LE C!EL ET LA TERRE. SCÈNE III
d’une Tie aérienne; il est d’autres tlrmamculs que ccs nuages sombres.
(Âzariel et Samiasa s’envolent et disparaissent avec Anah et
Aholibaniah. }
Jap. Elles sont parties! clics ont disparu au milieu de la clameur du monde abandonné; et soit qu’elles vivent, soit qu’elles meurent avec tout ce qui a vie sur la terre, maintenant près de sa fin, rien désormais ne peut plus rendre Anah à mes yeux !
CHür:uu DE Mortels. O fils de Noé! aie pitié de tes frères! Quoi ! veux-tu donc nous laisser tous, — tous, — tous à la merci des flols, pendant qu’au milieu de la guerre des éléments lu seras tranquille et sans crainte dans ton arche favorisée ?
Une Mère (présentant son enfant à Japhet). Oh ! reçois cet enfant dans l’arche ! Je l’ai enfanté dans la douleur, mais j’ai souri de joie en le voyant suspendu à ma mamelle. Pourquoi est-il né ? Qu’a-l-il fait, — mon fils non sevré encore, — pour mériter la colère ou le mépris de Jéhovah ? Qu’y a-t-il donc dans mon lait de si coupable, qu’il faille que la Mort arme le ciel et la terre pour détruire mon enfant et étouffer sous les vagues son souffle innocent? Sauve-le, fils de Seth ! ou sois maudit — avec celui qui l’a créé, ainsi que la race, h laquelle on nous sacrifie.
Jap. Silence ! ce n’est pas l’heure de maudire, mais de prier.
Choeur de Mortels. De prier ! !! Et où montera la prière, quand les nuages gonflés s’abaissent* sur les montagnes, et y versent leurs torrents; quand l’Océan débordé renverse toutes les barrières, et abreuve jusqu’à la soif des déserts ? Maudit soit celui qui te créa toi et ton père ! nous savons que nos malédictions sont vaines ; il nous faut mourir ; mnis, puisque notre sort ne peut être aggravé, pourquoi élèverionsnous nos hymnes ? pourquoi ploierions-nous nos genoux devant l’implacable Tout-Puissant? Après tout, nous n’en mourrons pas moins. S’il a créé la terre, qu’il rougisse de n’avoir fait un monde que pour le détruire. — Voilà qu’elles accourent, les vagues abhorrées ! elles accourent dans leur
fureur! et leur mugissement rend muelte la Nature pleine de santé et de vie. Les arbres des forêts, contemporains de l’heure qui vit naître le paradis, avant qu’Ève apportât à Adam la science pour dot, ou qu’Adam chantât son premier hymne d’esclavage, ces arbres’ gigantesques, verts encore dans leur vieillesse, les flots ont dépassé leur cime ; leurs fleurs sont arrachées par l’Océan, qui monte, monte, monte toujours. En vain nous levons les ycu.v vers les cieux ; les deux s’abaissent, se confondent avec les mers, et cachent Dieu h nos regards suppliants. Fuis, 01s de Noé, fuis, prends tes aises dans la tente qui t’a été dressée sur l’Océan ; vois flotter sur les eaux les cadavres des hommes parmi lesquels s'écoulèrent tes beaux jours, et alors élève vers Jéhovah l’hymne de ta reconnaissance !
Un Mortel. Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur f Quoique les eaux couvrent la terre, c’est l’œuvre de sa parole, adorons ses décrets! 11 me donna la vie; en me l’ûlant il ne fait que reprendre ce qui lui appartient; et quand mes yeux devraient se fermer pour jamais, quand ma voix suppliante ne pourrait plus se faire entendre au pied de son trône, béni soit le Seigneur pour ce qui est passé , comme pour ce qui est ; car toute chose est h lui, depuis la première jusqu’à la dernière, le temps, — l’espace, — l’éternité, — la vie, — la mort, le vaste domaine du connu, et le champ illimité de l’inconnu. Ce qu’il a fait, il peut le défaire; irais-je, pour un léger souffle de vie, blasphémer et gémir ? Non, j’ai vécu avec la foi, je mourrai avec elle; et, dût l’univers chanceler sur sa base, je resterai inébranlable.
Choeur de Mortels. Où fuir? sur les hautes montagnes? leurs torrents se précipitent en mugissant au-devant de l’Océan qui s’avance, qui a déjà submergé les collines, et pénétré les profondeurs de toutes les caverne?.
Une FEMME. Oh! sauvez-moi, sauvez-moi! Notre vallée n’est plus : mon père et la tente de mon père, -mes frères et les troupeaux de mes frères, les arbres charmants qui à midi nous prêtaient leur ombre, et le soir nous faisaient entendre k doux chant des oiseaux, le petit ruisseau qui ra-