SCENE II
Entre Sardanapale, dans un costume efféminé, ctlu d'une robe flottante, la tête couronnée de roses, accompagné d'un cortège de femme.
et de jeunes esclaves.
SARDANAPALE, s’adressant à qaclques-uns des gens de sa suite.
Que le pavillon sur l’Euphrate soit décoré de guirlandes, illuminé et disposé pour un banquet spécial! A l’heure de minuit, nous y souperons. Ayez soin que rien ne manque, et tenez les galères prêtes. Une brise fraîche ride la surface du fleuve limpide ; nous nous embarquerons tout h l’heure. Belles nymphes qui daignez partager les moments fortunés de Sardanapale, nous nous reverrons dans cette heure délicieuse où nous serons réunis comme les étoiles au-dessus de nos têtes , où vous formerez un ciel aussi brillant que le leur. Jusque-là, chacune peut disposer de son temps; et loi, Myrrha, ma charmante Ionienne, veux-tu aller avec elles ou rester avec moi ?
Mïrr. Seigneur...
Sard. Seigneur?... Pourquoi donc, ô ma vie! me réponds-tu si froidement? C’est le malheur des rois de recevoir de semblables réponses. Dispose de tes heures, lu disposes des miennes... — Dis-moi, veux-tu accompagner nos convives ou charmer mes instants ?
Myrr. Le choix du roi est le mien.
Sard. Je l’en prie, ne parle point ainsi... Mon plus grand bonheur est de satisfaire tous tes désirs. Je n’ose exprimer les miens, de peur qu’ils ne soient en opposition avec les liens : car lu es trop prompte à sacrifier tes pensées à celles des autres.
Mtrr. Je préfère rester... Je n’ai d’autre bonheur que de te voir heureux, mais...
Sard. Mais!... Pourquoi ce mais? Ta volonté chérie est la seule barrière qui s’élèvera jamais entre toi et moi.
MyRR. Je crois que c’est maintenant l’heure fixée pour le
nseil : il est convenable que je me relire.
Sal. L’esclave ionienne a raison.... Qu’elle se relire.
Sard. Qui répond? Ah! c’est vous, mon frère?
Sal. Le frère de la reine^ et voire très üdèle vassal, royal seigneur.
Sard. (aux femmes de sa suite). Comme je l’ai dit, que chacune dispose de son temps jusqu’à minuit, heure à laquelle nous vous prions de nous accorder de nouveau voire présence. {A Myrrha qui s’éloigne:) My rrha, je croyais que, to», lu restais.^
Mïrr. Grand roi, lu ne me l’as pas dit.
Sard. Je l’ai lu sur ton visage... Je devine jusqu’au moindre regard de ces yeux ioniens : ils me disaient que tu ne me quitterais pas.
Myrr. Sire, voire frère...
Sal. Le frère de la reine, favorite d’Ionie !... Peux-tu bien me nommer sans rougir?
Sard. Sans rougir ?... Il faut que lu n’aies pas plus d’yeux que de cœur... Tu la fais rougir comme le jour mourant sur le Caucase, quand le soleil couchant colore la neige d’une teinte de rose; cl, parce que tu ne le vois pas, tu lui fais un reproche de ton propre aveuglement. Eh quoi ! lu verses des larmes, ma Myrrha?
Sal. Qu’elle pleure... Ce n’est pas pour elle seule: elle est la cause de larmes plus amères.
Sard. Maudit soit celui qui fait couler ces pleurs!
Sal. Ne le maudis pas loi-méme : des millions d’hommes le font déjà.
Sard. Tu t’oublies... Ne me fais pas ressouvenir que je suis roi.
Sal. Plût au ciel!
Mïrr. Mon souverain, — et vous, mon prince, — permettez que je m’éloigne.
Sard. Puisque tu le veux, et que cet homme brutal vient d’aflliger une àmc si douce, j’y consens; mais rappellc-toi que nous devons bientôt nous revoir. J’aimerais mieux perdre un empire que la pré.sence. {Myrrha sort.)
Sal. Peut-être perdras-tu pour jamais l’un et l’autre!
Sard. Mon frère, il faut du moins que je sache régner sur moi-même pour écouler un pareil langage; mais ne me fais pas sortir de ma nature.
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SAUÜANAl'ALE. ACTE I, SCÈNE II. 483
Sal. C'eslde celle nalure trop facile, beaucoup trop facile, que je voudrais le faire sorlir. Ob ! que ne puis-je le réveiller, fùt-ce coulre moi-méme!
Saud. Par le dieu Baal! cet homme voudrait faire de moi un tyran.
Sal. Tu l’es en effet. Penses-tu donc qu’il n’y ait de tyrannie que celle des chaînes et du sang? Le despotisme du vice, — la faiblesse el la corruption d’une vie fastueuse, — la négligence, — l’apalbie, les maux de la mollesse et de la sensualilé, — enfantent dix mille tyrans dont la cruauté subalterne surpasse dans ce qu’ils ont de pire les actes d’un maître énergique, quelque dure et pesante que soit sa domination. Le décevant et séduisant exemple de tes débauches ne corrompt pas moins qu’il n’opprime, et mine tout à la fois ton vain pouvoir et ceux qui devraient le soutenir : en sorte que l’invasion étrangère et la guerre civile le seront également funestes... Tes sujets n’auront pas le courage de résistera la première; la dernière trouvera en eux, non des adversaires, mais des complices.
Sabd. Qui donc le rend rinlcrprèle du peuple?
Sal. Le pardon des outrages infligés h la reine, ma sœur, une tendresse naturelle pour mes jeunes neveux, ma fidélité au roi, fidélité qui trouvera bientôt, peut-être, l’occasion de se manifester autrement que par des paroles; mon respect pour la race de Kemrod, et un autre motif encore que tu no connais pas.
Sard. Quel est-il?
Sal. C’est un mot qui l’est inconnu.
Sard. Nomme-le : j’aime à m’instruire.
Sal. La vertu.
Sard. Moi! je ne connais pas ce mot!... Je n’entends que cela résonner à mon oreille. ' — Les cris de la populace, les sons de la trompette, me sont moins odieux... Ta sœur ne me parlait pas d’autre chose.
Sal. Pour passer a un sujet de conversation plus agréable, entends parler de vice.
Sard. Qui m’en pariera?
ŒUVRES DE LORD BTRO!t.