‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 55 sur 133 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Une salle du palais.

S.4LËMÈNE, seul.

Il est coupable envers la reine, mais il est son époux; il est coupable envers ma sœur, mais il est mon frère; il est coupable envers son peuple, mais il est encore son souverain, et je dois rester à la fois son ami et son sujet. Il ne faut pas qu’il périsse ainsi. Je ne verrai pas la terre boire le sang de Nemrod et de Sémiramis, et un empire de treize siècles finir comme un conte de berger : il faut le réveiller de sa lélhar-

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gie. Dans son cœur efféminé, il y a encore nn courage insouciant que la corruption n’a pu entièrement étouffer, et une énergie cachée, comprimée par les circonstances, mais non détruite; — trempée, mais non pas noyée dans l’océan des voluptés. S’il était né sous le chaume, il se fût frayé un chemin jusqu’au trône; né sur 1e trône, il n’en laissera point à ses fils : il ne leur léguera qu’un nom dont ils seront loin de priser l’héritage. — Cependant il n’est pas perdu sans retour : il peut encore racheter sa mollesse et sa honte en devenant ce qu’il doit être, et cela lui est aussi facile que d’être ce qu’il est et ne devrait pas être. Serait-il plus fatigant pour lui de gouverner ses peuples que d’user ainsi sa vie ? de commander une armée que de gouverner un sérail? Il se consume eu plaisirs sans saveur, énerve son âme et use ses forces dans des fatigues qui ne lui donnent pas la santé comme la chasse, ou la gloire comme la guerre : — il faut le réveiller. Hélas! il ne faut pour cela rien moins qu’un coup de tonnerre. [On entend les sons d'une musique mélodieuse). Écoutez!... le luth, la lyre, le tambourin, les sons amollissants d’une musique lascive , la douce voix des femmes et de ces êtres qui sont moins que des femmes, se mêlent aux accents de la débauche , pendant que le grand roi , le souverain de toute la terre connue, chancelle couronné de roses, et abandonne son diadème à la première main hardie qui osera s’en saisir. Les voilà qui viennent! Déjà arrivent jusqu’à moi les parfums que sa suite exhale; je vois briller dans la galerie les pierreries étincelantes des jeunes beautés qui forment tout à la fois sa troupe chantante et son conseil, et au milieu d’elles, sous des vêtements aussi efféminés, et presque aussi femme qu’elles, voici venir le petit-fils de Sémiramis, l’homrae-reine. — 11 vient; l’attendrai-je ? Oui, et je l’aborderai sans crainte, et je lui dirai ce que disent de lui et des siens tous les gens vertueux. Ils viennent, les esclaves, précédés du monarque soumis à ses esclaves*

SAItDANAPALE. ACTE 1, SCÈNE II. ^ 18]

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