la gloire de Venise. — Les Âvogadori ont déjà mis sous vos yeux toutes les preuves qui s’élèvent contre vous, et jamais plus nombreux témoignages n’ont évoqué leurs ombres sanglantes pour confondre un coupable. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
Le Doge. Que vous dirai-je, puisque ma défense doit être votre condamnation ? Vous êtes tout à la fois les coupables et les accusateurs , les juges et les t)OUrreaux. — Faites usage de vos pouvoirs.
iS6 OEUVRES DE LORD BTROX.
Ben. Vos pnncipaux complices ayant tout avoué, il ne vous reste aucun espoir.
Le Doge, Et qui sont-ils?
Ben. Ils sont nombreux; mais le premier est devant vous, au sein de la cour, Bertram de Bergame; ~ avez-vous quelques questions à lui adresser?
Le Doge (le regardant avec mépris). Non.
Ben. Deux autres, Israël Bcrluccio et Philippe Calendaro, ont avoué leur complicité avec le doge.
Le Doge. Et où sont-ils ?
Ben. Ils sont dans leur dernière demeure, et rendent compte maintenant au ciel de ce qu’ils ont fait sur la terre.
Le Doge. Ah! il est donc mort, le Brutus plébéien! et Tardent Cassius de l’arsenal aussi! — Comment ont-ils vu venir leur dernière heure?
Ben. Pensez à la vôtre, qui s’approche! Ainsi, vous refusez de vous défendre ?
Le Doge. Je ne puis plaider ma cause devant mes inférieurs , et je ne vous reconnais pas le droit de me juger ; quelle loi vous le confère ?
Ben. Dans les grandes crises , la loi doit être refaite ou réformée. Nos pères n’avaient point établi de peine pour un tel crime, comme autrefois à Rome on avait oublié sur les tables de la loi le châtiment du parricide, parce qu’on ne pouvait appliquer de dispositions pénales à ce qui n’avait point de nom dans ces grands cœurs, point de place dans leur pensée. Qui jamais eût pu prévoir que la nature humaine pût être souillée par Thomicide attentat d’un fils contre son père, d’un prince contre son royaume? Votre crime nous a fait promulguer une loi qui constituera un précédent contre les grands coupables qui tenteraient un jour de monter à la tyrannie par la voie de la trahison, et qui, non contents de posséder un sceptre, voudraient le convertir en un glaive â deux tranchants! La place de doge ne vous suffisait-elle pas? Qu’y a-t-il au-dessus de la seigneurie de Venise ?
Le Doge. La seigneurie de Venise ! vous m’avez trahi, vous , vous tous, traîtres qui siégez ici! J’étais votre égal par ma